Pays - Argentine

December 8th, 2009 at 02:19 by Magali Tardivel-Lacombe

Les trésors bien gardés du couvent San Francisco (2/2)

Suite de la visite de la bibliothèque du couvent San Francisco à Salta, Argentine

Estela et Eduardo devant la porte de la bibliothèqueEstela, bibliothécaire depuis 23 ans, dont 12 ici, nous explique que la bibliothèque renferme aujourd’hui encore quelque 15 000 volumes, les plus anciens datant du XVe siècle. Trois bases de données en cours d’élaboration répertorient le fonds ancien, le fonds moderne à partir de 1930, et les revues. Quant aux cartes, elles sont conservées dans d’autres archives auxquelles nous n’aurons pas accès. Eduardo nous apporte des gants en latex, et c’est avec une précaution de chirurgiens que nous poussons enfin la seconde porte, au-dessus de laquelle est inscrite une autre citation, d’Horace cette fois : “Possiede sapientiam quia auro melior est sapiens; uno minor est love” (Détenir la sagesse est meilleur que l’or ; l’homme sage n’est inférieur qu’à Jupiter).

La salle aux trésors est remplie de livres des plinthes jusqu’aux corniches. Cuir brun, papier jauni, carton écaillé — le tout sur fond de bois sombre. La grande échelle, difficile à manier mais indispensable pour atteindre le plafond, prend toute la largeur d’une allée. Cloître de l'église San Francisco_SaltaIl n’est pas permis de prendre des photos, alors nous restons un long moment à observer, émus, les rayonnages sans le moindre espace respirant, une armée de livres étiquetés à la main par date (en rouge) et par références (en noir). Le silence n’est troublé que par les grincements du parquet, et la légère odeur de moisi, qui devient comme une présence.

Au hasard, nous choisissons un livre qui fait la taille et presque le poids d’un dictionnaire : Geografia Portuguez Tom. I, datant de 1734. Les pages, un peu raides quand on les tourne, présentent des éléments d’astronomie, ainsi que la généalogie commentée des rois du Portugal. Je n’ai jamais eu entre les mains, fussent-elles gantées de latex, un livre aussi ancien, qui inspire le respect autant que les vieilles pierres des cathédrales…

Plus tard, nous feuilletons un catéchisme de 1917 écrit en chinois. Estela nous raconte que le fonds fragile, non consultable, comporte des curiosités comme un dictionnaire espagnol-chinois imprimé en 1676, le Traité de médecine de Pablo Aegina, écrit à l’origine en grec entre 395 et 423, et publié à Lyon en 1576 dans sa traduction latine, ou encore l’étrange ouvrage du Père Casolini, Panégyrique de la Vierge (1842), écrit sans la lettre “R”, que l’auteur avait du mal à prononcer (un précurseur du lipogramme cher à Georges Perec !).

BibelNous ne pouvons voir le livre préféré d’Estela que sous forme numérique : c’est une bible commentée du XVIe siècle dont voici une page.

Afin de permettre la consultation de ces raretés sans les abîmer, leur digitalisation est en cours. Eduardo, qui en a la charge, nous montre le début du diaporama qui donne un aperçu de ce fonds ancien et de son état. 170 ouvrages ont ainsi été photographiés et répertoriés ; près de 3000 attendent leur tour… Un travail titanesque pour cette équipe réduite. Par chance, le moine José Tito Collalunga, qui s’est occupé de la bibliothèque de 1925 à sa mort, en 1981, a effectué le gros de la classification. Mais le manque de moyens, qui a entraîné la fermeture complète de la biliothèque pendant une quinzaines d’années jusqu’en 1997, ne donne guère d’espoirs à Estela et Eduardo de recevoir du renfort pour mener à bien la numérisation. Mais une bibliothèque multiséculaire doit bien pouvoir attendre encore quelques années avant d’être numérisée ?…

Iglesia San Francisco by night

Envoyez vos dons de livres à la bibliothèque :

Prof. Rosa López de Pereyra Rozas

Complejo Cultural San Francisco

Córdoba 33

A4402EZA Salta (Argentine)

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November 30th, 2009 at 03:12 by Magali Tardivel-Lacombe

Les trésors bien gardés du couvent San Francisco (1/2)

Visite de la bibliothèque du couvent San Francisco à Salta, Argentine

Vue de SaltaA Salta, le goût des Andes flotte entre les collines brunies par la sécheresse. Mille mètres et quelques d’altitude, qui ne feront qu’augmenter pour nous dans les deux prochains mois, de l’Argentine du nord jusqu’au Pérou, en passant par les montagnes boliviennes. Mais pour l’instant, le mal de l’altitude ne nous guette pas encore. Si nous avons parfois du mal à respirer, c’est parce que les fumées et la poussière stagnent dans la cuvette où se blottit Salta. Alors nous prenons notre temps pour déambuler dans les rues piétonnes, visiter le Musée archéologique de la haute montagne, entrer dans les églises aux intérieurs chargés.

