December 2009

December 31st, 2009 at 04:01 by Magali Tardivel-Lacombe

Parlons de littérature bolivienne (2/2)

Suite de la rencontre avec Mauricio Souza,

éditeur à Plural Editores, La Paz (Bolivie)

Du côté du roman contemporain, Mauricio Souza distingue deux tendances. La première reflète les problématiques, les modes de vie et les ambiances du pays. Par exemple, dans Periférica Boulevard, Adolfo Cárdenas met en scène la ville de La Paz, avec ses quartiers qui dévalent les pentes des montagnes, les sommets enneigés qui la dominent au loin, sa place centrale envahie de pigeons, et puis bien sûr La Pazles personnages contrastés qui y évoluent, businessmen, femmes à chapeaux melons et longues tresses, cireurs de chaussures cagoulés. La capitale devient alors un personnage à part entière, avec le langage qui lui est propre. “Je crois que, comme pour les chefs-d’oeuvre de Joyce et Döblin, il faudra attendre des années avant que des traductions de Periférica Boulevard existent”.

La deuxième tendance du roman bolivien est constituée d’ouvrages plus légers, au style moins travaillé. “Souvent, ces livres correspondent à l’idée qu’on se fait à l’étranger de la littérature latino-américaine et donc se vendent mieux hors de nos frontières”. Ainsi, Edmundo Paz Soldán a déjà été traduit en une douzaine de langues.

Bien entendu, ces deux tendances ne résument pas toute la création littéraire bolivienne actuelle. Il y a aussi des OLNI (Objets Littéraires Non Identifiés), à l’instar des trilogies d’Alison Spedding, une anthropologue britannique qui se fait ici appeler Alicia Spinoza. Auteur d’une première trilogie de fantasy, elle vient d’en publier une autre, de science-fiction cette fois, écrite dans un mélange d’espagnol et d’aymara, le dialecte traditionnel de la région de La Paz. “C’est une écriture étrange, assez difficile à lire, mais le résultat est plutôt expressif”.

Fait suffisamment rare en Amérique latine pour être souligné, Plural a mis en place une collection de livres pour enfants. “C’est un bon marché, mais il est déjà saturé par les traductions et les livres espagnols. En plus, les coûts de fabrication sont élevés. Cet état de faits explique pourquoi si peu d’auteurs latino-américains écrivent pour la jeunesse”. S’adaptant à cette situation, Plural a travaillé avec le groupe Chuymampi / Ser de corazón, qui anime des ateliers poésie et peinture pour les enfants. La collection, surnommée Pata-Pata en clin d’oeil à un jeu de mains, se présente sous la forme de petits livres carrés, dans lesquels les extraits de poèmes boliviens choisis par le groupe sont illustrés par les dessins des participants aux ateliers.

Titres de Plural EditoresA droite, un exemple de livre de poésie pour enfants.

Vous l’aurez compris, Plural Editores ne porte pas son nom par hasard. Bien entendu, son exigence de diversité et de qualité ne va pas sans inconvénients : “La plupart du temps, il faut compter six ou sept ans pour écouler un titre. Et encore, les acheteurs les plus importants restent souvent les bibliothèques nord-américaines”. Pour pallier le problème de la distribution et du stockage, Plural travaille désormais à la demande, en Digital Press. Mauricio Souza se montre très ouvert aux nouvelles formes d’édition. D’abord, il a mis en circulation 500 titres en format PDF sur Google Books, convaincu que la suppression des frais de port augmentera le nombre de lecteurs. En outre, il parie sérieusement sur le développement du Kindle : “J’imagine assez bien que l’Etat pourrait promouvoir cet outil, en équiper les écoles. Dans ce cas, ce serait primordial que nos titres soient présents”.

La librairie de Plural EditoresEn fait, pour lui, tous les moyens sont bons pour que les ouvrages qu’il publie soient lus. Même le piratage trouve grâce à ses yeux. “S’il n’y avait pas de contrefaçons, seule une élite restreinte aurait accès aux oeuvres. A vrai dire, je me réjouis quand je trouve chez un bouquiniste une copie pirate d’un livre de Plural. C’est moins cher pour le lecteur”. Cette prise de position originale ne l’empêche pas d’évoquer avec fierté les deux librairies liées à Plural, dont l’une est installée dans la même maison cossue que les éditions. On y trouve les publications de Plural, les six revues publiées par l’équipe, dont Nueva Cronica, revue de “Cultura y Politica” à laquelle Mauricio Souza prête sa plume, mais aussi des ouvrages choisis chez d’autres éditeurs.

