Rencontre à Jakarta, Java (Indonésie) avec Stella Maris Stutina, auteur de I love U by God
“Un jour, alors que ma fille avait presque quatre ans, elle a entendu quelqu’un s’exclamer à la télévision ‘Oh my God !’ Elle semblait perplexe : ‘Qu’est-ce que c’est, Oh my God ?’ Alors je lui ai expliqué que c’était une expression, et que Dieu était comme quelqu’un qui l’aimait beaucoup. Apparemment, ça l’a rendue encore plus perplexe : ‘Comment ça, beaucoup ?’ Sans le vouloir, les enfants ont parfois l’art et la manière de vous mettre dans l’embarras ! J’ai donc essayé de lui parler de ce qu’elle connaissait. ‘Il t’aime plus loin et plus fort que tout ce qui t’entoure : plus loin que le ciel, plus profond que la mer, plus haut que l’arbre le plus grand que tu aies jamais vu’. Elle a réfléchi, toujours avec une mine un peu perplexe, puis elle m’a demandé : ‘Même quand je dors ?’ ”
“C’est ainsi que tout a commencé”, raconte Stella Maris Stutina. A l’époque, elle travaillait dans la communication, et elle a réalisé que ce dialogue avec sa fille pouvait donner naissance à un livre. Elle s’est adressée à Concept, un magazine de design dont la fraîcheur et la créativité la touchaient beaucoup. Quant à eux, séduits par l’idée de Stella, ils l’ont aidée à la mettre en images. Par la suite, ils l’ont mise en relation avec Indonesia Printer, qui a alors créé le label “Bright Idea Publishing”, dont le premier titre a été… I love U by God (publié en français en 2009 par les éditions Signe sous le titre Dieu t’aime). En suivant le dialogue avec sa fille, elle a réalisé un livre interactif à toucher, à déplier, à faire briller dans le noir. Quelques mots par page seulement… en anglais. ” J’ai choisi d’écrire en anglais et pas en indonésien, parce que je voulais toucher le monde entier. J’ai vraiment fait attention à la simplicité du langage et maintenant, mon livre est utilisé dans les écoles primaires et les villages de pêcheurs dans le cadre des cours d’anglais”, raconte Stella.
La jeune femme évoque l’intense solitude qu’elle a ressentie lors de la parution de son grand livre en carton, concomitante à un vaste battage médiatique pour l’anniversaire de Dora Emon, le célèbre robot-chat japonais tout bleu. Par chance, toutefois, elle a pu lancer I love U by God à la Foire du Livre de Francfort 2008, les premiers exemplaires tout chauds sortis des fours de l’imprimerie. Sa vocation initiale lui a soufflé que les choses pouvaient prendre de l’ampleur si elle toquait aux portes bien placées. Alors elle a fait parler du livre dans les médias : entre autres, Kompas (le plus important quotidien indonésien ), Femina, Nakita, lui ont consacré un article. Elle a reçu le soutien de la Kiwanis International Asia-Pacific Conference, ainsi que de la National Commission for Child Protection. En 2008 toujours, elle a reçu l’Indonesian Printing Award, créé sur mesure pour ce livre hors catégorie.
Et depuis, Stella l’emmène partout.
“Avant, je n’allais à l’école que pour ma fille, mais avec le livre, je suis invitée pour faire des lectures, animer des ateliers où j’explique comment réaliser un livre… Souvent, je dis aux enfants qu’il me manque une page et que j’ai besoin de leur aide ; ça les encourage à exprimer leurs idées et à réfléchir sur la manière dont ils se représentent l’amour que Dieu leur porte. A chaque fois que je le lis en public, je le redécouvre, selon les réactions qu’il suscite. Je suis toujours émue de voir à quel point il parle aux adultes aussi, alors que les tracas quotidiens leur font oublier que Dieu les aime !”
Après ce franc succès, qui l’a fait connaître, entre autres, en Hollande, en France, en Russie, en Corée, Stella a décidé de se consacrer à l’écriture pour enfants. Elle veut d’abord continuer de développer le thème de l’amour, avec I love U by Mum et I love U by Dad (à paraître). De même, une série de livres sur la paix est en germe, ainsi qu’une autre sur la tolérance, qui comptera dix titres.
Stella explique qu’elle voit de plus en plus de livres pour enfants en Indonésie, mais qu’il s’agit surtout de traductions. Elle se positionne donc dans les toutes premières générations d’auteurs jeunesse indonésiens. Un créneau encore difficile à creuser, car si la classe moyenne achète volontiers des livres à ses enfants, c’est avec une nette préférence pour les ouvrages étrangers, bien souvent plus beaux que ceux produits en Indonésie. Peu à peu, les éditeurs locaux prennent conscience qu’il est dans leur intérêt de choisir un papier de meilleure qualité et une impression plus soignée ; le prix de vente en sera certes plus élevé, mais à moyen terme, les acheteurs s’intéresseront de plus près à la production nationale. Le succès de I love U by God confirme d’ailleurs cette observation.
I love U by God a également changé la vie de Kyla, la fille de Stella. En effet, quand ses amies ont vu son nom inscrit à côté de celui de sa mère sur la couverture de l’album, elles lui ont dit que c’était impossible qu’une petite fille comme elles puisse écrire un livre. Pour lui redonner confiance, Stella lui a suggéré d’écrire un autre livre, complètement seule. C’est ainsi qu’à l’âge de 7 ans, Kyla Christie Hambali a rédigé et illustré elle-même Who wants to play with me? (”Qui veut jouer avec moi ?”), où elle raconte ses difficultés de fille unique à trouver quelqu’un dans sa famille qui voudrait jouer avec elle. Publié à compte d’auteur et disponible notamment sur Amazon, car Kyla souhaite le partager avec d’autres enfants dans le monde, ce titre a été suivi par Who wants to help me? (”Qui veut m’aider?”). Les éditions Gramedia, qui détiennent par ailleurs la plus grande chaîne de librairies d’Indonésie, ont évoqué l’idée de publier ces livres, à la condition d’en faire une série de cinq tomes. Mais cela ne s’est pas encore concrétisé, en partie parce que Stella craint que cela n’implique une cadence de travail contraignante pour Kyla. “De toute façon, elle a 9 ans maintenant, et elle dit qu’elle ne veut plus écrire de livres pour les bébés. Elle parle de romans, désormais !” En attendant de pouvoir les lire, Stella choisit sans aucune hésitation son livre pour l’île déserte. Vous devinez lequel ?
Photos 1 et 4 : copyright Steve Teo
Tags: Ecrivain, Indonésie, Livres jeunesse



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