L’une d’elles a attiré notre regard dès le premier jour, avec ses façades écrevisse et bouton d’or, soutenues par de solides colonnes blanches. Déclarée monument historique en 1941 et élevée au rang de basilique en 1997, l’église San Francisco présente une histoire aussi longue que Salta, puisque ses fondations datent de 1582, année où Hernando de Lerma fonda la ville. Plusieurs incendies détruisirent l’édifice initial, mais le bijou un brin rococo qui domine la rue Córdoba date tout de même de 1785. Nous ne nous serions probablement pas intéressés au bâtiment gris accolé à l’église si nous n’avions pas vu l’écriteau “Biblioteca del convento”.

Iglesia San Francisco_SaltaLa première fois que nous passons, c’est fermé. Nous revenons le lendemain matin, pour découvrir une salle sombre où les rayonnages semblent peu remplis. C’est là que nous apprenons qu’il y a, juste au deuxième étage du couvent, une autre bibliothèque, de livres anciens cette fois. Une autorisation est indispensable pour pénétrer dans cette salle aux trésors. Au secrétariat du monastère, un homme nous ramène à la première personne, qui finit par décréter que demain, à la même heure, nous aurons le droit de visiter cette bibliothèque. Un peu kafkaïen, mais on y croit.

Le lendemain, même lieu, même heure, nous sommes reçus par deux autres femmes, qui n’ont pas eu vent de notre visite et demandent carte de presse, ordre de mission et, cela va sans dire, autorisation en bonne et due forme. Elles semblent s’amadouer dès lors qu’elles réalisent que, par notre intermédiaire, elles pourront mieux faire connaître la bibliothèque et ses besoins en livres ; au passage, sachez donc que sont bienvenus les envois d’ouvrages, dans toutes les langues et sur tous les sujets (Contact : Prof. Rosa López de Pereyra Rozas, Complejo Cultural San Francisco, Córdoba 33, A4402EZA Salta, Argentine). La vue du blog labellisé “Frankfurt Book Fair” les convainc enfin, et nous pouvons, escortés par Eduardo, un des deux bibliothécaires qui travaillent dans l’ancienne bibliothèque, traverser le cloître qui mène au fameux deuxième étage.

Autour du jardinet qui offre un havre de paix aux huit moines qui vivent ici, une série de treize fresques, peintes en 1946-47 par un certain Francisco Luscher, présente la vie de Saint François. En haut, une citation d’Erasme orne la porte de la fameuse bibliothèque : “Hic mortui vivunt, pandunt oracula muti” (Ici les morts vivent, et les muets expriment leurs désirs). Ce n’est pas un hasard si la bibliothèque est placée sous l’égide du grand humaniste hollandais. Elle renferme en effet des ouvrages de domaines aussi divers que la religion, la médecine, la linguistique, le théâtre, l’astronomie, avec une attention toute particulière apportée aux savoirs des “natifs”. En bref, la parfaite panoplie nécessaire à l’honnête homme de la Renaissance.

Fresque sur la vie de St François

Pour trouver la référence d’un ouvrage, il faut se plonger dans le fichier papier, une enfilade de petits tiroirs empilés les uns sur les autres : d’un côté, les auteurs, de l’autre, les titres. Les fiches sont parfois calligraphiées à la plume, parfois tapées à la machine. Par jeu, nous cherchons un auteur que nous connaissons. A “D” comme Descartes, nous trouvons les références d’un Discours de la méthode publié en 1713 à Paris.

Vous entrerez dans la salle aux trésors lors du deuxième épisode !

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November 26th, 2009 at 01:57 by Magali Tardivel-Lacombe

C’est une autre musique !

