Thème - Librairie

February 21st, 2011 at 19:59 by Magali Tardivel-Lacombe

De Suède ou de Syrie, pour grands et petits

Rencontre avec Balsam Saad dans sa librairie jeunesse Al-Balsam au Caire, Egypte

Balsam SaadEntre les éditions et la librairie, son cœur balançait. Alors plutôt que de trancher cruellement ce désagréable dilemme, Balsam Saad a décidé de faire les deux. Après les éditions Al-Balsam, voici donc la librairie éponyme, ornée du même logo floral. Ouverte depuis mai 2010 au bord d’une avenue passante, elle est la seule boutique d’Egypte spécialisée en littérature jeunesse ; les plus proches concurrents se trouvent au Liban et en Jordanie. Trois employés, un seul mot d’ordre : faire lire en arabe ! “Mon rêve, c’est d’avoir en rayon tous les livres jeunesse en arabe qui existent”, explique Balsam. “J’en commande parfois qui viennent de Suède !” On ne le répètera jamais assez : malgré son unité linguistique, le monde arabe ne dispose pas encore de système de distribution. La jeune femme s’adresse donc directement aux éditeurs arabes pour commander les ouvrages qu’elle souhaite mettre en rayon. Afin de mieux connaître ce qui se fait, notamment au Maghreb, elle assiste autant que possible aux foires du livre de la région.

Librairie Al-BalsamComme toute librairie de quartier qui se respecte, Al-Balsam draine sa clientèle dans les environs immédiats, décernant déjà un bon point de fidélité aux écoles. “Mais la boutique est encore toute jeune”, reconnaît la jeune femme, “alors nous devons encore faire de la publicité”. Les invitations d’auteurs, régulières, devraient contribuer à asseoir la réputation de la librairie. Une auteure libanaise, agréablement surprise de trouver sa bibliographie complète en rayon ici, a ainsi été écoutée par une quinzaine de personnes. Des auteurs et illustrateurs égyptiens bien implantés, comme Walid Taher et Rania Amin, n’ont pas hésité à faire le déplacement. De son côté, la librairie voyage elle aussi, et s’immisce dans les salles de classe du Caire.

Balsam Saad dans sa librairie Sur les étagères, l’album pour enfant a la part belle, tandis que le roman pour adolescent peine à trouver sa place. “En fait, peu d’auteurs arabes écrivent pour les adolescents”, explique Balsam. “En rayon, je ne propose donc que des traductions, ce qui est problématique car on constate souvent un écart interculturel entre le sujet du livre et le lecteur arabophone. C’est ce qui a rendu si délicate la traduction de Fire Belly, le roman pour jeunes adultes de J.C. Michaels, qui met en scène une grenouille handicapée”. A l’étage, la libraire propose aux enfants de lire dans d’autres langues. Par ailleurs, un quart du fonds s’adresse aux parents : “Les adultes savent que, lorsqu’ils accompagnent leurs enfants ici, ils peuvent eux aussi repartir avec un livre sous le bras”.

Et la bande dessinée, dans tout ça ? “Les romans graphiques suscitent un intérêt croissant”, remarque la jeune femme. “Mais j’avoue que je n’ai en rayon ni mangas, ni bandes dessinées”. Elle avait, pour sa maison d’édition, le projet de faire traduire une bande dessinée allemande, mais lorsqu’elle a réalisé à quel point le scénario était morbide, elle a abandonné l’idée : Alia’s Mission-Saving the Books of Iraq“On voit déjà trop de malheurs à la télévision ! Moi, je veux donner espoir avec mes livres”. Elle ajoute : “En plus, ce livre mettait en scène des suicides, un thème inacceptable pour la société égyptienne”. L’héroïsme d’une bibliothécaire irakienne qui a sauvé quelque 30 000 livres durant la guerre de 2003 l’a en revanche séduite, et elle a publié Alia’s Mission: Saving the Books of Iraq, une bande dessinée américaine en noir et blanc qui raconte cet exploit. Comme pour n’importe quel autre titre, elle en a imprimé 3 000 exemplaires, mais ils s’écoulent très mal. Peut-être est-ce dû manque d’habitude des lecteurs arabes face à la bande dessinée. “Surtout, les gens ne veulent pas entendre parler de la guerre”, insiste Balsam.

Comme toujours, l’entretien se termine sur ma question fétiche : “Si vous deviez passer le reste de votre vie sur une île déserte, avec un seul et unique livre, lequel choisiriez-vous ?” Sa réponse balance : “Peut-être Le Petit Prince, qui m’a fait aimer lire… Ou plutôt, non, je dirais La Ferme des animaux“. Deux contes que grands et petits ne lisent pas avec le même regard… “Tout comme Le Petit Prince, le texte de George Orwell est simple mais fort. Et surtout, il pose avec justesse la question ‘Qu’est-ce qui arrive réellement quand on pense faire les choses bien ?’”. Vaste question qui, à n’en pas douter, travaille en ce moment les Egyptiens, au plus profond d’eux-mêmes…

Ciel au-dessus du CaireCiel vespéral au-dessus du Caire

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January 24th, 2011 at 18:05 by Magali Tardivel-Lacombe

Ennemi n°1 : la bibliothèque

Rencontre avec Ariho Ivan Mujorizi, vendeur à la librairie de l’Université Makerere, Kampala (Ouganda)

Ariho Ivan Mujorizi-2Lors de l’interview aux éditions Fountain, Tom Tibaijuka avait présenté l’industrie du livre en Ouganda comme un secteur jeune et en pleine expansion : “Localement, beaucoup d’éditeurs ont émergé depuis une dizaine d’années, comme MK Publishers“. En revanche, Ariho Ivan Mujorizi tient un tout autre discours. Le jeune homme, après des études de tourisme, raconte que, passionné de livres, il a répondu à une offre d’emploi diffusée par la librairie de l’Université. Il a été embauché et, après trois ans d’expérience, émaillés de formations organisées par le National Book Trust of Uganda (NABOTU), il se considère désormais comme un libraire à part entière. Il ne dénie pas le dynamisme éditorial de son pays, mais le regard impitoyable du vendeur jette sur la situation un éclairage nouveau.

Avec ses 12 employés, la librairie dans laquelle il travaille renvoie pourtant l’image d’un commerce prospère, et idéalement situé. Librairie de l'Université MakerereElle trône, juste à côté de l’université Makerere, sans concurrent apparent dans les environs, lourde de ses rayonnages bien fournis, forte de la foule d’étudiants qui arpentent sa rue à longueur de journée. Ici, sont vendus non seulement des livres universitaires – en particulier de médecine –, mais aussi des romans, des magazines, des albums jeunesse… Il y a même un rayon papeterie, au demeurant assez réduit car, taxée à 20% (contre 12% pour les livres), elle s’avère ici peu rentable. A l’échelle de l’Ouganda, la boutique sert également de centre de distribution à 12 éditeurs étrangers, dont le Britannique McGraw-Hill et le Sud-Africain Juta. Quand tout semble si parfaitement huilé, de quels grincements le libraire se plaint-il donc ?

