Lycée Ampère

May 2nd, 2011 at 11:38 by Magali Tardivel-Lacombe

Rêveurs du monde

Quand je suis retournée dans les classes d’Elise Gantaume au lycée technique Ampère (Marseille), j’ai d’abord raconté le voyage aux élèves (16-18 ans) et répondu à leurs questions tous azimuts. Ensuite, je leur ai proposé un atelier d’écriture. Chacun d’eux a reçu une photo de dormeur, prise par Jérémie pendant le tour du monde, et je leur ai demandé d’imaginer le rêve de ce dormeur…

D’abord un moment de flottement : certains n’ont pas très envie d’écrire, d’autres veulent voir les photos de leurs camarades, d’autres encore demandent à changer d’image. Peu à peu le silence se fait, et chacun, penché sur sa page, imagine, rêve et raconte. J’entends parfois un rire, parfois une main se lève. On me demande l’orthographe d’un mot, une idée pour continuer. Au bout d’une demi-heure, ils acceptent de lire à voix haute, pas forcément leur propre histoire. Les plus timides me confient leur feuille, pour que je lise à leur place. Les textes, spontanés, provoquent souvent l’étonnement, parfois même l’hilarité… En voici donc quelques-uns, une sélection difficile à faire parmi les vingt qui ont été écrits ce jour-là.

Dormeur05Merci à Elise de m’avoir confié ses classes pour ce projet. Et merci aux élèves de s’être tous prêtés au jeu de l’écriture !

Je rêve que j’ai envie de voler ce camion plein de ciment à bord. Je roulerais jusqu’à trouver un bon terrain pour construire une grosse villa à côté de la mer et avoir du soleil entre temps. Dans ce terrain, pas de bruit ni de route pour les voitures, camions, motos, mobylettes. Avoir un bon paysage que j’admirerais tous les jours quand je me réveillerai. Avoir un coq qui me réveille le matin vers 11h, mais attention, s’il me réveille trop tôt, il se retrouvera dans mon plat de midi ! Je suis réveillé à cause du camion qui démarre. Dégoûté ! Il part… J’aurais dû le voler.

Saïd Hassani

Je rêve que je suis sur un radeau. Le mouvement des vagues me berce, je me sens apaisé, loin de la ville qui fait sans arrêt du bruit à cause des voitures et des gens. Dormeur17Là, je suis sur un petit nuage qui flotte et se balade. Le chant des oiseaux et des forêts lointaines sur la berge me rendent ma jeunesse d’autrefois. Au loin, j’entends un bruit, un bruit qui n’est pas de ce monde… C’est un klaxon de voiture ! Cela me réveille, je reviens à la réalité, là, allongé sur un muret. Et mes vieux os qui me font mal… J’ai quitté ce si beau rêve, je suis réveillé.

Geoffroy Péchin

Dormeur09Je rêve que, pendant une séance de méditation après une prière, le monde dans lequel je vis disparaît. Je me retrouve dans un monde où tout est vert et luxuriant, lorsque soudain, sous mes yeux, apparaît Bouddha, lui qui a atteint les sommets de la perfection, celui qui a tout acquis. Il me dit qu’enfin, moi aussi je connais tout, et que ma patience et mes séances de méditation ont apporté à mon esprit et à ma vie la perfection. Désormais, je suis une déité mineure, seulement je me demande comment les gens sauront qui je suis. C’est alors que j’entends dans mon esprit une voix qui m’appelle. Je pense qu’on me prie, mais à ce moment-là, tout s’écroule et la sensation du carrelage froid me dérange. Je suis réveillé.