Quelques jours avec la famille Ahumada, musiciens à Córdoba (Argentine)

Arrivés au petit matin à Córdoba, après dix heures de bus, nous sommes heureux de faire la connaissance de César et Monica, qui nous hébergent. Un vrai bonheur de se sentir “comme à la maison”, à la différence près qu’au petit déjeuner, Monica Ahumadaen plus des classiques thé et tartines, on peut boire du maté et manger de la pâte de patate douce. Quand nous proposons de débarrasser la table, Monica nous dit de tout laisser, car deux de ses amies vont venir.

Ce n’est que plus tard, en émergeant d’une sieste matinale qui nous a remis de notre nuit de bus, que nous réalisons que les deux amies en question sont musiciennes. Les yeux encore papillonnants et les oreilles toutes cotoneuses, nous nous réveillons peu à peu en entendant la voix claire et forte de Monica, qui chante des airs folkloriques, accompagnée à la guitare et aux percussions. A Córdoba, elle dirige trois choeurs, et pour son plaisir, joue de plusieurs instruments. Le soir, elle nous fait une démonstration de quéna, puis César nous joue El Condor Pasa à la flûte.

César, qui pense que tout être humain doit, pour se sentir bien, exercer un art, un sport et une activité intellectuelle, a fait du cor d’harmonie son métier ; pour le sport, il pratique la gymnastique, et son activité intellectuelle, c’est l’apprentissage simultané du français, de l’allemand, de l’italien et de l’anglais !

César AhumadaLe lendemain, quand il nous emmène visiter l’église Santa Catalina, perdue dans la campagne, il ne résiste pas à l’envie de tester l’accoustique de cet édifice jésuite. Alors il sort son instrument de son étrange étui, et joue, lentement, pour laisser aux notes le temps de résonner entre les murs ornés de peintures de l’école de Cuzco.

Nous avons la chance qu’il puisse nous consacrer tant de temps, non seulement pour les lieux qu’il nous fait découvrir, mais aussi pour toutes les explications historiques et linguistiques qu’il se fait un plaisir de nous donner.

Pendant le déjeuner, je profite de ses talents pédagogiques pour lui demander comment il se procure ses partitions. “En Argentine, ce n’est pas facile. La seule librairie spécialisée se trouve à Buenos Aires, c’est Ricordi. Avant, il y avait aussi Clef, mais cela fait cinq ans qu’elle a fermé. Sinon, El Ateneo a aussi un rayon de partitions. Mais à vrai dire, j’ai vécu douze ans à Buenos Aires, alors moins j’y vais, mieux je me porte”. Stupéfaite, j’apprends alors qu’il demande à Mauricio, son cadet trompettiste parti vivre à Paris, de lui acheter ses partitions dans les boutiques de la fameuse rue de Rome, dans le 8e arrondissement. “C’est le plus simple, parce que si j’achète sur Internet, j’ai en moyenne 300 pesos [55 euros environ] de frais de douane ! Non seulement c’est hors de prix, mais en plus c’est absurde, car les frais de douane sont censés protéger une production locale. Or, en matière de partitions, il n’existe aucune maison d’édition argentine !”

Iglesia Santa Catalina

Le cloître de l’église Santa Catalina (province de Córdoba)

Ses deux autres fils, Pablo et Nicolas, respectivement corniste et saxophoniste professionnels, sont confrontés aux mêmes problématiques. “Parfois, ils téléchargent des partitions sur Internet. Ce n’est pas très légal, mais à vrai dire, on n’a pas vraiment d’alternative. Moi, je préfère travailler sur des photocopies, mais ce n’est guère mieux”.

Quand nous rentrons le soir, Nicolas a réuni un quintette de saxophones, qui remplit la maison des airs guillerets d’un compositeur français. Pas étonnant que, dans cette maison, les quatre bibliothèques bien garnies contiennent plus de partitions que de livres. Et encore, parmi les livres, beaucoup traitent de musicologie !