“Notre problème”, finit par expliquer Ariho, “c’est tout simplement que nous avons très peu de clients. Bien sûr, les Ougandais lisent, mais le plus souvent, ils vont à la bibliothèque. Les étudiants trouvent tous les documents dont ils ont besoin à la bibliothèque universitaire, et nous, nous ne servons pas à grand-chose”. Vendeuse de livres sur un trottoir de KampalaA vrai dire, je n’aurais jamais osé imaginer que les bibliothèques puissent représenter une menace si directe pour les librairies. Voilà donc où se cachait l’ennemi : tout près, trop près ! “Cela vaudrait presque mieux pour nous d’être situés en centre-ville, comme la librairie Aristoc“, avance Ariho. Il est vrai qu’en plein cœur de Kampala, une grande librairie universitaire n’aurait probablement à craindre la concurrence ni d’Aristoc, dont le fonds généraliste s’adresse avant tout au grand public, ni des vendeurs qui, installés à même le trottoir, ne prétendent pas offrir un service équivalent à celui d’un libraire. “Aussi incroyable que cela puisse paraître”, ajoute Ariho, “peu d’étudiants savent qu’ils disposent d’une librairie sur leur campus ! La plupart finissent par le réaliser en surfant sur Internet”. Pour pallier cette difficulté sans pourtant déménager, la librairie de l’Université garde en rayon de nombreux ouvrages déposés à crédit par les maisons d’édition, comme ceux du Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences Sociales en Afrique (CODESRIA).

Lors de ce dernier reportage en Afrique de l’Est, je réalise pour la énième fois combien le secteur du livre dans la région a du mal à s’en sortir sans aides. Et encore, la situation en Ouganda m’est apparue plus stable que celle de la Tanzanie, avec des librairies plus fournies (peut-être du fait que l’anglais est langue officielle) et des éditeurs moins dépendants des financements extérieurs. Entretien avec Ariho Ivan Mujorizi-2Pourtant, dans les deux pays, les professionnels effectuent un travail admirable, contre vents et marées, contre freins et murailles. Le développement d’une industrie du livre florissante en Afrique subsaharienne n’est peut-être qu’une question d’années, le temps qu’émergent et grandissent les générations de lecteurs ? Mais une fois l’habitude de lire ancrée en eux, où trouveront-ils les moyens d’acheter des ouvrages ? Tom Tibaijuka admettait : “Bien souvent, les gens qui achètent des livres les prêtent à tout leur entourage, ce qui fait qu’un titre lu par dix ou vingt personnes ne sera en réalité acheté qu’une seule fois”. On se trouve donc au début d’une route qui risque d’être longue, avec des problèmes que l’Amérique latine et l’Asie ont, semble-t-il, déjà résolus. Mais au lieu d’attiser un pessimisme dévorant, on peut prendre en considération le bout de chemin déjà parcouru par ces professionnels qui, à force d’endurance, de bricolages et d’opportunités saisies au bon moment, continueront de trouver des solutions, même partielles ou provisoires, pour finalement ancrer le livre dans cette terre de l’oralité.

>>> Pour approfondir et élargir le sujet : Literacy for all in Africa, vol. 2 : “Reading in Africa, beyond the School”, sous la dir. de Kate Parry, Fountain Publishers, Kampala, 2009, publié suite à la 3e Pan African Conference on Reading for All (2003).

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December 10th, 2010 at 16:54 by Magali Tardivel-Lacombe

Des progrès très progressifs

Rencontre avec Hobokela Magale, secrétaire de direction de l’Association des libraires de Tanzanie (BSAT) à Dar Es Salaam

Hobokela MagaleEn Tanzanie comme dans bien d’autres pays, le métier de libraire s’apparente à n’importe quelle autre activité de commerce. Hobokela Magale l’explique clairement : “Vous êtes certes tenu de disposer d’une licence, d’un numéro d’enregistrement et vous devez payer les taxes, mais aucune formation n’est nécessaire pour vendre des livres. D’ailleurs, très souvent, on trouve des livres dans des épiceries ou des boutiques de matériel de construction !” C’est pourquoi la Booksellers Association of Tanzania (BSAT) propose des séminaires d’une ou deux journées sur divers thèmes : l’aménagement d’une librairie, le marketing, les relations avec les clients, etc. En payant une simple cotisation de 50.000 shillings par an (environ 33 euros), n’importe quel libraire tanzanien peut faire partie de l’association, ce qui porte à près de 700 le nombre de ses membres actuels. Affiche de la Semaine du Livre 2009La BSAT dépend entièrement de ces cotisations pour louer ses locaux, assurer sa communication et organiser ses formations. Ces dernières sont souvent couplées à l’Assemblée générale annuelle, afin de minimiser les dépenses des libraires, qui doivent financer eux-mêmes leur déplacement et leur hébergement lors des activités mises en place par l’association.

Si les libraires possèdent aujourd’hui leur propre association représentative, il n’existait à l’origine qu’une seule entité, créée en 1964, qui comprenait également les éditeurs. “A l’époque”, raconte Hobokela, “on trouvait en Tanzanie surtout des librairies religieuses, affiliées à différentes Eglises. C’est avec l’aide de l’Etat, au début des années 1990, que les librairies généralistes se sont développées. Quant aux éditeurs, on n’en compte toujours qu’une quarantaine actuellement”.

En ce moment, le souci majeur de la BSAT, qui emploie deux personnes à plein temps, concerne les ouvrages scolaires, principale source de revenus des libraires tanzaniens. Présentoir de livres dans les locaux de l'associationDepuis 2009 en effet, la  Commission d’autorisation du matériel éducatif (Education Material Approving Committee, EMAC), entité étatique, est chargée par l’Etat de sélectionner un unique titre par matière, avant de distribuer lui-même les ouvrages retenus. Indignée, Hobokela travaille à contrecarrer cette réforme, dont elle peine à comprendre la logique : “Officiellement, les ministres veulent nous faire croire que les enfants pourraient pâtir d’un manque de clarté s’ils disposent d’une dizaine de titres par matière. Mais c’est un argument absurde, car chaque instituteur ne choisit bien entendu qu’un seul livre par matière ! J’ai l’impression qu’en coulisses, le gouvernement voudrait réactiver l’activité éditoriale que poursuivait autrefois l’Institut pour l’Education“. Ce changement affaiblit des libraires déjà ralentis dans leur activité depuis qu’ils ne peuvent plus se rendre eux-mêmes dans les écoles pour y vendre les ouvrages ; la distribution, désormais assurée par les maisons d’édition elles-mêmes via leurs représentants attitrés, leur cause en effet un tort direct.

Dans ce pays où l’abondance de lecteurs de journaux semble témoigner d’un réel goût de lire, il est pour le moins surprenant que l’Etat, en entravant l’activité des libraires, freine leur envie de constituer un marché plural qui rendrait l’accès aux livres plus facile et plus attrayant pour les lecteurs potentiels. Là où la piraterie n’existe même pas car elle coûterait trop cher en frais de papier et d’impression, pourquoi diable mener la vie dure à des professionnels dont les conditions de travail ne sont déjà pas simples ?