Sébastien Godard

Je rêve que, lors d’une livraison sur mon scooter, je me suis engagé sur une route qui n’avait pas de fin. Dans ce voyage, j’ai crevé mon pneu arrière douze fois, et douze fois, j’ai ouvert mon coffre et il y avait toujours un pneu de rechange. Dormeur06Le pneu était chaque fois d’une couleur différente. Je crus que la livraison durait une éternité et que le soleil ne se couchait jamais, toujours en plein dans les yeux. C’est alors qu’une personne me demanda de m’arrêter. Je m’arrêtai et elle me dit : “Que faites-vous ici ?” Je lui répondis : “Je fais une livraison”. Puis elle me demanda à qui je faisais la livraison. Et je dis : “Au Père-Noël. Ce sont les lettres de tous les enfants du monde que j’apporte”. Je repartis, et après trois heures de route, je vis un panneau où était inscrit : “La maison du Père-Noël”. Quand je suis arrivé chez le Père-Noël, j’ai ouvert la porte et j’ai vu quelqu’un assis sur une chaise, habillé en Père-Noël. C’était moi ! Alors je me suis réveillé.

Kévin Jamet


Je rêve que demain, je quitterai mon travail de mendiant dans ces rues de Kuala Lumpur qui est la ville de mon enfance. Dormeur08Je sortirai alors de mon quotidien, qui est de vadrouiller dans cette magnifique ville de Malaisie, d’où un jour je m’échapperai vers un nouveau monde. J’entrerai dans la vie de ces personnages dessinés dans le mur de la rue où je dors tous les soirs, je ferai rire les Malaisiens, je les aiderai contre la pauvreté. Une fois tous les habitants de ce pays conquis par mon humour et ma sympathie, je me réveillerai.

Ahmed Desné

Dormeur20Je rêve que je me réveille dans une pyramide avec une pioche accrochée à ma ceinture. Nous sommes en train de construire une pyramide pour le pharaon. Le travail est tellement dur que j’ai mal de partout. Le soir arrivé, je rentre chez moi retrouver ma famille. Après avoir mangé, je m’endors et je rêve que je suis dans un monde futur avec des charrettes qui roulent toutes seules, des cadres qui émettent des images, mais tout à coup je me réveille, car quelqu’un a tapé à la porte. Brusquement, je me réveille car le policier qui était à côté de moi voulait savoir si j’allais bien, car il ne voyait plus mon ventre bouger. Je me réveille.

Yazid Kisma

.

Je rêve que je vole au-dessus de ma ville Varanasi, puis je continue jusqu’à Bombay, je vais au site de Bollywood. Et de tout là-haut, je vois le tournage d’un film, j’aperçois le célèbre acteur Shahrukh Khan. Dormeur16Je continue ma tournée jusqu’au mont Himalaya, j’essaie d’atteindre le sommet, en vain. Sur cette déception, je décide de survoler le fleuve du Gange du début jusqu’à sa fin. Je vois des troupeaux d’hippopotames, des grues et des zébus. Ensuite, j’ai voulu retourner chez moi à Varanasi, mais sur le chemin, je heurte un grand building. Ce choc me réveille et je me retrouve dans mon lit. C’était un simple rêve.

Mehdi Belaamane

Je rêve que demain sera meilleur qu’hier,

Moi délaissant mon pousse-pousse et roulant en GTR,

Moi jetant mes sandales, frimant avec mes Stars,

Je traverserai la ville accompagné de femmes.

Toujours ma barbe grise me rappelant mon âge,

Avec ma calvitie me donnant bonne image.

Finie, la vie de tireur de pousse-pousse,

A moi les soirées jet-set et le luxe !

Je rêve que demain,

Je ne me réveillerai pas

Car la réalité est trop difficile.

Demain ne sera pas

Meilleur qu’hier.

Sef-Eddine Mze

Dormeur14

Photos prises respectivement à Mexico, Varanasi (Inde), Chiang Mai (Thaïlande), Jakarta (Indonésie), Kuala Lumpur (Malaisie), Edfu (Egypte), Varanasi (Inde) et Calcutta (Inde).