Guère surprenant, donc, que cette personnalité aussi complète emprunte à Borges sa réponse à la question concernant le livre à emporter sur une île déserte. “L’idéal serait l’Encyclopaedia Britannica. Mais je n’irais pas jusqu’à exiger, comme Borges, l’édition de 1911 !” Et si c’était un livre bolivien ? “Dans ce cas, je choisirais Obra poetica d’Oscar Cerruto, un auteur du XXe siècle, plublié chez Plural bien sûr !”

Scène de rue à La Paz

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December 23rd, 2009 at 00:41 by Magali Tardivel-Lacombe

Parlons de littérature bolivienne (1/2)

Diableta dans la cheminéeRencontre avec Mauricio Souza,

éditeur à Plural Editores, La Paz (Bolivie)

Quartier chic de La Paz, un parfum d’Europe. Il y a même un supermarché avec parking souterrain, nous n’avions pas vu cela depuis Salta. Le bureau de Mauricio Souza, murs blancs et parquet clair, pourrait tout aussi bien être situé dans le 5e arrondissement de Paris. Si ce n’est que, dans la cheminée, une diablada colorée échappée de son carnaval monte la garde…

“J’ai enseigné la littérature pendant vingt ans aux Etats-Unis, mais c’était devenu trop routinier. J’ai préféré rentrer dans mon pays natal parce qu’ici, en matière d’édition, tout reste à faire”. Il est vrai que les éditeurs boliviens, comme leurs homologues sud-américains, doivent jouer des coudes, tant pour prendre ou garder leur indépendance face aux voraces groupes espagnols (notamment Planeta et Santillana), que pour promouvoir une littérature locale de qualité. José Antonio Quiroga, le fondateur de Plural Editores, a petit à petit prouvé que ce double pari pouvait être gagné. Depuis vingt-deux ans que la maison existe, elle peut désormais se targuer d’être le label indépendant le plus important de Bolivie, avec 80 publications par an presque exclusivement nationales. Les sciences humaines et sociales, la psychologie et l’histoire, étant le plus souvent traduites, font, comme en Argentine, exception à la règle ; ainsi, c’est Plural Editores qui a publié la première version espagnole du Champ politique de Pierre Bourdieu. La coopération avec des organismes tels que l’Institut français d’études andines (IFEA), facilite le financement et le travail de traduction. C’est ce qui a permis à l’ouvrage collectif dirigé par Roger Chartier, Pratiques de la lecture, d’être publié en Bolivie (Plural, 2002).

Mauricio SouzaMais l’essentiel des quatorze collections de Plural est consacré à la littérature bolivienne. Avant de rencontrer Mauricio Souza, j’étais tout juste capable de citer le titre El Loco d’Arturo Borda, écrivain mais surtout peintre, dont nous avions découvert les toiles la veille au musée des Beaux-Arts de La Paz. Et vous ? Vous allez voir, un résumé d’une heure de discussion avec ce passionné devrait vous donner un bon aperçu de la richesse de la prose et de la poésie boliviennes.

“Avec une centaine de titres, on peut dire que toute la poésie bolivienne est publiée par Plural Editores. Bien sûr, cela reste un genre qui compte peu de lecteurs. Imaginez seulement qu’aux Etats-Unis, 5000 exemplaires représentent un bon tirage de poésie ! Malgré tout, nous tenons à publier les jeunes poètes d’ici, qui s’expriment avec beaucoup de personnalité. Il n’y a plus de mouvements institués comme avant. Je dirais que le dernier en date marchait dans les pas de Jaime Saenz, qui est aussi romancier. Tous les auteurs s’inspiraient de lui ! Cette influence explique d’ailleurs pourquoi il a été surnommé ‘le mangeur d’âmes’… Mais depuis la fin des années 1990, la nouvelle génération a pris ses distances”.