Façade de BSAT

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December 3rd, 2010 at 17:45 by Magali Tardivel-Lacombe

Le temps de lire (2/2)

Suite de la rencontre avec Demere Kitunga, co-fondatrice des éditions E&D

et créatrice du Soma Book Café à Dar Es Salaam (Tanzanie)

L’index accusateur avait pointé le problème, il restait donc à désacraliser le livre. C’est ainsi qu’en 2008, Demere a inauguré son Soma Book Café, dans un quartier résidentiel de Dar Es Salaam. Cafe litteraireElle l’a pensé et défini comme un espace agréable, comportant non seulement une petite librairie, mais aussi un jardin dont l’ombre généreuse et le café en plein air sont ouverts à tous. “C’est la première expérience de librairie-café en Tanzanie ! Je veux que les acteurs qui se mobilisent en faveur de la lecture le considèrent comme bien à eux. Du coup, on y organise des activités où le livre sert à stimuler la créativité”. Un jour, des jeunes viennent lire à voix haute leurs poèmes, un autre des étudiants bénévoles animent un atelier de musique, un autre encore une initiation au journalisme permet à des enfants de s’interviewer mutuellement sur des textes et dessins qu’ils viennent de signer. “Pour moi”, affirme Demere, “tous les moyens sont bons pour mener à la lecture. Il faut utiliser l’oral pour soutenir l’écrit. Internet est aussi un très bon outil. Nous sommes actuellement en train de développer notre site pour qu’il contienne un forum où les gens pourraient échanger leurs conseils de lecture, leurs idées…”

Toujours dans l’idée de creuser l’appétit de lecture et d’éveiller la soif d’écriture, Demere a par ailleurs mis en place un magazine littéraire bilingue (anglais-swahili), en couleurs et papier glacé, pour lequel tout un chacun peut proposer un article, pourvu que cela parle, de près ou de loin, de livres et d’auteurs. Soma MagazineCe mensuel a vocation à être distribué dans toutes les librairies du pays. Encore un défi à relever, tant le réseau des professionnels tanzaniens du livre est peu structuré, malgré l’existence de plusieurs organismes qui pourraient jouer un rôle unificateur (BAMVITA, Booksellers’ Association…). Pour l’instant, on ne le trouve donc qu’à Dar Es Salaam, et certaines institutions comme Mfuko wa Utamaduni (Fonds Culturel Tanzanien) en achètent des dizaines d’exemplaires pour les redistribuer gratuitement à des écoles.

Depuis deux ans que le Soma Book Café mixe des jus de fruits devant la librairie, son public vient principalement des vastes maisons retranchées derrière les hauts murs du quartier. Interieur de la librairie SomaTrois ordinateurs ouvrent sur l’infini d’Internet et l’intimité tranquille du jardin encourage les étudiants à y venir réviser leurs examens. Cependant, la librairie, qui devrait être le coeur battant de ce lieu, semble encore faible sur ses jambes. Le coin enfants est bien fourni en albums illustrés, mais pour le reste, on a la douloureuse impression qu’un particulier a fait don de sa bibliothèque personnelle. Beaucoup d’étagères, presque vides, présentent quelques ouvrages défraîchis posés à plat. Aux yeux de Demere, le problème vient des éditeurs : “Comme le réseau de distribution est complètement informel en Tanzanie, il faut que les éditeurs s’intéressent à nous directement pour que nous puissions passer des contrats avec eux. Leisure_Culture_LearningNous représentons certes les éditions britanniques Pambazuka, mais c’est parce qu’ils connaissent très bien le marché africain. En revanche, nous venons à peine de passer un contrat informel avec Mkuki na Nyota, qui est actuellement le plus gros éditeur tanzanien”.

En outre, si Demere se réjouit de profiter de la force financière de E&D, elle reconnaît que la librairie-café n’est pas lucrative. D’abord, il a fallu acheter les locaux, ce qui, soulagement, constitue aussi une sécurité pour l’avenir. A cela s’ajoute chaque mois le salaire des sept employés : deux libraires, un cuisinier, un informaticien à mi-temps, deux agents d’entretien et, depuis trois mois seulement, une responsable marketing. Quand on pense aux librairies anglophones du centre-ville, dont les rayonnages regorgent de romans, guides et livres de photographies à destination des nombreux touristes fortunés qui passent par là, entre un séjour à Zanzibar et un safari dans le parc du Serengeti, la comparaison fend le coeur. Dans la mesure où les libraires tanzaniens sont confrontés tant à une production éditoriale locale réduite qu’à un lectorat encore trop peu développé, l’idée de Demere est peut-être promise à un bel avenir, même s’il est encore trop tôt pour le proclamer à pleins poumons. Car ça aussi, ça prendra du temps.

Demere raconte

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November 28th, 2010 at 18:34 by Magali Tardivel-Lacombe

Le temps de lire (1/2)

Rencontre avec Demere Kitunga, co-fondatrice des éditions E&D

et créatrice du Soma Book Café à Dar Es Salaam (Tanzanie)

Demere Kitunga presente sa librairieLe dicton prétend que si l’Occidental a la montre, l’Africain, quant à lui, a le temps. Dans une phrase pareille, on ne reconnaît certes qu’un reflet déformé de la réalité, mais la lenteur des choses en Tanzanie l’illustre en partie. Ainsi, Demere Kitunga raconte que, quand Elieshi Lema et elle ont eu l’idée de fonder une maison d’édition, ça leur a pris dix ans avant de pouvoir enfin rattraper le rêve en plein vol et lui donner des racines sur la terre ferme. A l’époque, elles étaient employées ailleurs et ont décidé qu’elles ne se lanceraient que lorsqu’elles auraient chacune rassemblé les économies suffisantes pour vivre six mois et s’acheter un ordinateur. Ce n’est donc qu’en 1998 qu’elles ont pu mettre en place E&D, des éditions à leurs initiales. “Le premier livre que nous avons publié était consacré aux sciences sociales expliquées aux enfants. Il nous a fallu multiplier les micro-crédits pour arriver jusqu’à la fabrication : un pour rémunérer les auteurs, un autre pour l’impression, et ainsi de suite”.

Les deux femmes ont débuté juste au moment où l’édition tanzanienne se privatisait. “Jusque dans les années 1990″, explique Demere, “l’Etat détenait tout le secteur sous le label Tanzania Publishing House (TPH). Les parutions de livres se réduisaient comme peau de chagrin, et pas seulement à cause de la censure. Livres jeunesseL’Etat n’avait en outre pas les moyens humains de gérer de nombreuses publications. Et puis son but premier restait la réalisation de livres de classes, donc presque tous les financements de TPH y passaient. C’était une situation très difficile pour les auteurs tanzaniens”. La libéralisation du secteur ne l’a pas pour autant métamorphosé en eldorado. Elle a notamment été concommittante avec le grand programme “Universal Primary Education”, mis en place dans la première décennie de l’indépendance, et pour lequel l’Etat a construit plus d’écoles qu’il ne pouvait en financer. Le manque d’ouvrages scolaires qui s’est ensuivi a stimulé chez les éditeurs la volonté d’en créer, sûrs qu’ils étaient de pouvoir les écouler sur le marché nouvellement agrandi. Aujourd’hui encore, la plupart publient presque exclusivement du scolaire. “Même à E&D”, concède Demere, “nous faisons des livres d’école. Mais sur les neuf matières enseignées, nous nous concentrons sur trois : le swahili, les sciences sociales et les sciences de la vie et de la terre”.