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November 20th, 2009 at 20:20 by Magali Tardivel-Lacombe

La bibliotheque aux livres invisibles

Visite de la bibliotheque municipale de Córdoba, Argentine

Biblioteca Córdoba ciudad_ArgentinaLa large verriere qui couvre le patio intérieur atténue la crudité du soleil. Au centre, quelques tables et chaises –presque personne. Les colonnes de marbre conferent a l’endroit un air solennel. Aucun livre en vue, hormis dans quelques vitrines poussiéreuses. Voyant notre air perdu et perplexe, le gardien, assis derriere une petite table, nous interpelle : “Vous n’etes pas d’ici, vous, n’est-ce pas ?” Nous nous avancons vers l’homme dont l’uniforme rappelle celui d’un policier. Il pose a l’envers le livre qu’il est en train de lire, visiblement un polar. “Le batiment dans lequel vous vous trouvez a été construit en 1896. A l’époque, c’était une demeure privée. Dans les années 1940, c’est devenu un tribunal”. Il illustre ses propos en nous emmenant dans une arriere-salle, ou une balance est peinte au plafond.

“Ensuite, un centre des impots a été installé ici, avant que le gouverneur de la province en fasse sa résidence. Ce n’est qu’en 1991, peu apres l’ouverture démocratique, que la bibliotheque municipale de Córdoba, fondée en 1911, a investi les lieux”.

Plafond de la bibliotheque de Cordoba

Voyant entrer un aveugle, le gardien prend congé pour l’accompagner jusque dans la salle de réunion de l’Association des amis de la bibliotheque pour déficients visuels. Une étudiante nous explique qu’a l’université, nombreux sont ceux qui font appel a cette association, qui propose de dactylographier les cours ou entretiens d’enquete que les étudiants ont auparavant enregistrés.

Mais tout cela ne nous dit pas ou se trouvent les livres ! Pourtant, sachant que la biblioteque a feté en 2006 son 95e anniversaire, elle doit bien en posséder quelques-uns… Le gardien, qui revient vers nous, détient peut-etre la clé de ce mystere. Mais a peine nous a-t-il entrainé dans Salle de conférences_Bibliotheque Córdobaune grande salle, ou sont régulierement organisés des cours et des lectures publiques, que le voila déja reparti. Au bout de la salle, d’une froide nudité, trois sieges imposants ressemblent aux pieces oubliées d’une partie d’échecs finissante. Nous profitons d’etre seuls pour jeter un oeil aux portes entrouvertes : quelques étageres pleines d’albums pour enfants, un bureau éteint et, enfin, des rayonnages remplis de livres. C’est ici qu’ils sont cachés ! Mais une bibliothécaire nous a vus entrer et nous dit que l’endroit n’est pas ouvert au public, qu’il faut sortir.

Quand nous retournons, penauds, vers le gardien, celui-ci, un sourire en coin, nous emmene devant un bureau. “Sors donc de derriere ton ordinateur, et montre a ces jeunes gens les trésors de la bibliotheque !” Sa collegue se penche et, la mine gourmande, le gardien pointe du doigt le large décolleté qu’elle arbore. C’est en éclatant de rire qu’il nous laisse avec elle. Nous apprenons enfin que les livres ne sont consultables que sur demande. Impossible, donc, d’errer dans l’ordre alphabétique ou le classement thématique, a la recherche d’un titre ou d’une couverture qui attirerait le regard et la curiosité. Il faut venir avec un but précis.

Au moins, la bibliotheque affiche ses dernieres acquisitions, qui peuvent toujours donner des idées. En octobre, la liste des ouvrages acquis au mois de mai indiquait, entre autres, trois titres d’Alain Badiou, un de Cortazar, et une Histoire critique de la littérature argentine en quatre volumes. Et puis, a l’occasion du bicentenaire de la patrie argentine, dont les festivités commenceront en janvier 2010, Córdoba a décidé de mettre a l’honneur ses écrivains avec une Coleccion de escritores cordobeses : le dépliant qui l’annonce informe les visiteurs qu’ils pourront découvrir ici la poésie de Glance Baldovin, les essais de Carlos Astrada, ou encore les romans de Enrique Luis Revol. Une maniere de valoriser le fonds, tout en laissant les livres dans l’ombre protectrice de leur invisibilité.

Extérieur bibliotheque Cordoba

Site de la bibliotheque : cliquer ici.

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November 20th, 2009 at 18:39 by Magali Tardivel-Lacombe

Bibliodiversite : complements d’information

Guido Indij m’apprend a l’instant qu’une erreur s’est glissee dans mon article : contrairement a ce que j’ecrivais, il n’a pas participe a l’exposition a St-Germain-des-Pres.

Par ailleurs, il souhaite signaler que El Libro de los libros a ete lance en version anglaise lors de la Foire du livre de Francfort.

A bientot pour d’autres decouvertes argentines et sud-americaines !