Oeuvres complètes de Yolanda BedregalTous les ans, Plural édite le lauréat du Prix Yolanda Bedregal, prix national organisé par le ministère de la Culture. La poétesse qui a donné son nom à ce prix est mise à l’honneur par Plural dans une superbe édition complète en cinq tomes. “Même si c’est compliqué et coûteux à produire, nous avons mis en place une nouvelle collection d’oeuvres complètes d’auteurs boliviens. Il faut compter en moyenne quatre ans de travail pour chaque auteur, mais ça en vaut la peine ! Par exemple, pour l’essayiste Sergio Almaraz Paz, nous avons réussi à rassembler sur un CD les enregistrements de ses conférences. L’ensemble livre+CD commence à bien se vendre à l’étranger”.

A suivre… Romans boliviens… Littérature jeunesse en Amérique du Sud… Nouvelles technologies… Et bien sûr, le livre pour l’île déserte, vu par Mauricio Souza !

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December 17th, 2009 at 17:53 by Magali Tardivel-Lacombe

Oceano sur les cimes

Rencontre avec Eloy Quispe Reynolds,
libraire à Potosi (Bolivie)
Devanture de la Libreria Oceano
Chaque rue de Potosi a sa spécialité : il y a la rue des avocats, celle des agences de voyage. Dans les boutiques de la rue des bijoutiers, je m’amuse de remarquer des chevalières en argent ornées d’un livre ouvert et d’une plume ; un vendeur m’explique que c’est un cadeau à la mode pour les étudiants et bacheliers fraîchement diplômés !
L’année universitaire se termine, mais l’activité de la rue des librairies ne baisse pas pour autant. Ce n’est qu’au bout de notre troisième visite, un lundi à 21h30, qu’Eloy Quispe Reynolds trouve un peu de temps pour répondre à nos questions : c’est dire s’il ne chôme pas. Parents d’élèves, écoliers et autres clients se succèdent sans interruption dans la boutique. Il est vrai que la Libreria Oceano (joli nom, dans une ville à 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer dans un pays enclavé !) occupe une position centrale à Potosi, devant le grand marché couvert, qui draine beaucoup de monde. Bien sûr, les six ou sept autres librairies installées dans la même rue Bolivar instaurent une concurrence certaine. Mais depuis quatre ans qu’il a ouvert la sienne, où son épouse lui prête main forte, Eloy Quispe Reynolds trouve qu’il s’en sort bien, malgré les 250 dollars mensuels (environ 175 €, 1750 bolivianos) qu’il doit verser pour la location de la boutique. Même les horaires contraignants (8h-12h, 13h-22h) ne lui font pas regretter son ancienne activité d’instituteur, qu’il a exercée pendant vingt ans.
Eloy Quispe Reynolds et sa famille
Comme dans la plupart des librairies boliviennes, on trouve à la Libreria Oceano aussi bien des livres de classe et de la littérature que du matériel scolaire. A 1 boliviano pièce (0,10 €), les “laminas educatives” font figure de vedettes : ces feuilles A4 en couleurs traitent de tous les sujets possibles et imaginables. Au recto, les portraits des grands compositeurs, au verso leur biographie. Ou encore, les religions, l’histoire de la Bolivie, les insectes, le cycle de l’eau… Il y a fort à parier qu’avec la démocratisation d’Internet, ces supports pédagogiques qui m’évoquent les petits fascicules à autocollants Panini Découvertes de mon enfance, deviendront bientôt obsolètes.
Vente de laminas educativesD’ailleurs, Internet représente déjà une concurrence pour le libraire : “Quand un client cherche un livre que je n’ai pas en rayon, il ne va pas prendre le temps de le commander ici : il ira l’acheter en ligne”. Une à deux fois par an, il se rend à La Paz (dix heures de bus) pour renouveler son stock auprès des éditeurs. Sinon, il reçoit également la visite de représentants. Néanmoins, son offre reste limitée et recoupe peu ou prou celle des bouquinistes de la Plaza San Bernardo, à quelques rues de là. On sent qu’il y aurait à Potosi un fort potentiel de développement autour du livre.
Vitrine de la Libreria Oceano
Ceci dit, les choses sont peut-être déjà en train d’évoluer, car la première édition de la Feria nacional del libro a eu lieu du 4 au 8 novembre dernier, sous l’impulsion du ministère de la Culture, ainsi que du département de Potosi et à laquelle ont participé quelques maisons d’édition de La Paz, Cochabamba et Potosi, des associations d’instituteurs et d’écrivains, et divers autres organismes (fondations, Comité de littérature jeunesse COLIJPO, ambassade des Etats-Unis…). Reste à espérer que le slogan de ce salon, “La lectura es cultura”, fera des émules et encouragera la constitution et la consolidation d’un réseau de librairies de qualité à Potosi.
Marché central de Potosi
Marché central de Potosi, en face de la Libreria Oceano

