Lima, lis-moi ! (1/2)
Visite à la Casa de la Literatura peruana à Lima, Pérou
Arrivés de nuit à Lima, nous avons très vite constaté qu’avec ses églises bellement éclairées, ses balcons ouvragés en bois ancien, sa Plaza de Armas agrémentée d’immenses sapins de Noël
(le Jour de l’An approchait), la capitale péruvienne ne méritait qu’à demi sa mauvaise réputation. Certes, avec 10 millions d’habitants, une circulation dense et bruyante, et une urbanisation mal gérée, c’est souvent irrespirable. Mais nous commençons à rechercher ces endroits malaimés, délaissés par les touristes : ce sont ceux qui réservent les plus belles surprises.
Ce soir-là, nous avons repéré un imposant édifice jaune bouton d’or, désigné comme la “Casa de la Literatura peruana”. Ce n’est pourtant que le dernier jour de notre séjour, avant de nous envoler pour Panama, que nous avons pris le temps de la visiter, cette Maison de la Littérature péruvienne.
Datant du XIXe siècle, l’édifice était une église, à l’origine. En 1938, cette dernière a été convertie en gare, avec la fierté d’être la première construction péruvienne utilisant le béton armé.
Aujourd’hui, il n’y a plus que quelques passages de trains de marchandises, mais on peut toujours s’installer sur des banquettes autour des tables de l’ancienne salle d’attente. Un lieu très agréable pour lire. Et après une visite de la Casa de la Literatura, on a sacrément envie de lire, et pas seulement de la littérature.
Le lieu, inauguré tout récemment, en octobre 2009, est pensé comme un musée, avec 16 salles, un café littéraire, une bibliothèque et un auditorium. Un musée de la littérature ? Diantre ! En France, nous connaission les bibliothèques, les authentiques maisons d’écrivains transformées en musées, les rétrospectives sur tel ou tel auteur – cette année, Albert Camus. Mais un musée, jamais vu ! Nous avons alors supposé que cela tenait peut-être à la différence d’enseignement de la littérature. En France, tout écolier a récité un poème de Victor Hugo ou Jacques Prévert, joué une scène ou deux de Molière, lu, souvent sous la contrainte, un roman d’Emile Zola. Et ce, pendant des générations. Le système scolaire péruvien s’attache peut-être moins à inculquer un “socle commun” aux élèves, ce qui rendrait donc nécessaire un musée de la littérature ?
Mais creusons encore. Les pièces du musée, qui s’enchaînent chronologiquement, n’évoquent pas uniquement la littérature, hormis les dernières d’entre elles, qui présentent des auteurs contemporains par leur biographie et des extraits de leur oeuvre ; il est également beaucoup question d’histoire.
Tout d’abord, Dioses y hombres de Huarochirí (Dieux et hommes de Huarochirí) est présenté comme le seul texte quechua populaire des XVIe-XVIIe siècles offrant un cadre complet et cohérent de la mythologie, des rites et de la société dans une province du Pérou antique. De même, les “crónicas mestizas” ou “crónicas andinas” présentent, à l’instar des écrits d’Inca Garcilaso de la Vega (1539-1617), fils d’un capitaine espagnol et d’une princesse inca, une vision du passé préhispanique et du présent colonial depuis la perspective de la noblesse indigène.
D’autres oeuvres évoquées paraissent elles aussi importantes non de par l’impact qu’elles ont représenté de leur temps, mais plutôt en tant que témoins d’une époque.
C’est ainsi que nous comprenons le panneau consacré à Felipe Guaman Poma de Ayala (1530?-1616?). Dans Nueva crónica y buen gobierno (Nouvelle chronique et bon gouvernement, 1615), d’ailleurs resté inédit jusqu’au XXe siècle, il présente sa vision du passé andin avant l’arrivée des Espagnols, puis une critique de l’oppression des Indiens, qui organisaient alors leur résistance contre les envahisseurs avec le mouvement “Taki Onqoy”.
A suivre…
La seconde partie de l’article continuera ce tour d’horizon de l’histoire de la littérature péruvienne, avec une réflexion sur le lien entre nation et littérature.
Verrière du hall de la Casa de la Literatura peruana














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