Les trésors bien gardés du couvent San Francisco (2/2)
Suite de la visite de la bibliothèque du couvent San Francisco à Salta, Argentine
Estela, bibliothécaire depuis 23 ans, dont 12 ici, nous explique que la bibliothèque renferme aujourd’hui encore quelque 15 000 volumes, les plus anciens datant du XVe siècle. Trois bases de données en cours d’élaboration répertorient le fonds ancien, le fonds moderne à partir de 1930, et les revues. Quant aux cartes, elles sont conservées dans d’autres archives auxquelles nous n’aurons pas accès. Eduardo nous apporte des gants en latex, et c’est avec une précaution de chirurgiens que nous poussons enfin la seconde porte, au-dessus de laquelle est inscrite une autre citation, d’Horace cette fois : “Possiede sapientiam quia auro melior est sapiens; uno minor est love” (Détenir la sagesse est meilleur que l’or ; l’homme sage n’est inférieur qu’à Jupiter).
La salle aux trésors est remplie de livres des plinthes jusqu’aux corniches. Cuir brun, papier jauni, carton écaillé — le tout sur fond de bois sombre. La grande échelle, difficile à manier mais indispensable pour atteindre le plafond, prend toute la largeur d’une allée.
Il n’est pas permis de prendre des photos, alors nous restons un long moment à observer, émus, les rayonnages sans le moindre espace respirant, une armée de livres étiquetés à la main par date (en rouge) et par références (en noir). Le silence n’est troublé que par les grincements du parquet, et la légère odeur de moisi, qui devient comme une présence.
Au hasard, nous choisissons un livre qui fait la taille et presque le poids d’un dictionnaire : Geografia Portuguez Tom. I, datant de 1734. Les pages, un peu raides quand on les tourne, présentent des éléments d’astronomie, ainsi que la généalogie commentée des rois du Portugal. Je n’ai jamais eu entre les mains, fussent-elles gantées de latex, un livre aussi ancien, qui inspire le respect autant que les vieilles pierres des cathédrales…
Plus tard, nous feuilletons un catéchisme de 1917 écrit en chinois. Estela nous raconte que le fonds fragile, non consultable, comporte des curiosités comme un dictionnaire espagnol-chinois imprimé en 1676, le Traité de médecine de Pablo Aegina, écrit à l’origine en grec entre 395 et 423, et publié à Lyon en 1576 dans sa traduction latine, ou encore l’étrange ouvrage du Père Casolini, Panégyrique de la Vierge (1842), écrit sans la lettre “R”, que l’auteur avait du mal à prononcer (un précurseur du lipogramme cher à Georges Perec !).
Nous ne pouvons voir le livre préféré d’Estela que sous forme numérique : c’est une bible commentée du XVIe siècle dont voici une page.
Afin de permettre la consultation de ces raretés sans les abîmer, leur digitalisation est en cours. Eduardo, qui en a la charge, nous montre le début du diaporama qui donne un aperçu de ce fonds ancien et de son état. 170 ouvrages ont ainsi été photographiés et répertoriés ; près de 3000 attendent leur tour… Un travail titanesque pour cette équipe réduite. Par chance, le moine José Tito Collalunga, qui s’est occupé de la bibliothèque de 1925 à sa mort, en 1981, a effectué le gros de la classification. Mais le manque de moyens, qui a entraîné la fermeture complète de la biliothèque pendant une quinzaines d’années jusqu’en 1997, ne donne guère d’espoirs à Estela et Eduardo de recevoir du renfort pour mener à bien la numérisation. Mais une bibliothèque multiséculaire doit bien pouvoir attendre encore quelques années avant d’être numérisée ?…
Envoyez vos dons de livres à la bibliothèque :
Prof. Rosa López de Pereyra Rozas
Complejo Cultural San Francisco
Córdoba 33
A4402EZA Salta (Argentine)






















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