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October 13th, 2010 at 11:49 by Magali Tardivel-Lacombe

Quand j’étais petit…

Des nouvelles du lycée Ampère, Marseille (France)

Tandis que nous nous apprêtions à quitter la Thaïlande pour faire nos premiers pas dans la stupéfiante Calcutta (Inde), les élèves d‘Elise Gantaume, quant à eux, partaient pour le Festival d’Avignon, en compagnie d’élèves des lycées Zola et Célony (Aix-en-Provence). Atelier sous les platanesIl s’agissait, du 9 au 12 juillet, de les initier à un théâtre qu’Elise décrit comme “plutôt très contemporain”. La jeune femme raconte : “Hébergés en internat, les élèves avaient la permission de 2h du matin et pouvaient aller voir des spectacles du Off. Nous étions encadrés par les CEMEA, les Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active”.

Inscrit dans le cadre du programme “Lycéens au Festival d’Avignon“, ce projet a commencé par divers ateliers, notamment d’écriture, destinés à préparer les élèves, âgés de 15 à 18 ans, aux différents spectacles auxquels ils allaient assister.

Avant de voir le spectacle de Massimo Furlan, intitulé 1973, les jeunes ont par exemple écrit trois phrases : passé, présent, futur. En voici quelques-unes, comme un cadeau d’absurde poétique et drôle…

Decor a Avignon
Quand j’étais petite je croyais que les monstres existaient.

Maintenant je constate qu’ils existent vraiment et qu’ils sont humains.

Peut-être que plus tard ils n’existeront plus.

Quand j’étais petit je croyais que la vie n’était qu’un rêve.

Maintenant je constate qu’en réalité celle-ci est semée d’embûches.

Peut-être que plus tard ces mêmes embûches redeviendront un rêve.

Quand j’étais petit je croyais que tout le monde était gentil.

Maintenant je constate que je ne suis plus petit.

Peut-être que plus tard je mangerai des escargots.

Quand j’étais petite, je pensais qu’un cerisier me pousserait dans l’estomac si j’avalais les noyaux des cerises.

Maintenant je constate que ma mère me racontait n’importe quoi.

Peut-être que plus tard, lorsque les cerises transgéniques seront sur le marché, avaler leur noyau fera pousser un cerisier dans notre estomac – ça fait peur !

Quand j’étais petit je croyais que la vie était simple.

Maintenant je constate que je m’étais trompé.

Peut-être que mes enfants me donneront raison.

Lire plus de textes, voir plus de photos…

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June 6th, 2010 at 16:39 by Magali Tardivel-Lacombe

Rentré chez lui, le voyageur nettoie ses bottes, ses yeux striés du sang des paysages

Le titre de cet article est tiré d’un poème de Sébastien Godard, élève au lycée Ampère de Marseille, France.

“Nous avons nous aussi fait notre voyage, celui-ci imaginaire”, m’a écrit il y a peu Elise Gantaume, professeur de français et histoire au lycée Ampère de Marseille. “Les élèves devaient tirer au sort le nom d’un mont et, après des recherches sur le pays où il se trouve, décrire un repas dans ce pays et l’ascension de leur mont”.

Les carnets de voyage réalisés à cette occasion (voir photos ci-dessous) ont été exposés à la bibliothèque régionale L’Alcazar, où Elise a emmené ses élèves le 5 mai dernier. Cette fois, ils ont participé à atelier d’écriture sur le thème du voyage, animé par Elise Blot, auteur de En lisant Mona (Elan sud, 2009) et lauréate du prix Première chance à l’écriture 2009. L’écrivain leur a suggéré d’écrire à la manière du slameur Grand Corps Malade.

Bon voyage à travers leurs mots…

Atelier d'ecriture-2

Voyageur, le chemin c’est les traces de tes pas, c’est tout.

Voyageur, il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant.

La vie, ma vie, n’a pas de but.

Le but est fait et atteint par la fin de notre vie.

Nous décidons, nous créons le chemin de notre vie.

Le point de départ, notre arrivée dans un monde nouveau.