Tandis qu’Elieshi continue de faire fructifier les éditions, Demere cherche d’autres recettes pour éveiller la gourmandise de la lecture. Discussion avec Demere Kitunga“En Tanzanie, le gros problème, c’est que le livre est assimilé à l’apprentissage en vue des examens. Du coup, quand les enfants arrêtent d’aller à l’école, qui n’est obligatoire que pendant 7 ans, ils ne lisent plus. Les instituteurs ne savent ni susciter l’envie de lire, ni les rendre aptes à prendre en main leur apprentissage de manière active et critique. Du coup, même quand les jeunes ont envie de lire par la suite, ils ne savent pas comment s’y prendre. En swahili, le mot ’soma’ est ambivalent, puisqu’il signifie à la fois ‘lire’ et ‘apprendre’. Mais ce ne sont pas les livres scolaires qui font de vous un lecteur !”

A suivre…

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November 22nd, 2010 at 16:06 by Magali Tardivel-Lacombe

Le début et la faim du livre

Après mes quatre reportages en Inde, j’ai l’impression de n’avoir eu qu’un mince avant-goût de la situation du livre dans ce qui, théoriquement, est un seul et même pays mais qui, en réalité, fait figure de continent aux multiples facettes. GlobaLocalAfin de compléter mes observations et les dires de mes interlocuteurs, j’ai donc lu New Directions in Publishing (Mapin, Ahmedbad, 2009), qui retranscrit les débats de la première conférence GlobaLocal, organisée par le German Book Office (GBO) de Delhi. Les discussions, et donc l’ouvrage, ne portaient pas exclusivement sur l’Inde, mais plusieurs intervenants se sont exprimés à ce sujet, ce qui donne matière ici à un article plus général, pour changer des reportages habituels.

Notez que les observations d’Urvashi Butalia, créatrice de Zubaan, occupent une place centrale dans ce texte, à la fois parce qu’elle a participé à GlobaLocal et parce que j’ai eu la chance de rencontrer cette femme qui, depuis une trentaine d’années, travaille dans le milieu éditorial indien et l’étudie.

J’ai d’abord été frappée (et frustrée !) de m’entendre dire (et de lire) qu’il n’existe aucun chiffre global sur l’industrie du livre en Inde. Urvashi Butalia mentionne la seule étude générale ayant jamais été faite : deux tomes publiés par le National Council of Applied Economic Research… datant de 1972 ! Les librairies Oxford ont bien effectué quelques enquêtes privées, mais les chiffres obtenus ne concernent alors que les livres vendus en magasins. “De toute façon”, remarque-t-elle, “beaucoup d’éditeurs ici ne sont pas assez professionnels pour comprendre l’importance de publier de tels chiffres. Certains ne voudraient en outre jamais dire combien ils gagnent ni combien ils paient leurs auteurs !” Par ailleurs, Mary Therese Kurkulang, responsable marketing au GBO de Delhi, souligne la coexsitence de différentes associations d’éditeurs, qui tendent à se former selon la langue maternelle de leurs membres –un phénomène tout à fait défavorable à la création d’une vision et d’un marché unifiés. Two Books and a Pillow_Ramakrishna Behera_2004Du coup, comme le précise Preeti Gill, éditrice à Zubaan, les seules statistiques disponibles actuellement se fondent sur les ISBN déclarés aux quatre bibliothèques de dépôt officiel, ce qui porte à environ 100 000 le nombre de publications par an. Mais cela n’éclaire guère sur la quantité de maisons d’édition et de librairies existant dans le pays. Un organisme comme la Federation of Indian Publishers détient certes des chiffres, mais ces derniers excluent les ouvrages importés et ceux publiés par des maisons étrangères installées en Inde comme Penguin ou Randomhouse qui, on le verra, jouent pourtant un rôle de poids dans le monde du livre en Inde.

Pour ne rien arranger, l’Etat ne s’est jamais véritablement impliqué sur ce terrain. “Pendant 30 ans après l’indépendance”, explique Urvashi Butalia, “le protectionnisme était de rigueur dans tous les secteurs. Ainsi, chaque maison d’édition se devait d’être détenue par au moins 50% d’Indiens, ce qui a d’ailleurs favorisé le développement d’un autorat local. Cette obligation n’existe plus maintenant et, preuve que l’Etat l’appliquait à l’industrie du livre comme à n’importe quelle autre, il a longtemps dénié la particularité de cette branche d’activité. Ce n’est que depuis trois ou quatre ans que le statut de petits entrepreneurs nous est accordé, ce qui nous permet enfin de demander aux banques des prêts spécifiques”.

Pour couronner le tout, Urvashi Butalia relève la rareté des formations aux métiers du livre en Inde. En ce qui concerne la formation initiale, l’université de Calcutta reste la seule à proposer un cursus, depuis que celui de l’université de Delhi a fermé. Banyan Tree at Shantiniketan_Ramakrishna Behera_2010A cela s’ajoutent des sessions de 4 à 6 semaines, organisées par le National Book Trust, les formations à distance ou à l’étranger restant probablement les plus appréciées, comme en témoigne l’expérience de Vikram Jain : il est parti à Londres suivre un MBA puis effectuer un stage, avant de revenir à Delhi fonder BookVistas.com. Enfin, il est encore trop tôt pour préjuger du succès que rencontrera le cours professionnel récemment mis en place par la Foire du Livre de Francfort et le National Institute of Management.

Pour autant, une anecdote d’Urvashi Butalia illustre bien à quel point le secteur du livre indien s’est rapidement professionnalisé : “Il y a vingt ans, quand je voulais présenter un ouvrage à un éditeur étranger, je préférais imprimer le texte sur des feuilles A4 pour éviter de montrer l’exemplaire original, dont la reliure et le papier étaient de trop piètre qualité. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas !” Ainsi, malgré l’impression de balbutiement et de manque d’unité que les remarques initiales de cet article ont pu susciter, tous les professionnels du livre, qu’ils soient indiens ou non, évoquent à l’unisson un pays extrêmement dynamique, compétitif et novateur. Ajay Shukla, directeur de McGraw-Hill Education India, vante la qualité des auteurs et des éditeurs indiens, qui permettent à cette maison américaine de publier en Inde des ouvrages destinés aux marchés chinois, brésilien ou australien. “Nous retravaillons même ici des titres américains qui seront distribués aux Etats-Unis !” s’exclame-t-il.

