Retour et retrouvailles
Un an, un mois et dix-huit jours : c’est la durée exacte de ce tour du monde. Partis le 12 octobre 2009 de Marseille, Jérémie et moi retrouvons la Cité Phocéenne le 30 novembre 2010.
Mes reportages autour du livre m’auront fait voyager encore plus longtemps, puisque j’en termine tout juste l’écriture ! Dans la continuité, un autre travail d’écriture s’amorce : un ouvrage sur ceux qui, de par le vaste monde, font des livres et des lecteurs.
C’est un projet en quête d’éditeur : avis aux amateurs !
Rentrer, c’est pouvoir enfin partager. Avec les proches, mais pas seulement. Après avoir tant découvert, tant appris, j’aspire à inspirer l’envie de partir, de lire, d’écrire. Entre conférences et ateliers d’écriture, le voyage se poursuit donc, dans la transmission et le partage.
Il y a eu la bibliothèque de l’Alcazar (Marseille) et son généreux public de 80 personnes. Merci à Sarah Tremel et Mireille Barbieri de m’avoir réservé ce bel amphithéâtre et cet accueil inoubliable.
Il y a eu le lycée Lacordaire (Marseille) et ses captivantes classes littéraires. Merci à Catherine Tardivel-Lacombe et à Corine Robet d’avoir branché le tableau blanc interactif sur mon diaporama, et les élèves sur le thème du voyage et du livre. La rencontre leur a inspiré de très jolis haïkus, à découvrir en cliquant ici.
Il y a eu le lycée Albert de Mun (Nogent-sur-Marne) et ses élèves enthousiastes. Merci à Anne-Marie Lebon-Crépin d’avoir su relier mon intervention au sacro-saint programme scolaire officiel.
Il y a eu le lycée Ampère (Marseille) et ses élèves à la tchatche formidable. Merci à Elise Gantaume, qui leur a permis de suivre de près ce lointain périple.
La jeune auteure Elise Blot, à Marseille, a émaillé de photos et d’anecdotes piochées et picorées ici et là, sur ce blog, son atelier d’écriture sur le voyage. Après une première séance autour du thème de l’escale, elle a amorcé la deuxième avec quelques portraits de gens de livres photographiés par Jérémie. Voici donc ce que CD Moulton a évoqué à l’une des participantes :
“[...] Kilomètres de tapis roulants qui nous conduisent d’une salle de débarquement à une autre d’embarquement, on se suit, on se croise, un peu zombis, regards vides qui déchiffrent les panneaux d’affichage, annonces sonores, concert des bagages à roulettes. Toutes les escales dans les aéroports ont quelque chose de tellement semblable et intemporel, que le souvenir du temps réel que nous y avons passé m’échappe. Les boutiques duty free se succèdent et donnent un certain tournis, produits de luxe en tous genres dans le clignotement d’éclairages plus ou moins intenses…
“Salle d’embarquement pour notre vol vers Hô-Chi-Minh-Ville, on va pouvoir s’affaler dans les fauteuils après cette interminable déambulation ! Ce n’est pas le rêve mais ça fait partie du voyage, c’est déjà le voyage… Dans ce no man’s land où tout le monde s’agite, on trouve le temps d’aller boire un thé parfumé avant de réembarquer. A la table qui jouxte la mienne, je remarque un monsieur de type occidental, la soixantaine, cheveux, barbe et T-shirt blancs, pantalon de toile marron, pieds nus, absorbé dans sa lecture : L’Odyssée d’Homère, apparemment édition en français. Je l’interpelle car il n’a pas l’air d’un voyageur. Pas du tout surpris de ma curiosité, il m’explique qu’effectivement il ne fait pas escale en ce lieu prévu pour… Mais qu’il s’est mis en situation de naufragé, d’où les pieds nus, pour essayer de comprendre pourquoi Ulysse a su résister au chant des sirènes [...]“.
Louise Thollard
J’assiste à la dernière séance, celle sur l’aller-retour… Elise Blot propose le sujet : “Vous vous en retournez, vous rentrez ! Quel est votre sentiment ? Quelle relation conservez-vous avec le livre emporté au départ de votre voyage ?” Car il est vrai que s’il y a des livres pour l’île déserte, il y en a aussi pour le sac du globe-trotter. Pendant l’écriture, Elise lance des mots — sillonner, origine, faire halte…–, qui viennent rythmer les textes, comme autant de bornes au bord d’un chemin.
” [...] Faire halte a été mon quotidien depuis plus de trois cents soirs. Il m’a fallu naviguer de ci, de là, au gré des crépuscules ou des petits matins brumeux. Au gré de l’humeur des gens aussi. Il m’est arrivé bien souvent d’être fatigué de ce remuement incessant, physique et psychique. Dans ces moments de grande lassitude, l’empereur Hadrien venait à moi, sous la plume de Marguerite Yourcenar : je lisais, m’arrêtant soudain au moindre abri, l’intelligence et l’amour de cet homme. Il me semble avoir ainsi essaimé son aventure humaine par monts et par vaux et jusque dans le moindre bled. Il y a un mois et demi, un matin, j’ai fini par échanger le livre contre un peu de lait de chèvre. Je ne sais ce qu’en fera le berger mais les Afghans sont remarquablement ingénieux…
“J’aspire désormais à jeter l’ancre, comme vidé de ce que je fus ‘autrefois !’ mais plein aussi de tant d’autres trésors.
“Bourlinguer est un sport risqué, on n’y est pas souvent le promeneur au nez enfariné : on y a des attentes et des craintes, c’est-à-dire de la vigilance. [...]
“Ce voyage a-t-il été vraiment ? Je ne puis m’empêcher de songer à Alexandre le Grand, parvenu jusqu’en Inde et qui n’en est jamais revenu ; non pas victime de flèches ou de fièvres mais acteur de sa libre décision de ne pas revenir. Si, contraint après tout par ses généraux et ses soldats, Alexandre était rentré au pays, que serait-il advenu de lui ?
“Je rentre demain. Ce soir je suis le martien, ce soir je suis un peu Alexandre : n’est-il pas risqué de ramener chez soi tant de richesses ?
“Vais-je y parvenir impunément ?”
Marcel Delestrade
Le retour, en effet, constitue peut-être la plus difficile des étapes d’un tour du monde. Mais la richesse des échanges qui en découlent offre une transition en douceur, en ouvrant à de nouvelles rencontres et à des découvertes inattendues. Après tout, Xavier de Maistre n’avait-il pas effectué, au XIXe siècle, un étonnant périple “autour de sa chambre” ? L’aventure est partout, même au coin de la rue !
J’ai proposé un atelier d’écriture aux élèves d’Elise Gantaume. Les textes qu’ils ont imaginés seront présentés dans le prochain article…















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