Portrait du marionnettiste en costume d’éditeur (2/2)
Suite de la rencontre avec John McGlynn, co-fondateur et éditeur à la Fondation Lontar, Jakarta (Java, Indonésie)
Les ouvrages de la Fondation Lontar, généralement placés dans les grandes chaînes de librairies indonésiennes (Aksara, Kinokuniya, Periplus et Gramedia), sont désormais disponibles en print on demand (POD) avec Lightning Source, qui a des imprimeries dans le Tennessee et en Europe.
Humidité, souris gourmandes, transport coûteux, stockage problématique : les fléaux qui frappaient autrefois les livres sont, grâce à cette technique de production, oubliés. John en profite également pour réviser les textes dès qu’une erreur est pointée ; c’est là tout l’avantage des fichiers informatiques.
Pour des livres plus ambitieux, l’imprimerie traditionnelle reste de mise. Car Lontar publie aussi de grands ouvrages illustrés, comme Illuminations, the Writing Traditions of Indonesia, un livre somptueux qui raconte l’histoire de l’écrit dans l’archipel, où l’on compte pas moins de 600 langues parlées et 11 cultures écrites. On y apprend que le lontar est un arbre dont l’écorce a servi à confectionner les premiers supports d’écriture dans la région. Le logo de la fondation éponyme évoque d’ailleurs la forme en éventail que prenaient ces “livres”.
A côté de projets de longue haleine comme celui-là, ou encore comme les anthologies de théâtre (35 pièces en anglais, 65 en indonésien), de nouvelles (en cours) et de poésie (en cours), la Fondation Lontar publie également la traduction anglaise de romans indonésiens ayant rencontré un écho favorable dans le grand public :
Supernova de Dewi Lestari (50 000 exemplaires vendus en indonésien), The Dancer de Ahmad Tohari, convoité par les éditions Gramedia, ou encore The Family Room, de la jeune novelliste Lily Yulianti Farid. Aussi étonnant que cela puisse paraître aux yeux d’un lecteur français, en publiant des nouvelles ou de la poésie John peut raisonnablement espérer vendre 5000 exemplaires de chaque titre. Non seulement la tradition de la poésie est très ancienne en Indonésie, mais en outre, peu d’auteurs peuvent s’accorder le temps nécessaire à l’écriture de romans longs. Le public est donc habitué aux textes courts, d’autant que les journaux en publient régulièrement, à l’instar du célèbre quotidien Kompas et sa double page hebdomadaire de poésie.
Le lectorat potentiel existe donc bel et bien, mais la course d’obstacles qui précède la publication n’est pas de tout repos pour l’éditeur. Outre les questions de financement, se pose le problème du recrutement des bons traducteurs. John évoque dans un soupir les 200 et quelques personnes avec lesquelles il a travaillé depuis les débuts. Parmi les traducteurs compétents, il faut encore trouver ceux qui accepteront des honoraires indexés sur la roupie indonésienne, soit à peine 5 US$ la page. Pour des personnes qui, en général, travaillent à distance depuis un pays anglophone, ce n’est pas évident.
Malgré les caprices de ce difficile cheval de bataille qui ne cesse de cabrer, John reste en selle et poursuit ses projets ambitieux. Il évoque son rêve de rassembler et traduire pour la première fois La Galigo, une épopée bugis. Avec ses 6000 pages potentielles, ce serait peut-être le plus long livre du monde, que John emporterait volontiers sur l’île déserte (à défaut, il se contentera du Mahabharata). Il est par ailleurs en train de réaliser un film documentaire sur le théâtre d’ombres indonésien. Trois caméras, 54 CD, des sous-titres dans au moins quatre langues, pour un total de 20 heures de film… Une manière pour le marionnettiste refoulé de prendre sa revanche ?
































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