A n’en pas douter, le fait que l’Inde soit anglophone –en fait, surtout dans l’édition, car seulement 5% de la population maîtrise l’anglais– confère au pays un réel avantage à l’échelle internationale. D’ailleurs, avec environ 30% des publications en anglais, c’est aujourd’hui le troisième pays d’édition dans cette langue, après les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Comme l’avance Gita Wolf, créatrice de Tara, un drôle de renversement de situation semble s’être opéré : autrefois, les Britanniques produisaient des livres à moindre coût pour “inonder” le marché indien. Aujourd’hui, en revanche, ce sont les éditeurs indiens qui, en publiant des ouvrages anglophones, accèdent aux marchés anglo-saxons, grâce à des coûts de production peu élevés et une qualité pourtant équivalente aux standards occidentaux. Books_Ramakrishna Behera_2010Du coup, les éditeurs anglo-saxons qui s’installent en Inde visent désormais le marché international tout autant que celui du sous-continent.

Ils mettent d’ailleurs en place des coopérations tout à fait nouvelles avec leurs homologues indiens. Ainsi, depuis quelques années, certaines grandes marques britanniques ou américaines élaborent des “joint lists” (listes communes).Urvashi Butalia explique ainsi que Zubaan a signé un accord avec Penguin pour publier conjointement quatre titres de fiction par an : “C’est nous qui gérons le processus éditorial, tandis que le marketing et la distribution sont assurés par Penguin. Au final, les ouvrages présentent les deux logos”. Mapin, ainsi que Ratna, ont conclu un accord similaire avec HarperCollins India, de même que Ravi Dayal avec Penguin. Ces initiatives concordent avec le regain d’intérêt du lectorat occidental pour l’Inde, dont les débuts auraient, selon Urvashi Butalia, concordé avec la publication de Midnight’s Children de Salman Rushdie (1981, publié en français chez Plon). Ce phénomène s’est probablement accentué depuis la parution des Fabuleuses Aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire de Vikas Swarup (Belfond, 2006) et sa célèbre adaptation cinématographique Slumdog Millionaire. Ces succès encouragent en outre les éditeurs étrangers à se pencher sur les littératures indiennes non anglophones. Urvashi Butalia se félicite ainsi d’avoir vu Sangati de Bama directement traduit du tamil en français (L’Aube, 2007). Ceci n’étant qu’un exemple parmi d’autres, sachant que 22 langues différentes sont représentées dans l’édition indienne. Dans le même temps, on assiste en Inde même à une recrudescende de la publication en langues locales, que Preeti Gill décrit comme concommittante au développement de télévisions et journaux régionaux.

Book Open on Bed-table_Ramakrishna Behera_2006

Autre spécificité à souligner : l’esprit d’ouverture et d’innovation dont font preuve les professionnels indiens du livre. Vikram Jain met en place une librairie en ligne spécialisée en indologie, Ajay Shukla n’hésite pas à rendre ses titres disponibles en print-on-demand (POD) sur Amazon, Gita Wolf s’intéresse à ce qui se fait dans des pays aussi divers que le Brésil, le Japon ou la Croatie, P.T. Rajasekharan, directeur de Panther, ajoute aux livres médicaux qu’il publie des compléments multimedia destinés à clarifier les explications contenues dans les ouvrages. Quand on sait avec quel soin et quelle minutie ils se lancent dans ces voies nouvelles, l’intérêt qu’ils suscitent hors de leurs frontières n’est finalement guère étonnant.

Cependant, si bien des regards extérieurs sont tournés vers l’Inde, cette dernière a encore fort à faire pour développer son propre lectorat. Mary Therese Kurkulang fait remarquer que les librairies se concentrent dans les quartiers aisés des grandes villes, laissant de larges zones rurales dépourvues d’accès facile aux livres. “Et puis”, ajoute-t-elle, “les gens ici lisent surtout du développement personnel et ce que j’appelle ‘les Bollywood en livre’”. Aux yeux d’Urvashi Butalia, c’est dans la croissance en cours de la classe moyenne que réside le plus gros potentiel de futurs lecteurs. Elle considère ainsi qu’avec un marché encore loin de la saturation, l’Inde deviendra de plus en plus un pays de “faim de lire” comme le disait Robert Escarpit dès 1972.

Les illustrations de cet article sont des toiles du jeune artiste indien Ramakrishna Behera. Vous pouvez retrouver ses oeuvres dans sa galerie en ligne.

Reproduction des images avec l’aimable autorisation de l’artiste

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November 2nd, 2010 at 17:23 by Magali Tardivel-Lacombe

Dans les pas de Grand-Papa

Rencontre avec Vikram Jain, directeur des éditions Sanctum et de la librairie en ligne BookVistas.com à Delhi, Inde

Comme souvent en Inde, l’histoire de Vikram Jain s’inscrit naturellement dans la lignée de celle de sa famille. Tout commença à Lahore il y a six générations, dans les années 1850. Vikram JainL’aïeul, Meharchand Lachhmandas fut le premier universitaire à s’atteler à la traduction en anglais de l’Adi Granth, un texte fondateur de la religion sikh. Avec l’argent issu de ce travail, il put ouvrir une petite librairie. Puis, se prenant au jeu, il travailla à l’édition de nouveaux titres, qu’il distribuait dans tout le pays. Il alla jusqu’à mettre en place sa propre imprimerie. Cette histoire avec un petit “h” aurait pu ronronner ainsi jusqu’à aujourd’hui, si l’Histoire avec un grand “h” n’avait pas jeté des poignées de sable dans les engrenages.

En 1946, alors que les discussions au sujet de la partition de l’Inde exacerbaient les tensions inter-religieuses, la librairie de Meharchand fut réduite en cendres par des musulmans qui ne supportaient soudain plus d’avoir pour voisins des Jains, dont la religion dérive de l’hindouisme et du bouddhisme. Entretien avec Vikram JainGrâce à l’aide d’amis musulmans, la famille put s’enfuir, à Amritsar d’abord, Delhi ensuite. Ils étaient sains et saufs, mais avaient tout perdu, sauf les bijoux et la réputation de la famille, qui leur permirent d’une part de se réinstaller, d’autre part de bénéficier d’une aide gouvernementale afin de rouvrir une librairie. En 1952, Munshiram et Manoharlal, respectivement issus de la troisième et quatrième générations perpétuant le travail de Meharchand, mirent sur pied une maison d’édition à leur nom, rapidement surnommée MRML pour faciliter la mémorisation. La cinquième génération, représentée par le père et l’oncle de Vikram, rejoignit l’affaire dès les années 1960. Au fil des ans, la famille s’était spécialisée en indologie, une niche bien protégée, aux cavités profondes et pouvant mener loin.

Aujourd’hui, une cinquantaine d’employés se répartissent entre trois branches. La plupart travaillent à la maison-mère, que Vikram décrit comme gigantesque. A la fois éditeurs et distributeurs, ils disposent d’innombrables ouvrages glanés dans le monde entier (à 90% en anglais), mais toujours en rapport avec l’Inde. Dans la vieille librairie du centre-ville, ensuite, sont vendus des textes en sanscrit, des livres religieux, des études en hindi –quasiment rien en anglais. Et, depuis juin 2010 seulement, Vikram dirige sa propre entreprise qui, quoique légalement indépendante de MRML, reste inscrite dans sa continuité. Livres d'indologieQuoi qu’il en soit, Vikram continue de travailler aux côtés de son père, en tant que directeur des droits de MRML.

