Le Superman égyptien (2/2)
Deuxième partie de la rencontre avec Sherif Bakr,
gérant de la librairie et des éditions Al-Arabi,
créateur de l’Arab Academy for Professional Publishing (AAPP) au Caire, Egypte
Entre janvier et juin 2010, chacune des trois premières sessions proposées par l’AAPP s’est constituée de 12 séances, “soit un total de 36 déjeuners !” A chaque fois, une douzaine de professionnels arabes ont assisté aux séminaires portant sur des sujets aussi variés que le marketing, la distribution, l’imprimerie, le copyright, ou encore les ressources humaines, présentés cette fois par des intervenants locaux.
“Les formations professionnelles sont très coûteuses, nous progressons donc à petits pas. Cette année, les intervenants n’étaient pas rétribués, mais j’estime que cela ne peut pas durer ainsi”. Avec une majorité de participants égyptiens, la venue d’un éditeur saoudien et de deux personnes travaillant à la fondation Al Maktoum (Dubaï), permet cependant d’espérer une plus grande résonance hors des frontières dans les années à venir.
L’écho positif qu’a rencontré l’initiative de Sherif a enhardi d’autres professionnels. Aux foires de Francfort (octobre 2009) et Turin (mai 2010), bon nombre d’éditeurs lui ont suggéré de devenir agent littéraire, même si (ou justement parce que) ce travail n’existe pas dans le monde arabe. “A Turin, toutes mes connaissances s’accordaient à dire que j’étais la personne idéale, vu que j’étais le seul éditeur arabe présent à cette foire !” Finalement convaincu et, comme toujours, enthousiasmé par cette idée toute fraîche, il a commencé à contacter quelques auteurs égyptiens et a ainsi pu constituer son premier catalogue pour le présenter à Francfort 2010. Il ne représente pour l’instant que trois titres de fiction et deux auteurs, voulant s’assurer de la stabilité du terrain nouveau sur lequel il s’avançait. “En plus, dans le monde arabe, la politique du ‘wait and see‘ a un succès fou. Du coup, ce n’était pas toujours facile de convaincre
les auteurs avant d’avoir donné des preuves tangibles de mon succès”.
Finalement, les premiers pas sont encourageants. En octobre 2010, Sherif a été très bien reçu à Francfort et a obtenu les droits pour la traduction en arabe de Running, une histoire de la course écrite par le Norvégien Thor Gotaas, et dont NORLA soutient la transcription en arabe. “Il existe beaucoup d’aides à la traduction. Au passage, je note que celles de l’Alliance Française du Caire se sont brutalement arrêtées en 2002. Ils n’organisent plus que des cours de langue et quelques concerts, c’est dommage”. Cela dit, Sherif ne se plaint pas : “Les Européens manifestent beaucoup d’intérêt pour l’édition arabe, qui leur paraît certainement exotique. Et puis ils s’imaginent toujours qu’ils pourront ‘inonder’ le grand marché arabophone. Mais je dois dire qu’ils ne sont pas réalistes ! En général, un titre qui marche bien s’écoule à 3000 exemplaires dans tout le monde arabe. Et encore, les prix sont bas, par rapport aux standards européens”.
Cela n’empêche pas Sherif de poursuivre sa double mission. Mener de front la professionnalisation des éditeurs arabes et la promotion de leurs échanges avec les éditeurs d’autres régions stimulera peut-être – qui sait ? – la création de ce grand marché arabophone pour l’instant fantasmé. On chuchote que Superman est dans le coup… Un homme qui choisirait l’Histoire de Pi de Yann Martel comme livre pour l’île déserte saura certainement se tirer des situations les plus inextricables, non ?




















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