Au bout du chemin, nous laissons notre carcasse de voyageur.

Mehdi Belaamane


Carnets de voyage imaginaires-1Au loin, cette île où je suis en exil,

loin de ma famille et de mes amis,

eux qui ont ri quand je suis parti,

seul comme un homme

et comme un bonhomme.

Moi qui n’étais rien avant,

je suis parti droit devant,

échouer sur cette île Silatant.

Quand je suis parti pour Silatant

mon coeur était Grand,

moi qui étais petit,

ce voyage m’a donné

l’âge de la vie.

Lotfi Aouani


La terre fut vaste, la terre fut adolescente…

Moi aussi j’ai rêvé sur les cartes

cherchant l’impossible lieu de l’amour.

Suis-je incapable de le trouver ?

Elle est si grande, si intense

que j’en perds mes forces.

Toutes ces années sont passées

et me voici seul à contempler

La lenteur, lourdeur de mes idées.

La tristesse me purge de mes envies,

pourtant je voudrais prendre mon envol.

Parcourir les océans et les îles,

emmener ma solitude,

braver des périls.

Samy Boureghda

Carnets de voyage imaginaires-2

Je prends congé, je rentre chez moi, dedans mes rêves,

je retourne à cette Patagonie où le vent frappe les étables

et où l’océan disperse la glace.

En rentrant chez moi, je ressentis de la tristesse

car je retrouvais mon pays pauvre de sa sagesse.

Je sentais le vent de la Patagonie, glissant sur mes joues

tout en contemplant mes rêves de retour brisés par la réalité.

Je voyais la glace emportée comme moi par l’océan,

je voyais les portes des étables se battre entre elles.

Je rentre chez moi dedans mes rêves, je retourne dans mon pays

là où le vent frappe et où l’océan emporte la glace comme les hommes.

Yasid Kisma


Lire plus de textes…

Photos : Elise Gantaume


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January 24th, 2010 at 23:09 by Magali Tardivel-Lacombe

Invitation au voyage

Des nouvelles du lycée Ampère de Marseille, France

Je vous avais parlé du projet d’Elise Gantaume, professeur de français et histoire au lycée Ampère de Marseille. Le 22 octobre dernier, elle a emmené ses élèves, âgés de 15 à 18 ans, visiter la grande bibliothèque régionale L’Alcazar, écouter une conférence sur la littérature de voyage, participer à deux ateliers (les récits de voyage, les cartes anciennes). Après une traversée houleuse vers l’île du Frioul, le groupe a visité l’hôpital Caroline avec un guide qui, comble du hasard, est un ancien élève du lycée Ampère. L’après-midi, une conteuse a ensorcelé le groupe avec des histoires des Mille et Une Nuits.

Suite à cette sortie, Elise a demandé aux élèves d’écrire de petits textes sur leur ressenti, citant la belle phrase de Marcel Proust : « La réalité, c’est ce qui reste de nos souvenirs ». Pour la plupart des élèves, c’était leur permier travail d’écriture. Une belle aventure, donc, sans compter que certains n’avaient auparavant jamais quitté Marseille.

Voici des extraits de leurs textes.

Carte ancienne conservée à la bibliothèque de l'Alcazar à MarseilleJe me lève ce matin tout content parce que je sais que ça va être une bonne journée. Arrivée à l’Alcazar : Sensation de ne pas être dans mon élément. J’ai chaud, j’ai mal aux jambes à force de rester debout et je suis fatigué. Puis on va dans une salle de conférence où une dame va nous parler des écrits de voyages. Je suis fatigué je m’endors. Le professeur me réveille ! C’est reparti, nous allons au Vieux Port, je me sens mieux.

Rémy Chaigneaud

Je m’assoupis dans le bateau, je ressens une sensation de bien-être dans ma peau. J’ai chaud en moi alors qu’à l’extérieur je sens le vent frais sur mon visage. J’ai un peu le mal de mer mais ce n’est pas grave. Ce moment précis me rappelle mon enfance où, bercé par les bras tendres de ma mère, j’aimais m’assoupir.