Après des études de business à l’université de Delhi et un apprentissage sur le terrain aux côtés de son père, qui gérait les ventes et le marketing de MRML, le jeune homme a passé deux ans à Londres afin d’obtenir un Master d’édition puis travailler pour Watkins Books, une librairie ésotérique. Les pieds toujours bien enracinés sur terre et la tête bien vissée sur les épaules, lui qui a l’esprit pratique au point d’affirmer qu’il emporterait un livre de cuisine sur l’île déserte, a pris le temps nécessaire avant de se lancer. Trouver l’emplacement adéquat n’a pas été sans mal, mais il a fini par dénicher un local à Darya Ganj, le Quartier Latin du Vieux Delhi, où se concentrent libraires et éditeurs. Il a fallu ensuite compter six mois de travaux, mais l’affaire est désormais sur les rails.

Vikram Jain dans sa librairie toute neuve

D’une part, les éditions Sanctum Books ont vocation à prolonger le travail de MRML en indologie (archéologie, histoire, religion…). Vikram se montre fier de pouvoir motiver ses auteurs en leur versant 25% d’avance sur honoraires, contre 7 à 10% habituellement. D’autre part, Vikram a monté BookVistas.com, une “e-librairie” qui, afin de contourner les géants comme Amazon, reste dans l’ombre protectrice de l’indologie. Il reconnaît que c’est un pari risqué, mais l’expérience accumulée par la famille semble l’encourager à être audacieux, sans toutefois agir précipitamment. Convaincu de l’efficacité d’Internet dans le traitement et la circulation des informations, il emploie trois personnes qui mettent en place une base de données illustrée pour la librairie virtuelle, qui dispose de 2000 titres de MRML et quelque 3000 autres venus du monde entier. En outre, dans la Medical Association Road, étroite rue de Darya Ganj, sa petite boutique stocke des exemplaires immédiatement disponibles. Employees de Vikram JainLorsqu’une commande n’est pas disponible en rayon, soit il s’agit d’un éditeur de Delhi et Vikram se fait livrer l’exemplaire avant de l’envoyer au client, soit l’éditeur se trouve ailleurs en Inde, voire à l’étranger, auquel cas Vikram lui confie directement l’envoi au client. Dans ce second cas de figure, il récupère environ 30% du prix de vente. Ceci étant, il lui est souvent difficile de coopérer avec de grosses maisons d’édition, pour lesquelles les commandes au compte-goutte sont déclarées inintéressantes. Il espère par ailleurs enrichir peu à peu son fonds de livres rares et anciens, qu’il considère comme un véritable trésor.

L’ambition de Vikram lui a en outre inspiré l’idée d’un système de commande spécial pour les bibliothèques, amenées à devenir ses plus gros clients. Dotées d’un nom d’utilisateur et d’un mot de passe, ces institutions pourront non seulement effectuer leurs commandes en ligne, mais aussi recevoir par e-mail leur facture, de laquelle une remise sera déduite. Vikram espère que ce nouveau concept les incitera à ne plus passer par les représentants des maisons d’édition, qu’il considère comme corrompus. En d’autres termes, le jeune homme souhaite diminuer le nombre d’intermédiaires et, du même coup, simplifier (voire assainir) la chaîne du livre en Inde. Il est encore trop tôt pour savoir si cela fonctionnera comme il l’escompte, alors… rendez-vous dans six générations !

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October 17th, 2010 at 18:23 by Magali Tardivel-Lacombe

Quelques calculs à Calcutta

Promenade à College Street,

et rencontre avec Pinaki Mazumdar,

gérant de la librairie Chuckervertty, Chatterjee & Co.

à Calcutta, Inde

College Street_CalcuttaLe jour où nous décidons de nous rendre à College Street, la rue où se concentrent les libraires de Calcutta, nous nous demandons, à la vue des avenues anormalement calmes et apparemment vides, si ce n’est pas un jour férié. Quand nous posons la question au percepteur des billets de tramway, il nous corrige : les taxis sont en grève ! Peu d’Indiens ici possèdent leur propre véhicule, alors le grouillement des vieux tacots jaunes et blancs suffit, en temps normal, à créer embouteillages et brouhaha incessants. Book stall_College StreetAujourd’hui, la voie est dégagée, et nous arrivons en deux temps, trois tressautements, à College Street qui, comme on nous l’avait annoncé, présente un impressionnant alignement d’échoppes bourrées de livres. Les vendeurs, qui manifestent volontiers leur motivation à trouver le titre que nous chercherions, se montrent toutefois moins enclins à répondre à nos questions. L’un d’eux, étudiant en commerce, nous explique qu’il remplace aujourd’hui son père, qui gère le stand depuis 14 ans. “Nous avons en rayon toutes les matières étudiées dans les universités voisines, aussi bien en neuf qu’en occasion. La plupart du temps, nous nous fournissons directement chez les éditeurs”. Avec certains vendeurs, la communication est encore plus difficile, car ils ne parlent que le bengali…

A la recherche d’un interlocuteur qui pourrait nous parler de College Street, nous finissons par entrer dans une des quelques librairies en dur qui bordent la rue. EntretienUn caissier nous mène dans l’arrière-boutique et nous présente au gérant, Pinaki Mazumdar. Nous ne pouvions pas mieux tomber ! Indien jusqu’au bout des ongles, l’homme, qui citera le Bhagavad Gita (la 6e partie du Mahabharata) comme livre pour l’île déserte, appartient à l’une des plus vieilles familles d’éditeurs à Calcutta : les éditions Deb Sahitya Kutir publient en effet depuis plus de 150 ans des dictionnaires, de la fiction, des livres pour enfants, le tout en bengali. Oncles et tantes, frères et soeurs, mari et femme : toute la famille travaille dans le milieu du livre. Ainsi, au décès de sa mère, il y a trois ans, Pinaki s’est fait un devoir de quitter son poste de banquier afin de prendre sa succession à la tête de la librairie, qui était la première de la ville lors de sa création, en 1927. Aujourd’hui, la boutique offre à sa clientèle le panel anglophone le plus large possible, notamment en livres scolaires, plus demandés que les autres.

Book stall_College Street_2“Autrefois”, explique Pinaki, “l’industrie de l’édition se concentrait dans le quartier de Battala. Mais il faut savoir que jusqu’au début du XXe siècle, il n’existait pas de librairies en tant que telles : les livres étaient vendus au porte-à-porte. Quand la dizaine d’universités qui ont baptisé la rue ont été construites, notamment le Collège de Médecine, les vendeurs de livres se sont rapprochés des acheteurs potentiels, les étudiants, et se sont petit à petit sédentarisés”. La librairie de Pinaki se situe également à une adresse particulière, car le café attenant a longtemps servi de lieu de discussion aux intellectuels de la ville.

