Parlons de littérature bolivienne (1/2)

December 23rd, 2009 at 00:41 by Magali Tardivel-Lacombe

Diableta dans la cheminéeRencontre avec Mauricio Souza,

éditeur à Plural Editores, La Paz (Bolivie)

Quartier chic de La Paz, un parfum d’Europe. Il y a même un supermarché avec parking souterrain, nous n’avions pas vu cela depuis Salta. Le bureau de Mauricio Souza, murs blancs et parquet clair, pourrait tout aussi bien être situé dans le 5e arrondissement de Paris. Si ce n’est que, dans la cheminée, une diablada colorée échappée de son carnaval monte la garde…

“J’ai enseigné la littérature pendant vingt ans aux Etats-Unis, mais c’était devenu trop routinier. J’ai préféré rentrer dans mon pays natal parce qu’ici, en matière d’édition, tout reste à faire”. Il est vrai que les éditeurs boliviens, comme leurs homologues sud-américains, doivent jouer des coudes, tant pour prendre ou garder leur indépendance face aux voraces groupes espagnols (notamment Planeta et Santillana), que pour promouvoir une littérature locale de qualité. José Antonio Quiroga, le fondateur de Plural Editores, a petit à petit prouvé que ce double pari pouvait être gagné. Depuis vingt-deux ans que la maison existe, elle peut désormais se targuer d’être le label indépendant le plus important de Bolivie, avec 80 publications par an presque exclusivement nationales. Les sciences humaines et sociales, la psychologie et l’histoire, étant le plus souvent traduites, font, comme en Argentine, exception à la règle ; ainsi, c’est Plural Editores qui a publié la première version espagnole du Champ politique de Pierre Bourdieu. La coopération avec des organismes tels que l’Institut français d’études andines (IFEA), facilite le financement et le travail de traduction. C’est ce qui a permis à l’ouvrage collectif dirigé par Roger Chartier, Pratiques de la lecture, d’être publié en Bolivie (Plural, 2002).

Mauricio SouzaMais l’essentiel des quatorze collections de Plural est consacré à la littérature bolivienne. Avant de rencontrer Mauricio Souza, j’étais tout juste capable de citer le titre El Loco d’Arturo Borda, écrivain mais surtout peintre, dont nous avions découvert les toiles la veille au musée des Beaux-Arts de La Paz. Et vous ? Vous allez voir, un résumé d’une heure de discussion avec ce passionné devrait vous donner un bon aperçu de la richesse de la prose et de la poésie boliviennes.

“Avec une centaine de titres, on peut dire que toute la poésie bolivienne est publiée par Plural Editores. Bien sûr, cela reste un genre qui compte peu de lecteurs. Imaginez seulement qu’aux Etats-Unis, 5000 exemplaires représentent un bon tirage de poésie ! Malgré tout, nous tenons à publier les jeunes poètes d’ici, qui s’expriment avec beaucoup de personnalité. Il n’y a plus de mouvements institués comme avant. Je dirais que le dernier en date marchait dans les pas de Jaime Saenz, qui est aussi romancier. Tous les auteurs s’inspiraient de lui ! Cette influence explique d’ailleurs pourquoi il a été surnommé ‘le mangeur d’âmes’… Mais depuis la fin des années 1990, la nouvelle génération a pris ses distances”.

Oeuvres complètes de Yolanda BedregalTous les ans, Plural édite le lauréat du Prix Yolanda Bedregal, prix national organisé par le ministère de la Culture. La poétesse qui a donné son nom à ce prix est mise à l’honneur par Plural dans une superbe édition complète en cinq tomes. “Même si c’est compliqué et coûteux à produire, nous avons mis en place une nouvelle collection d’oeuvres complètes d’auteurs boliviens. Il faut compter en moyenne quatre ans de travail pour chaque auteur, mais ça en vaut la peine ! Par exemple, pour l’essayiste Sergio Almaraz Paz, nous avons réussi à rassembler sur un CD les enregistrements de ses conférences. L’ensemble livre+CD commence à bien se vendre à l’étranger”.

A suivre… Romans boliviens… Littérature jeunesse en Amérique du Sud… Nouvelles technologies… Et bien sûr, le livre pour l’île déserte, vu par Mauricio Souza !

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