Abdou Nassyat

J’écoute la conteuse raconter son histoire, je ressens une seconde vie irréelle. Sa voix douce et mélodieuse m’endort et m’emporte loin… très loin. Elle m’apaise le coeur et l’âme, c’est comme redevenir un enfant de 5 ans qui écoute les histoires avant de dormir. Le vent, d’une froideur glaciale, me caresse le visage et ces histoires me font oublier la pluie, cette pluie qui, derrière la conteuse, forme un rideau qu’on ouvre pour faire rentrer les personnages…

Alban Lorette

Hôpital Caroline de l'île du FrioulJe suis assis sur un siège moisi par l’humidité. J’ai une petite douleur au ventre. Je suis silencieux et passionné par le conte. Mes camarades sont serrés contre moi. J’ai la gorge sèche. C’est passionnant et le temps passe trop vite. Je n’entends que le bruit de la pluie que couvre la voix de la conteuse. Je suis immobile, l’odeur de la pluie envahit tout, la chaleur humaine m’enveloppe.

Kévin Jamet

Face à l’hôpital Caroline, je me sens oppressé par tout ce qui s’est passé ici, j’ai la gorge sèche et le souffle coupé. Je ressens la compassion m’envahir pour tous les gens qui sont morts dans ce lieu. Peu à peu mes épaules se tassent, je me retrouve petit, écrasé par le poids du temps qui n’est pas près de s’arrêter à ma mort.

Sébastien Godard

Je suis accroupi, le vent me donne des gifles en plein visage, ma bouche est sèche, mes yeux glacés. Et pourtant, entouré de mes camarades je me sens bien, blotti contre mes collègues, une petite chaleur me réconforte du mauvais temps. Un silence gênant se fait, je n’entends plus que les vagues se fracasser sur les rochers, l’odeur du sel est partout, j’attends péniblement que la « prof » nous prenne en photo. Et… tout d’un coup, des cris de joie, les élèves rigolent, mes amis me prennent dans leurs bras. Je suis heureux et je comprends que je viens de trouver une nouvelle famille.

Soulaïmen Lassoued

Elèves devant le Vieux Port de Marseille

Plus de textes et d’informations sur le http://www.lyc-ampere.ac-aix-marseille.fr/Eleves/Index.html.

Photos : Elise Gantaume

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October 15th, 2009 at 02:42 by Magali Tardivel-Lacombe

Le Voyage litteraire du lycee Ampere

Rencontre avec Elise Gantaume,

professeur de lettres et histoire au lycee Ampere de Marseille, France

Son exemplaire d’Encre de mer, Anthologie des plus belles pages de la litterature maritime, est herisse de post-it. Rose fluo, bleu electrique, vert gazon, comme une explosion d’enthousiasme en petits bouts de papier. Elise Gantaume, professeur de français et histoire au lycee professionnel Ampere de Marseille, prepare une sortie peu commune pour ses eleves. Le 22 octobre, elle les emmene sur l’ile du Frioul ou, en compagnie d’une conteuse professionnelle, ils vont visiter l’hopital Caroline, qui accueillait autrefois les lepreux en quarantaine. A la suite de quoi, “les eleves liront des textes dans le vent”. D’ou le feu d’artifice de post-it dans Encre de mer : “Je voudrais leur selectionner 15 textes, mais ça va etre dur… C’est mon livre prefere”.

Elise Gantaume

Cette sortie au Frioul est un peu le coup d’envoi du projet de “Voyage litteraire” qu’elle a mis en place avec Nathalie Legros, la documentaliste du lycee. Depuis 2004 qu’Elise travaille a Marseille, c’est la premiere fois qu’elle monte un projet de cette envergure. Les 45 eleves de seconde qui participent etudieront des textes et des oeuvres d’art sur le theme du voyage, visiteront la bibliotheque de l’Alcazar et realiseront leur “journal de voyage ideal” en cours d’arts plastiques. “Je voudrais leur montrer que la lecture est la premiere façon de s’evader et, pourquoi pas, leur donner envie de partir eux aussi”.