Ancien cafe litteraire“En Inde”, souligne Pinaki, “Calcutta a la réputation d’être la ville la plus littéraire, avec d’ailleurs la plus grande bibliothèque du pays. Je pense qu’entre les éditeurs, les libraires et les imprimeurs, environs 25 000 personnes travaillent dans l’industrie du livre ici. Rien que chez nous, il y a 52 employés dans la maison d’édition et 14 dans la librairie”. Il évoque par ailleurs la Foire du Livre de Calcutta, la plus importante du pays, qui attire 100 000 visiteurs par jour et répartit les quelque 25 millions de roupies issues de la vente directe de livres (plus de 400 000 euros) entre pas moins de 7000 librairies. Des chiffres à l’image de la ville, une des plus peuplées du sous-continent, avec près de 25 000 habitants au kilomètre-carré.

Malheureusement, quand on aborde les questions de lectorat et d’alphabétisation, les statistiques se font moins tonitruantes. Libraire de College Street_2Selon Pinaki, l’illettrisme s’élève à 10% de la population du West Bengal, contre 7 à 8 % pour le reste du pays. Dans sa région, il estime à 40% la proportion d’Indiens capables de lire en anglais, mais malgré une production éditoriale qui compte 70% d’ouvrages en bengali, les ventes se partagent équitablement entre l’anglais et cette langue régionale. “Pour beaucoup, le livre n’est pas une priorité, et la concurrence de la télévision et de la radio est réelle. Il faudrait que les enfants lisent plus et plus tôt, pour qu’ils en acquièrent l’habitude. Des ONG comme la Publishers and Booksellers Guild travaillent dans cette optique”.

Encore considérés comme des produits de luxe par une large portion de la population, les livres sont très souvent victimes de piratage. Priere du matin chez un libraireDepuis Harry Potter, disponible en version piratée trois jours après sa parution officielle, jusqu’aux ouvrages scolaires, ce marché parallèle touche à tout. “Notre dictionnaire anglais-bengali se vend à 25 000 exemplaires par an en Inde. Au Bengladesh, nous savons qu’espérer le même chiffre de ventes est réaliste, puisque c’est le plus grand marché bengalophone. Or, on n’en écoule que 5000 exemplaires par an, ce qui signifie qu’au moins 15 000 copies pirates circulent chaque année là-bas !” Pinaki décrit la lutte institutionnelle contre ce phénomène comme peu efficace, BD en bengalimais reconnaît que les long-sellers de Deb Sahitya Kutir, couplés à la bonne réputation de la librairie, leur assurent une saine stabilité. Outre le fameux dictionnaire bilingue, il cite Bantul, une bande dessinée qui s’est inspirée dans les années 1940 d’une série britannique : il s’en est vendu 100 000 exemplaires à un rythme régulier jusqu’aujourd’hui. De même, l’anthologie des meilleurs articles du magazine de “lifestyle” Nabakallol, qui existe depuis 52 ans, s’écoule à la cadence de 5000 exemplaires annuels depuis sa parution l’année dernière. Face à une moyenne habituelle de 1000 ventes par titre, ces chiffres reflètent un commerce prospère. Finalement, c’est aussi l’image que renvoient les stands de College Street : une branche active et florissante.

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June 14th, 2010 at 13:33 by Magali Tardivel-Lacombe

Vivre d’amour et de peinture fraîche

Rencontre avec Cindy Watson et Lauretta Ridgers

à la librairie-galerie Readback de Darwin, Australie

Devanture de ReadbackQuand nous atteignons Darwin, le “top end” du Territoire du Nord australien, nous avons parcouru plus de 7000 kilomètres de routes depuis Sydney. Il semble loin, l’opéra au bord de l’eau, et loin les Blue Mountains qui veillent sur Blackheath ! Depuis, nous avons randonné dans divers parcs naturels, découvert le vert désert après la pluie (avec son noir revers : l’éclosion de milliers de mouches), marché avec émotion autour d’Ayers Rock ruisselant d’eau…

Au gré de nos lentes déambulations dans Darwin (il fait vraiment trop chaud pour courir), nous découvrons la bouquinerie et galerie d’art Readback, située dans l’unique rue piétonne de la ville. Cindy Watson est en train de ranger des toiles, mais nous raconte volontiers l’histoire du lieu, un ancien cinéma que Lauretta Ridgers a aménagé en bouquinerie en 1998. C’est la seule librairie d’occasion de la ville, qui draine une clientèle locale et internationale. Cindy Waston et Lauretta Ridgers“Les gens cherchent parfois des raretés épuisées chez l’éditeur et, souvent, des livres sur l’histoire de la région, longtemps restée terre d’explorateurs”. En effet, la ville de Darwin ne s’est véritablement développée qu’après la Seconde Guerre mondiale. Réduite en monceaux de gravats par les bombardements japonais, elle s’est reconstruite autour des infrastructures militaires, notamment le réseau routier, pour devenir la ville la plus importante de la région. Ainsi, toute l’histoire antérieure du Northern Territory est marquée par les expéditions de scientifiques comme le géologue et photographe Herbert Basedow, ou les aventures, peut-être un peu romancées, de chasseurs de crocodiles comme Tom Cole.

“La moitié de notre clientèle est donc composée d’étrangers de passage, qui cherchent à en savoir plus sur ces aventures. Beaucoup laissent aussi les livres qu’ils ont finis et qu’ils ne veulent pas rapporter dans leur valise. Le prix de rachat dépend autant de l’état de l’ouvrage que de l’intérêt qu’il représente pour la librairie. Ensuite, un double prix est affiché, par exemple 10$ / 4$. Vous payez le prix numéro 1 quand vous achetez un livre, et nous vous remboursons le prix numéro 2 si vous nous rapportez l’ouvrage”.

Classés par thèmes, les rayonnages sont bien fournis et présentent une honorable section en langues étrangères, essentiellement français, allemand et danois. Librairie Galerie Readback a DarwinLe résultat ressemble un peu à une mosaïque mal ajustée, mais n’exagérons rien : cela a le mérite d’exister, dans une région où les échanges de livres proposés par les hôtels “backpackers” s’avèrent assez pauvres. De même, la bibliothèque municipale d’Alice Springs, au centre de l’Australie, a certes eu la bonne idée d’installer dans son hall d’entrée un présentoir de livres usagés destinés à l’échange, mais les romans de gare et/ou à l’eau de rose que l’on peut y trouver n’offrent pas la même richesse que les rayonnages débordants de Readback à Darwin.

Fait suffisamment rare pour être mentionné, les deux libraires n’utilisent pas de système informatique. Il faut dire que les coupures d’électricité sont fréquentes ici : “La dernière a duré 18 heures, il y avait une drôle d’ambiance dans les rues… Les climatisations étaient en panne, les machines à café aussi ! Personne ne pouvait travailler, puisque les ordinateurs ne s’allumaient pas. Que font les gens dans une telle situation ? Ils se promènent, ils bavardent… et ils lisent !”

