Rencontre avec Guillermo Quijas, éditeur et libraire à Oaxaca (Mexique)
L’histoire de Guillermo Quijas commence avec celle de son grand-père, qui a fondé à Oaxaca la librairie Proveedora Escolar dans les années 1940 et
qui éditait des ouvrages sur la région (géographie, histoire, sociologie), imprimés à des tirages quasi confidentiels de 200 exemplaires, hormis Leyendas y cuentos de Oaxaca (Contes et légendes de Oaxaca), qui connaît encore un certain succès. Lorsque Guillermo s’est intéressé à tout cela, il s’est mis à travailler aux côtés de son grand-père. Au bout d’un an à peine, à la mort de ce dernier, il a repris la librairie-papeterie de trois étages, qui compte aujourd’hui trois succursales et emploie 350 personnes.
Gérer une telle librairie, ce n’est déjà pas si mal, direz-vous. Oui, mais Guillermo le curieux a décidé, en 2005, de fonder les éditions Almadia, afin de perpétuer le travail éditorial de son grand-père, dans une perspective plus littéraire et professionnelle. Les contacts de son ami et collaborateur Leonardo da Jandra, écrivain et auparavant éditeur chez Joaquin Mortiz, maison aujourd’hui détenue par le groupe Planeta, ont apporté un appui précieux dans les premiers temps. Et puis l’auteur a accepté de publier un de ses romans chez Almadia, à côté du premier recueil de poésies et du premier essai.
Ce coup d’envoi, suivi par la publication d’auteurs déjà reconnus au Mexique, comme Guillermo Fadanelli, ne satisfaisait pas complètement Guillermo, qui a vite voulu opérer un changement radical, en espérant par là-même améliorer la promotion et la distribution. C’est ainsi qu’il a contacté Alejandro Magallanes, un graphiste de Oaxaca, qui a inventé pour Almadia un nouveau design avec des couleurs bien tranchées, des jaquettes découpées comme des pochoirs, des marque-page détachables.
Et la série des grands noms a continué : Sergio Pitol (Prix Cervantès 2005), Juan Villoro (20 000 exemplaires vendus en deux ans de Los Culpables, qui a par ailleurs reçu le Prix Artaud, co-fondé par le Marseillais Jacques Aubergy), Le Clézio en grands formats illustrés… Sans oublier la collection de poésie Pleamar, les livres pour enfants dont l’audacieux récit de voyage en vers Diario de un niño en el mundo, les anthologies d’auteurs français, lusophones ou encore de jeunes écrivains mexicains (Grandes hits, sous la direction de Tryno Maldonado), et la petite et exigeante collection de philosophie de l’image “Seria VE”. Même s’il reçoit désormais une cinquantaine de manuscrits par jour, et même s’il achète et vend des droits dans de nombreux pays, aidé en cela par les contacts noués à la Foire du Livre de Francfort sous toutes ses formes (foire, Invitation Programme, Fellowship Programme),
Guillermo tient à conserver un rythme de publication de 18 titres par an, afin de garder un contact étroit avec les auteurs.
S’occuper à la fois d’une librairie et d’une maison d’édition, c’est un beau tour de force, remarquerez-vous de nouveau. Certes, mais Guillermo le touche-à-tout ne s’en contente pas. Il a également fondé la revue trimestrielle Numero Zero, qui offre un espace à des novellistes, des poètes, des chorniqueurs, sur des thèmes aussi variés que les monstres, les imposteurs, ou l’aventure.
Bon, bon, arrêtons-nous là, protesterez-vous, les journées n’ont après tout que 24 heures ! Bien entendu, mais Guillermo l’infatigable a également repris la Foire du livre de Oaxaca, fondée par son grand-père dans les années 1980, en lui donnant presque naturellement une dimension internationale et festive qui dépasse de loin la modeste exposition-vente des débuts.
Mais alors, mais alors, bégaierez-vous, comment fait-il, ce businessman aux multiples casquettes ? C’est finalement bien simple, aurai-je envie de répondre. De la même simplicité qui émane des geste d’un chef d’orchestre face à cent musiciens. La revue ? Elle déniche de nouveaux auteurs. La maison d’édition ? Elle valorise les auteurs publiés par la revue. La foire du livre ? Elle reprend les thèmes de la revue et permet une large présentation des auteurs publiés par la maison d’édition. La librairie ? Elle co-finance la foire du livre (aux côtés de l’organisme étatique Conaculta, de la fondation Harp et d’une soixantaine de petits entrepreneurs locaux), vend les livres de la maison d’édition et s’insère dans un réseau de librairies mexicaines qui augmente encore la distribution des ouvrages.
Voilà donc comment Guillermo l’homme-orchestre réussit à tout mener de front. Pas étonnant que son livre pour une île déserte soit la biographie de Pancho Villa, écrite en 1940 par Martin Luis Guzman : encore l’histoire d’un homme d’action !
Tags: Editeur, Libraire, Pays - Mexique, Thème - Festival



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