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November 11th, 2009 at 18:09 by Magali Tardivel-Lacombe

Bibliodiversité (2/2)

Suite de la rencontre avec Guido Indij, éditeur à la Marca Editorial, Buenos Aires (Argentine)

Guido Indij_BibliodiversidadGuido Indij est très fier d’avoir publié un texte du Français Gilles Colleu, éditeur à Vents d’Ailleurs : La edicíon independiente, como herrameinte protagonica de la bibliodiversidad (traduction du texte publié en 2006 chez l’Alliance des éditeurs indépendants, coll. Etat des lieux). L’idée de bibliodiversité, qui insiste sur l’importance culturelle de l’édition indépendante, a émergé au début des années 2000, mais on ne saurait dire qui en est l’auteur ; des recherches sont en cours, mais vous en savez peut-être davantage, vous lecteurs ?… Cet essai de Gilles Colleu fait écho au cheval de bataille de l’éditeur argentin, qui s’engage en tant que coordinateur local pour le réseau hispanophone de l’Alliance internationale des éditeurs indépendants, connu sous le nom de l’Alianza de los editores independientes para otra mundialisacion (AEI), l’Alliance des éditeurs mexicains indépendants (AEMI) et l’Edinar, qui défend la “diversité bibliographique”. Il manque de temps pour donner des détails sur tous ces réseaux et indique simplement : “C’est très important à mes yeux, en tant qu’éditeur indépendant, mais aussi en tant qu’Argentin. Nous sommes encore assez mauvais pour travailler en groupe, alors que c’est une force”.
 
Interview with Guido IndijSon désir de rapprocher les gens ne se manifeste pas seulement sur le plan éditorial. En tant que photographe, il travaille aussi sur les gestes propres à chaque culture. Dans le premier tome de cette série intitulée Sin palabras, à paraître chez La Marca Editorial, il met en scène ses compatriotes ; pour le deuxième volume, il a commencé un projet avec les Italiens. En 2008, il a même participé à une exposition au Centre Pompidou, dans le cadre de l’Année européenne du dialogue interculturel. Avec le titre “Faites un geste”, Guido Indij invitait les visiteurs à offrir un geste qu’ils trouvaient parlant. “Parce que finalement, il n’y a qu’un seul geste que l’on comprend dans le monde entier : c’est le sourire”, conclut l’éditeur qui rentre chez lui se remettre de la Foire du Livre de Francfort. Par chance, il n’a que la rue Rivarola à traverser. A croire que l’une des plus petites rues de Buenos Aires, longue d’un seul “cuadra” (pâté de maison), lui appartient tout entière !
 
Avant de prendre congé, je lui pose la question classique de l’unique livre qu’il emporterait en voyage. “Difficile ! J’aime bien la réponse d’Oscar Wilde, qui disait que le meilleur livre à emporter sur une île déserte était un livre tout blanc, qui serait encore à écrire. Sinon, je dirais sans doute Mille Plateaux de Deleuze et Guattari“.

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November 9th, 2009 at 02:50 by Magali Tardivel-Lacombe

Bibliodiversité (1/2)

Rencontre avec Guido Indij, éditeur à La Marca Editorial, Buenos Aires (Argentine)

Géant tranquille aux moustaches souriantes, Guido Indij, photographe et éditeur, nous reçoit dans l’entrepôt empli de livres, de photos et de toiles, qui lui sert de bureau. Il a les yeux fatigués de l’éditeur qui revient de la Foire du Livre de Francfort. Quasiment un passage obligé cette année pour les professionnels du livre argentins, qui seront accueillis en octobre 2010 comme invités d’honneur. Pour Guido Indij, ce type de salon permet de présenter des collections qui, sinon, restent dépareillées dans les librairies. “Aucun catalogue n’est présenté dans sa totalité dans les librairies, c’est dommage. Alors j’ai décidé de créer mon propre réseau, à Buenos Aires et Córdoba”.
 
BookshopLa librairie de la capitale, Asunto Impreso, est située à deux pas, dans la même rue Rivarola. On vient de loin pour y trouver des livres d’art, dont elle s’est fait la spécialité. La Marca Editorial, maison d’édition que Guido Indij a fondée en 1992, se concentre elle aussi sur l’art, la photographie, ainsi que les essais esthétiques et la philosophie. Beaucoup de ses propres travaux photographiques sont publiés chez La Marca Editorial, dont le nom n’est d’ailleurs pas tout à fait innocent : “Cela exprime un peu l’idée romantique de laisser une marque, une trace de son passage sur Terre. Après tout, c’est pour cela que l’on publie des livres, non ?” Cette passion pour les livres l’a même conduit à réaliser un Libro de los libros, qui recense les lieux littéraires les plus intéressants de Buenos Aires.
 