Entretien avec Cindy Waston

Assez vite après la création de la librairie, Lauretta Ridgers et Cindy Watson se sont rendues compte que la seule vente de livres ne leur permettrait pas de subsister à Darwin, étant donné que la location de la boutique leur coûte la somme folle de 2000 $AU par semaine. Elles ont alors eu l’idée de monter une galerie d’art aborigène dans les mêmes locaux que la librairie. Pour elles, il s’agit certes d’une nouvelle activité plus lucrative –car l’art aborigène a la cote, notamment auprès des touristes–, mais aussi d’un moyen de promouvoir des artistes qui, auparavant, peignaient et sculptaient loin de tout, dans leur village, souvent situé dans les territoires aborigènes auxquels les Blancs ne peuvent accéder qu’après avoir obtenu un permis spécial. En offrant aux peintres un espace de travail et tout le matériel dont ils ont besoin, Lauretta et Cindy donnent aux visiteurs la chance de les voir composer leurs oeuvres sur place, soit à l’étage de la galerie, soit dehors, à même le trottoir.

Lanita NuminaLe jour de notre visite, Lanita Numina, née dans le désert de Stirling Station, est en train de commencer une nouvelle toile, qui lui a été commandée : des dizaines de pieds blancs apparaissent doucement sur le fond encore noir. “Ce sont des femmes qui vont cueillir des fleurs du désert”, explique l’artiste, aînée de six soeurs peintres, qui travaillent toutes pour Readback. Selon Lauretta Ridgers, seule cette manière de travailler permet de connaître et de comprendre l’art aborigène, bien mieux que dans les livres sur le sujet, “tous écrits par des Blancs”.

Depuis 5 semaines que nous voyageons en Australie, c’est la première fois que nous voyons des Aborigènes et des Blancs travailler ensemble. Toutefois, cette belle image est encore un peu ternie par les difficultés de communication entre les artistes et les galeristes : l’anglais reste la langue utilisée, alors que les Aborigènes la maîtrisent encore mal. Vous verrez dans un prochain article qu’en matière d’édition, le travail avec les populations aborigènes n’en est lui aussi qu’à ses débuts…

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April 8th, 2010 at 06:28 by Magali Tardivel-Lacombe

L’homme-orchestre

Rencontre avec Guillermo Quijas, éditeur et libraire à Oaxaca (Mexique)

L’histoire de Guillermo Quijas commence avec celle de son grand-père, qui a fondé à Oaxaca la librairie Proveedora Escolar dans les années 1940 et Guillermo Quijas devant le portrait de son grand-perequi éditait des ouvrages sur la région (géographie, histoire, sociologie), imprimés à des tirages quasi confidentiels de 200 exemplaires, hormis Leyendas y cuentos de Oaxaca (Contes et légendes de Oaxaca), qui connaît encore un certain succès. Lorsque Guillermo s’est intéressé à tout cela, il s’est mis à travailler aux côtés de son grand-père. Au bout d’un an à peine, à la mort de ce dernier, il a repris la librairie-papeterie de trois étages, qui compte aujourd’hui trois succursales et emploie 350 personnes.

Gérer une telle librairie, ce n’est déjà pas si mal, direz-vous. Oui, mais Guillermo le curieux a décidé, en 2005, de fonder les éditions Almadia, afin de perpétuer le travail éditorial de son grand-père, dans une perspective plus littéraire et professionnelle. Les contacts de son ami et collaborateur Leonardo da Jandra, écrivain et auparavant éditeur chez Joaquin Mortiz, maison aujourd’hui détenue par le groupe Planeta, ont apporté un appui précieux dans les premiers temps. Et puis l’auteur a accepté de publier un de ses romans chez Almadia, à côté du premier recueil de poésies et du premier essai.

Librairie Proveedora Escolar de Oaxaca

Ce coup d’envoi, suivi par la publication d’auteurs déjà reconnus au Mexique, comme Guillermo Fadanelli, ne satisfaisait pas complètement Guillermo, qui a vite voulu opérer un changement radical, en espérant par là-même améliorer la promotion et la distribution. C’est ainsi qu’il a contacté Alejandro Magallanes, un graphiste de Oaxaca, qui a inventé pour Almadia un nouveau design avec des couleurs bien tranchées, des jaquettes découpées comme des pochoirs, des marque-page détachables. Livres decoupes d'AlmadiaEt la série des grands noms a continué : Sergio Pitol (Prix Cervantès 2005), Juan Villoro (20 000 exemplaires vendus en deux ans de Los Culpables, qui a par ailleurs reçu le Prix Artaud, co-fondé par le Marseillais Jacques Aubergy), Le Clézio en grands formats illustrés… Sans oublier la collection de poésie Pleamar, les livres pour enfants dont l’audacieux récit de voyage en vers Diario de un niño en el mundo, les anthologies d’auteurs français, lusophones ou encore de jeunes écrivains mexicains (Grandes hits, sous la direction de Tryno Maldonado), et la petite et exigeante collection de philosophie de l’image “Seria VE”. Même s’il reçoit désormais une cinquantaine de manuscrits par jour, et même s’il achète et vend des droits dans de nombreux pays, aidé en cela par les contacts noués à la Foire du Livre de Francfort sous toutes ses formes (foire, Invitation Programme, Fellowship Programme), Serie VEGuillermo tient à conserver un rythme de publication de 18 titres par an, afin de garder un contact étroit avec les auteurs.

S’occuper à la fois d’une librairie et d’une maison d’édition, c’est un beau tour de force, remarquerez-vous de nouveau. Certes, mais Guillermo le touche-à-tout ne s’en contente pas. Il a également fondé la revue trimestrielle Numero Zero, qui offre un espace à des novellistes, des poètes, des chorniqueurs, sur des thèmes aussi variés que les monstres, les imposteurs, ou l’aventure.

Bon, bon, arrêtons-nous là, protesterez-vous, les journées n’ont après tout que 24 heures ! Bien entendu, mais Guillermo l’infatigable a également repris la Foire du livre de Oaxaca, fondée par son grand-père dans les années 1980, en lui donnant presque naturellement une dimension internationale et festive qui dépasse de loin la modeste exposition-vente des débuts.

Interieur de la librairie Proveedora Escolar

Mais alors, mais alors, bégaierez-vous, comment fait-il, ce businessman aux multiples casquettes ? C’est finalement bien simple, aurai-je envie de répondre. De la même simplicité qui émane des geste d’un chef d’orchestre face à cent musiciens. La revue ? Elle déniche de nouveaux auteurs. La maison d’édition ? Elle valorise les auteurs publiés par la revue. La foire du livre ? Elle reprend les thèmes de la revue et permet une large présentation des auteurs publiés par la maison d’édition. La librairie ? Elle co-finance la foire du livre (aux côtés de l’organisme étatique Conaculta, de la fondation Harp et d’une soixantaine de petits entrepreneurs locaux), vend les livres de la maison d’édition et s’insère dans un réseau de librairies mexicaines qui augmente encore la distribution des ouvrages.

Voilà donc comment Guillermo l’homme-orchestre réussit à tout mener de front. Pas étonnant que son livre pour une île déserte soit la biographie de Pancho Villa, écrite en 1940 par Martin Luis Guzman : encore l’histoire d’un homme d’action !

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