L’éditrice et le militant
Rencontre avec Dayaneetha De Silva, publishing consultant,
et Chong, fondateur des éditions Gerakbudaya et SIRD à Kuala Lumpur (Malaisie)
Pour sûr, Dayan et Chong en rien ne se ressemblent.
Il n’en reste pas moins qu’ils travaillent ensemble.
J’en écris cette fable afin de souligner
Que l’union des contraires fait la force des alliés.
D’emblée, je vous préviens, je n’suis pas La Fontaine,
Mais ma plume farceuse à sa suite m’entraîne !
Dayan aime les livres, tout ce qui se fait mots.
“Si un texte est précis, il doit aussi être beau !”
Sa Malaisie natale, elle l’a retrouvée
Après vingt-sept années passées à l’étranger.
De maisons d’édition jusques en librairies,
Thaïlande, Singapour, et même l’Australie…
Elle a tant vu, tant lu, qu’elle voudrait écrire
Un essai qui ferait le point sur l’avenir,
Le passé, le présent de l’édition d’Asie.
“Montrer son dynamisme, c’est ce dont j’ai envie”.
Pour ce qui le concerne, Chong est un militant.
“Peu importe le style, quand le thème est battant”.
Maçon de son état, fermement communiste,
Il a vécu un temps chez un économiste.
Les ouvrages savants de l’éminent chercheur
Ont donné au maçon des désirs d’éditeur.
Ainsi fut fondée SIRD en 98,
Afin de publier des communistes en fuite,
Des essais en anglais, en malais, en chinois.
“Que les gens lisent mieux, c’est l’important pour moi”.
La maison, qui emploie huit personnes à plein temps,
Publie à la cadence de 20 titres par an.
Mais comme bien des textes sont à retravailler,
Chong avait grand besoin d’excellents conseillers.
“Publishing consultant“, Dayan relit les textes,
Corrige, réécrit, et remet en contexte.
Travailler en coulisses pour diverses maisons,
C’est ainsi que s’explique sa nouvelle profession.
Avec Chong, le tandem se passe sans problèmes,
Car dans le fond leur goût pour les livres est le même.
En Malaisie, la censure peut encore frapper,
Mais les livres de Chong traversent le filet.
L’anti-communisme d’après-guerre n’est plus
C’est désormais l’Islam le sujet très tendu.
Les deux amis évoquent le débat du moment :
Utiliser “Allah” en dehors du Coran.
Ce mot signifie “Dieu” dans un malais classique
Mais est revendiqué par nombre d’islamiques.
Les discussions demandent si écrire une bible
Sans ce mot-clé précieux relève du possible.
Pour Chong, qui distribue des ouvrages sur l’Islam
–Architecture, histoire–, pas de retour de flamme.
La religion d’Etat tolère mal la critique
Et ça peut aller loin, croyez-en la chronique
Qui dit qu’en 2009, des libraires ont été
Arrêtés pour avoir vendu une BD
Qui caricaturait tout le gouvernement.
Que ça rende frileux, au fond, ça se comprend…
Ca n’empêche pas Chong de rester engagé
Ainsi qu’avec l’ouvrage à propos du 13-Mai.
C’était en 69, cette année érotique,
Qu’ont eues lieu des révoltes à caractère ethnique :
Des Chinois et Malais s’affrontent violemment.
Un sujet pas si vieux : Dayan avait dix ans…
Ce n’est qu’en 2006 que SIRD publie un livre.
Des infos inédites, avant inaccessibles.
Le public, avide d’en savoir un peu plus
Sur les événements, achète cet opus.
C’est un très gros succès, 50 000 exemplaires.
Chong s’en félicite : c’est un vrai bestseller !
Le livre en Malaisie a une histoire récente
Et la culture orale est bien plus importante.
Dans les pays voisins, c’est un peu le contraire.
A Hanoi, il y a un temple littéraire.
En Thaïlande, la force, c’est la langue commune
Qui a forgé l’histoire depuis mille et une lunes.
Quant à la Birmanie, la censure joue un rôle
Que cette dictature ne trouverait pas drôle :
Les gens ont encore plus la volonté de lire
Et donnent au marché noir des perspectives d’avenir !
Afin d’encourager la lecture de ses tomes,
Chong organise donc des lectures, des forums.
On reconnaît ici le militant précoce
Connu pour ses propos parfois un peu féroces.
Entre Chong et le Che, il y a quelques lettres…
Dayan l’éditrice les annoterait peut-être…

























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