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December 11th, 2009 at 05:20 by Magali Tardivel-Lacombe

Une mine d’histoire(s)

Rencontre avec Adrian Aviz, bouquiniste à Potosi (Bolivie)

Les bouquinistes de la Plaza San Bernardo_PotosiPotosi, 8 heures du matin. Déjà, l’animation gagne la Plaza San Bernardo, avec les vendeurs de musique, films et séries télévisées piratés, les “mamitas” qui proposent des salteñas brûlantes (chaussons de viande en sauce délicieux, on s’en lèche les doigts !), les presseurs d’oranges. Aujourd’hui, il y a même une exposition photo sur les paysages et les coutumes de Bolivie, qui attire les curieux du quartier.

Pour Adrian Aviz, c’est l’heure de recouvrir de livres les tables et les parois de son stand de bouquiniste. Il vend aussi bien des romans grand public comme Harry Potter ou la saga vampiresque de Stefanie Meyer, des livres de développement personnel (la série La Vaca semble faire fureur), que du Jules Verne ou du Albert Camus. Avec la proximité de l’université, le bouquiniste propose bien entendu de nombreux ouvrages scolaires et universitaires, mais précise aux clients qu’il s’agit d’éditions péruviennes, imprimées à Lima.
 
La Vaca
Les livres traitant de Potosi semblent être ici les seuls à représenter l’édition bolivienne. Et encore, il s’agit de maisons locales, de nature associatives ou gouvernementales plus que professionnelles. Ainsi, on trouve Tradiciones y legendes de Potosi, de Delio Alcaraz M., dans sa première et unique édition de 1998, publiée par les éditions du ministère de l’Education et de la Culture à Cochabamba. “Ce genre de livres intéresse autant les touristes que les gens d’ici”, raconte Adrian Aviz. Il faut dire que l’histoire de la ville remonte au XVIe siècle, un record pour ce continent considéré comme jeune.
Casa de la Moneda et Cerro Rico de PotosiOn raconte qu’à cette époque, l’Indien quechua Diego Huallpa, parti à la recherche d’un lama égaré dans la montagne, fut surpris par un orage et contraint de passer la nuit dans une grotte. C’est à la lueur des éclairs qu’il aurait découvert les veines d’argent dans la roche.
Une légende que les Potosiens racontent avec une pointe d’ironie, car ils n’ont guère l’impression d’avoir bénéficié de cette richesse naturelle, dont s’est aussitôt emparée la Couronne d’Espagne afin de fournir en monnaie l’immense empire qu’elle possédait alors. Aujourd’hui, les mines du “Cerro rico” (montagne riche) sont toujours exploitées, mais on n’y extrait plus que de l’argent mêlé à de l’étain ou d’autres minéraux. Les conditions de travail y sont très éprouvantes, avec l’effort physique, l’humidité, les gaz toxiques, les différences de températures au sein de ce volcan endormi. Mais c’est la source principale de travail ici, et nombre de chômeurs vont y tenter leur chance, malgré les risques encourus.
Adrian AvizSachant cela, je comprends pourquoi Adrian Aviz me répète avec insistance que son métier est bon, reconnaissant sans fausse pudeur qu’il s’agit pour lui d’un gagne-pain rentable. En effet, avec un prix moyen de 15-20 bolivianos (environ 2 €) par livre de poche, le coût de location du stand, à 60 bolivianos (environ 6 €) par mois se trouve rapidement amorti. Et, s’il ne lit presque pas, cela ne l’empêche pas d’être compétent et sollicité six jours sur sept par les étudiants. Ironie du sort, car cette université qui lui envoie le gros de sa clientèle, il n’a jamais pu y étudier…

