Pour le monde, tout le monde

May 15th, 2010 at 13:22 by Magali Tardivel-Lacombe

Rencontre avec Stuart Laurence, responsable des droits aux éditions Weldon Owen à Sydney, Australie

Sydney

Le voyage tourne, changement de monde. Posée au bord d’une mer rendue clémente par les sinuosités protectrices de la côte, Syndey respire une richesse presque exubérante : gratte-ciels étincelants de soleil, parcs luxuriants habités par des ibis et des cacatoès, opéra aux formes florales, boutiques de luxe, boulangeries françaises… Entretien avec Stuart LaurenceQuoique situés hors de l’hypercentre, les locaux de Weldon Owen restent dans le ton, avec les lignes dynamiques et les baies vitrées de la maison d’architecte qu’ils occupent depuis une douzaine d’années maintenant.

Côté édition, donc, changement d’échelle : Weldon Owen, fondée il y a 25 ans, déploie ses tentacules dans le monde entier. Indépendante au sein du groupe suédois Bonnier, auquel elle appartient depuis 2006, la maison d’édition a une équipe à San Francisco en plus de celle de 25 personnes à Sydney. Stuart Laurence, qui travaille ici quasiment depuis les débuts, explique qu’il s’agit d’une “packaging company“, c’est-à-dire une entreprise qui crée en coédition des livres très illustrés, ici destinés à tous les âges.

C’est actuellement la stratégie la moins coûteuse pour réaliser ce type d’ouvrages. Ainsi, quand Weldon Owen décide de publier une encyclopédie de la météo, ou une série d’ouvrages d’expériences scientifiques pour enfants (Show me how), ses représentants en Europe et en Amérique du Nord font appel à des spécialistes dans le monde entier, pour la rédaction des textes et la réalisation des illustrations. Bureaux de Weldon Owen a SydneyUne fois que le matériel est rassemblé, les droits achetés et les contrats de coédition signés avec, entre autres, Larousse en France, Bertelsmann en Allemagne, Planeta en Espagne, National Geographic aux Etats-Unis, DeAgostini en Italie (etc.), notamment lors des foires de Francfort, Bologne, Londres et New York, la maison australienne se charge de la production matérielle, depuis la mise en page jusqu’à l’impression en Chine et à Singapour. Ce fonctionnement bien rôdé permet une production de grande qualité et rapide. Weldon Owen peut ainsi sans problèmes publier, en l’espace d’une année, plusieurs collections d’une vingtaine de titres. Selon les projets, le chiffre des publications annuelles peut donc être variable, à tel point que Stuart Laurence se déclare incapable d’indiquer une moyenne.

Les partenariats avec des entreprises hors du milieu du livre permettent par ailleurs de diversifier les sources de financement. Ainsi, des livres de cuisine sont publiés avec l’aide de Williams-Sonoma, une marque américaine de produits culinaires, tandis que des ouvrages sur les soins du corps ou le yoga reçoivent des financements de The Body Shop. Stuart LaurenceSelon Stuart Laurence, ces “branded books” (littéralement “livres de marque”), ne constituent pas un moyen pour ces marques de vendre leurs produits, mais leur logo apparaît quand même clairement sur les couvertures. En outre, les ouvrages sont disponibles dans les boutiques de ces chaînes, ce qui permet à Weldon Owen de bénéficier de nouveaux points de vente, qui touchent un public différent de celui qui fréquente les librairies.

Avec cette logique d’internationalisation, doublée de la volonté de toucher un public familial le plus large possible, les sujets traités apparaissent comme très classiques : les dinosaures, le corps humain, le système solaire, les massages, les vampires… Aucun ouvrage ne peut être considéré comme australien à proprement parler, car des thèmes spécifiques à l’île-continent seraient plus délicats à exporter.

Au final, la tranquillité de cette villa de verre s’avère donc trompeuse : un grand pan de l’édition mondiale y est impulsé ! Stuart Laurence en a tellement conscience qu’il espère que toute personne qui, par malheur, devrait être parachutée seule sur une île déserte, avec un unique livre en main, choisirait un ouvrage publié par Weldon Owen. Pourquoi pas l’Encyclopédie de la météo, d’ailleurs, pour pouvoir prévoir le temps qu’il fera sur l’île ?

Cooking books

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