Pour ces eleves de 15 a 19 ans, l’annee scolaire a commence par l’etude de L’Odyssee d’Homere. C’est, avec la passion des voyages, un autre point commun que je partage avec Elise, puisque je me suis enfin decidee a choisir le seul livre qui m’accompagnera pendant le voyage : L’Odyssee d’Homere. Et, signe des dieux, nous avons toutes les deux opte pour la meme traduction en vers blancs de Berard ! En guise de prolongements ludiques a l’etude du texte classique, elle a propose aux eleves la lecture d’un album illustre, et meme une seance cinema pour voir ce que le film decapant des freres Cohen, O’Brother, a parodie de l’aede grec.

Premier livre d'histoire de France“Au debut”, me raconte Elise, “je voulais seulement enseigner l’histoire”. Une malice vive dans les yeux, un sourire attendri au visage, elle se leve pour m’apporter un manuel dont la couverture, ornee de dessins bleus et rouges, commence a jaunir et s’ecorner comme une ecorce de vieux platane. “J’avais 7 ans quand j’ai decide de devenir prof d’histoire. C’est ce livre qui m’en a donne envie, surtout la leçon sur Saint-Louis. Je le trouvais genial, Saint-Louis, il etait gentil avec tout le monde ! Alors apres le bac, j’ai fait des etudes d’histoire medievale, avec une maitrise sur les representations iconographiques de Saint-Vincent Ferrier. Et puis, hasard heureux, j’ai fait mon stage avec une prof de français et histoire, et ça m’a fait realiser qu’enseigner le français etait passionnant”.

Alors pour ses classes de lycee professionnel, elle depense son energie sans compter. Et ses eleves, qui se destinent aux metiers de l’electronique domestique, de la securite (alarme, incendie) et des reseaux de telecommunications, entrent dans sa classe avec un entrain qui m’etonnerait presque. Mais ces cours leur offrent une telle ouverture sur le monde qu’ils ne peuvent qu’y etre sensibles.

Elise et moi avons eu envie de relier nos deux projets. C’est pourquoi, un jeudi matin, je prends avec elle le chemin de l’ecole. Je n’avais pas fait ça depuis longtemps ! Elle a deja parle de moi a ses eleves, et quand ils me voient, ils lui demandent en aparte : “C’est elle, qui va faire le tour du monde ?” Etonnes et curieux. Je passe une matinee a expliquer le pourquoi et le comment de ce voyage, devant trois classes.

With Elise's students

- Pourquoi vous partez en voyage ?
- Vous en avez marre de la France ?
- Vous avez gagne au Loto ?
- Il va durer combien de temps, votre voyage ?
- 14 mois ? Mais c’est trop court !
- 14 mois ? Mais c’est trop long !
- Si vous trouvez un super travail en route, vous vous installez ?
- Comment vous faites pour emporter des affaires pour 14 mois ?
- Vous parlez combien de langues ?
- Ca va etre dur, avec le decalage horaire !
- Vous n’avez pas peur que votre famille vous manque ?

Quand je sors du lycee, je me sens epuisee, mais enthousiaste. Heureuse d’avoir declenche un tel tir continu de questions. Rendez-vous est pris pour janvier 2011. Entre temps, ils suivront mes perigrinations et regulirement, m’enverront textes et photos realises dans le cadre de leur “Voyage litteraire”. Je leur ai promis d’en publier des extraits sur ce blog. Car voyager, c’est d’abord echanger !

NB : Je viens d’arriver a Buenos Aires, en Argentine. D’ou l’absence d’accents dans ce texte et certainement les suivants… Merci de votre indulgence !

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