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December 8th, 2009 at 02:19 by Magali Tardivel-Lacombe

Les trésors bien gardés du couvent San Francisco (2/2)

Suite de la visite de la bibliothèque du couvent San Francisco à Salta, Argentine

Estela et Eduardo devant la porte de la bibliothèqueEstela, bibliothécaire depuis 23 ans, dont 12 ici, nous explique que la bibliothèque renferme aujourd’hui encore quelque 15 000 volumes, les plus anciens datant du XVe siècle. Trois bases de données en cours d’élaboration répertorient le fonds ancien, le fonds moderne à partir de 1930, et les revues. Quant aux cartes, elles sont conservées dans d’autres archives auxquelles nous n’aurons pas accès. Eduardo nous apporte des gants en latex, et c’est avec une précaution de chirurgiens que nous poussons enfin la seconde porte, au-dessus de laquelle est inscrite une autre citation, d’Horace cette fois : “Possiede sapientiam quia auro melior est sapiens; uno minor est love” (Détenir la sagesse est meilleur que l’or ; l’homme sage n’est inférieur qu’à Jupiter).

La salle aux trésors est remplie de livres des plinthes jusqu’aux corniches. Cuir brun, papier jauni, carton écaillé — le tout sur fond de bois sombre. La grande échelle, difficile à manier mais indispensable pour atteindre le plafond, prend toute la largeur d’une allée. Cloître de l'église San Francisco_SaltaIl n’est pas permis de prendre des photos, alors nous restons un long moment à observer, émus, les rayonnages sans le moindre espace respirant, une armée de livres étiquetés à la main par date (en rouge) et par références (en noir). Le silence n’est troublé que par les grincements du parquet, et la légère odeur de moisi, qui devient comme une présence.

Au hasard, nous choisissons un livre qui fait la taille et presque le poids d’un dictionnaire : Geografia Portuguez Tom. I, datant de 1734. Les pages, un peu raides quand on les tourne, présentent des éléments d’astronomie, ainsi que la généalogie commentée des rois du Portugal. Je n’ai jamais eu entre les mains, fussent-elles gantées de latex, un livre aussi ancien, qui inspire le respect autant que les vieilles pierres des cathédrales…

Plus tard, nous feuilletons un catéchisme de 1917 écrit en chinois. Estela nous raconte que le fonds fragile, non consultable, comporte des curiosités comme un dictionnaire espagnol-chinois imprimé en 1676, le Traité de médecine de Pablo Aegina, écrit à l’origine en grec entre 395 et 423, et publié à Lyon en 1576 dans sa traduction latine, ou encore l’étrange ouvrage du Père Casolini, Panégyrique de la Vierge (1842), écrit sans la lettre “R”, que l’auteur avait du mal à prononcer (un précurseur du lipogramme cher à Georges Perec !).

BibelNous ne pouvons voir le livre préféré d’Estela que sous forme numérique : c’est une bible commentée du XVIe siècle dont voici une page.

Afin de permettre la consultation de ces raretés sans les abîmer, leur digitalisation est en cours. Eduardo, qui en a la charge, nous montre le début du diaporama qui donne un aperçu de ce fonds ancien et de son état. 170 ouvrages ont ainsi été photographiés et répertoriés ; près de 3000 attendent leur tour… Un travail titanesque pour cette équipe réduite. Par chance, le moine José Tito Collalunga, qui s’est occupé de la bibliothèque de 1925 à sa mort, en 1981, a effectué le gros de la classification. Mais le manque de moyens, qui a entraîné la fermeture complète de la biliothèque pendant une quinzaines d’années jusqu’en 1997, ne donne guère d’espoirs à Estela et Eduardo de recevoir du renfort pour mener à bien la numérisation. Mais une bibliothèque multiséculaire doit bien pouvoir attendre encore quelques années avant d’être numérisée ?…

Iglesia San Francisco by night

Envoyez vos dons de livres à la bibliothèque :

Prof. Rosa López de Pereyra Rozas

Complejo Cultural San Francisco

Córdoba 33

A4402EZA Salta (Argentine)

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