Toujours dans la même rue Rivarola, La Marca Editorial, qui emploie 14 personnes en tout, a installé en 1995 son propre service de distribution. Il s’agissait de pallier les difficultés rencontrées avec les distributeurs extérieurs, et surtout de faciliter l’exportation. Les ouvrages fortement illustrés que Guido Indij publie se prêtent particulièrement bien Guido Indijà la coédition internationale, du fait du peu de textes qu’ils contiennent. “Nous faisons souvent des livres bilingues espagnol-anglais. Parfois, il n’y a même que la couverture qui comporte une mention écrite. C’est encore plus facile”. Son grand succès, ce sont les flip-books, ces livres minuscules que l’on feuillette rapidement avec le pouce pour faire défiler une saynette : un homme se prend une tarte à la crème en pleine figure ; une rue de Buenos Aires se lève, s’anime et se couche ; un Zeppelin survole la capitale argentine au début du XXe siècle… Il en a vendu un demi million d’exemplaires dans le monde entier, et a participe en ce moment à une exposition sur ce thème à Paris, dans la station de métro Saint-Germain-des-Prés.
 
 
A suivre…

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October 27th, 2009 at 01:47 by Magali Tardivel-Lacombe

Un mille (et une) feuilles francophile

Rencontre avec l’équipe de la librairie française Las mil y una hojas, Buenos Aires (Argentine)

Logo Las mil y una horasBuenos Aires compte quatre Alliances Françaises, un lycée français baptisé Jean Mermoz, et trois librairies françaises. L’une d’elles porte le nom gourmet de “Mille et une feuilles” (Las mil y una hojas). Cela dit, c’est la traduction qui donne un alléchant côté pâtissier à ce nom. “Hoja”, ce serait plutôt la feuille d’arbre, si l’on observe le logo. De ces feuilles d’arbres qui commencent à pointer ici, teintant de vert pâle le violet lumineux des jacarandas en fleurs…

Mais non ! Redevenons raisonnables : “hoja”, c’est en fait la feuille de papier, neige plate ponctuée de fourmis noires, et qui, multipliée par dix, cent, ou mille, fait le délice des lecteurs…

Ezéquiel IscovitchUn joli nom, donc, pour une librairie que les habitants du quartier de Belgrano connaissent depuis 1985, date à laquelle Mme Izcovich, professeur d’anglais, ouvre sa librairie. Quelques années plus tard, Ezequiel, son fils, rentre d’un séjour de sept ans en France. Il est compositeur, un métier qui n’assure guère la subsistance d’un ménage. Alors, aux côtés de sa mère, il se lance dans l’aventure de la librairie, en lui donnant une identité francophile de plus en plus marquée.

Aujourd’hui, environ la moitié du fonds est de langue française, et la notoriété de la librairie dépasse les limites du quartier. En effet, l’équipe est présente à la Foire du Livre de Buenos Aires sur le stand du Bureau International de l’Edition Française (BIEF), et assure l’expo-vente de livres lors de lectures organisées par l’ambassade de France.

Ezequiel Izcovich reconnaît que cette activité chronophage lui laisse de moins en moins de temps pour la composition, mais la musique classique diffusée dans la boutique, ainsi qu’un petit rayonnage de partitions, rappellent sa vocation première. Pour devenir libraire, il s’est formé sur le terrain et a participé à une formation organisée par le BIEF. Pour le reste, il s’agit surtout de relations à la clientèle.

Music at Las mil y una hojas

Las mil y una hojas draine une communauté française importante, ainsi que des Argentins intéressés par l’apprentissage de la langue de Victor Hugo. Toutefois, Nicolas Bayer, qui travaille ici depuis trois ans, nous raconte que le premier tome de la méthode de français Tout va bien (éditions Eyrolles) se vend beaucoup mieux que le deuxième, tandis que le troisième ne sort quasiment jamais de la librairie. Pour ce jeune homme qui prépare un diplôme de professeur de français, c’est malheureusement le signe qu’il n’aura à l’avenir que peu de confrères…

Au fil de la conversation, nous apprenons que Nicolas Bayer a de la famille à Luynes ! Incroyable, si je vous dis que cette petite ville provençale est voisine de Bouc Bel Air, dont je suis originaire et qui soutient financièrement ce projet ! Si lui est né en Argentine, c’est parce que son grand-père a fui la France lors de la Seconde Guerre mondiale. Ou plutôt, précise Nicolas, parce qu’il a pris le parti de Pétain, “héros de la Première Guerre mondiale, mais moins de la Deuxième”. Entre le Canada et l’Argentine, le grand-père a choisi de s’exiler dans un climat plus doux…

C’est drôle, cette impression qu’il faille aller au bout du monde pour réviser son histoire de France !

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October 26th, 2009 at 23:37 by Magali Tardivel-Lacombe

Une des plus belles librairies du monde

Découverte de El Ateneo a Buenos Aires, Argentine

C’est l’histoire d’un théatre, le Grand Splendid, construit en 1919. Et l’histoire de sa métamorphose, en l’an 2000. Une librairie y a fait son nid, avec une générosité rare : 120 000 livres, des espaces lecture dans les anciennes loges balcon, quatre niveaux, un café sur les planches… L’endroit a beau appartenir a une grande chaine de librairie argentine, il est magique. The Guardian, dans son palmares des dix plus belles librairies du monde, a classé deuxieme El Ateneo de Buenos Aires.

Petite visite en images…

El Ateneo Buenos Aires (1)

 

 

El Ateneo Buenos Aires (3)

 

 

 

El Ateneo Buenos Aires (4)

 

El Ateneo Buenos Aires (2)

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October 23rd, 2009 at 01:15 by Magali Tardivel-Lacombe

Quand “libreria” veut dire “librairie” et pas “papeterie”

Visite de deux librairies a Buenos Aires, Argentine

Samedi matin, veille de fête des meres en Argentine. Pablo Braun, libraire et éditeur, se fait du souci devant la devanture de Eterna Cadencia : la serrure a été forcée la nuit derniere, impossible de rentrer ! Il nous invite a revenir plus tard, quand le serrurier sera passé. En attendant, Heber Ostroviesky, notre guide littéraire du jour, nous emmene a quelques rues de la, a la Boutique del Libro, chaine de librairie qui compte cinq ou six succursales en Argentine. La balade elle-meme vaut le détour. Nous découvrons un quartier un peu boheme, un peu huppé, ou les restaurants branchés cotoient les galeries d’art et les boutiques de créateurs de vetements. La rue ou a vécu et écrit Borges porte son nom et débouche, comme un clin d’oeil, sur une place Cortazar…

Boutique del Libro, Buenos AiresAvec ses étageres tout en bois, son café éclairé au naturel par une verriere et, surtout, son fonds bien fourni exposé du sol jusqu’au plafond, la librairie occupe une place de choix dans le quartier. Quelques rues plus loin, elle a meme ouvert un nouvel espace, certes plus petit, mais qui contrebalancera certainement l’ouverture future, chez les voisins, de la Libreria del Fondo de Cultura economica, financée par l’État mexicain.

Quand nous revenons a Eterna Cadencia, la porte est ouverte pour les lecteurs et les buveurs de café. Car la librairie a ici aussi son coin café ! Les libraires sont en plein déballage. Heber en profite pour nous expliquer qu’en Argentine, la relation entre éditeurs et libraires fonctionne quasi exclusivement par un systeme de dépot : le libraire ne paie que les exemplaires vendus. Pablo Braun in his bookshop Eterna CadenciaC’est plus souple pour ce dernier, mais plus compliqué a gérer pour l’éditeur, qui voit les entrées d’argent se faire au compte-goutte.

Pour affermir notre espagnol encore balbutiant, nous cherchons un livre facile a lire. Facile mais bien écrit ! Heber nous conseille Roberto Cossa, un auteur argentin contemporain qui, avec ses pieces de théatre burlesques, devrait nous faire bien rire. J’aimerais, un jour, etre capable de découvrir dans le texte les oeuvres publiées par Eterna Cadencia, qui est aussi une maison d’édition. Depuis un an qu’elle existe, elle a déja publié 25 ouvrages de littérature contemporaine, qui ont vraiment l’air intéressants. Mais chaque défi en son temps !

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