Visite de la bibliothèque du couvent San Francisco à Salta, Argentine
A Salta, le goût des Andes flotte entre les collines brunies par la sécheresse. Mille mètres et quelques d’altitude, qui ne feront qu’augmenter pour nous dans les deux prochains mois, de l’Argentine du nord jusqu’au Pérou, en passant par les montagnes boliviennes. Mais pour l’instant, le mal de l’altitude ne nous guette pas encore. Si nous avons parfois du mal à respirer, c’est parce que les fumées et la poussière stagnent dans la cuvette où se blottit Salta. Alors nous prenons notre temps pour déambuler dans les rues piétonnes, visiter le Musée archéologique de la haute montagne, entrer dans les églises aux intérieurs chargés.
L’une d’elles a attiré notre regard dès le premier jour, avec ses façades écrevisse et bouton d’or, soutenues par de solides colonnes blanches. Déclarée monument historique en 1941 et élevée au rang de basilique en 1997, l’église San Francisco présente une histoire aussi longue que Salta, puisque ses fondations datent de 1582, année où Hernando de Lerma fonda la ville. Plusieurs incendies détruisirent l’édifice initial, mais le bijou un brin rococo qui domine la rue Córdoba date tout de même de 1785. Nous ne nous serions probablement pas intéressés au bâtiment gris accolé à l’église si nous n’avions pas vu l’écriteau “Biblioteca del convento”.
La première fois que nous passons, c’est fermé. Nous revenons le lendemain matin, pour découvrir une salle sombre où les rayonnages semblent peu remplis. C’est là que nous apprenons qu’il y a, juste au deuxième étage du couvent, une autre bibliothèque, de livres anciens cette fois. Une autorisation est indispensable pour pénétrer dans cette salle aux trésors. Au secrétariat du monastère, un homme nous ramène à la première personne, qui finit par décréter que demain, à la même heure, nous aurons le droit de visiter cette bibliothèque. Un peu kafkaïen, mais on y croit.
Le lendemain, même lieu, même heure, nous sommes reçus par deux autres femmes, qui n’ont pas eu vent de notre visite et demandent carte de presse, ordre de mission et, cela va sans dire, autorisation en bonne et due forme. Elles semblent s’amadouer dès lors qu’elles réalisent que, par notre intermédiaire, elles pourront mieux faire connaître la bibliothèque et ses besoins en livres ; au passage, sachez donc que sont bienvenus les envois d’ouvrages, dans toutes les langues et sur tous les sujets (Contact : Prof. Rosa López de Pereyra Rozas, Complejo Cultural San Francisco, Córdoba 33, A4402EZA Salta, Argentine). La vue du blog labellisé “Frankfurt Book Fair” les convainc enfin, et nous pouvons, escortés par Eduardo, un des deux bibliothécaires qui travaillent dans l’ancienne bibliothèque, traverser le cloître qui mène au fameux deuxième étage.
Autour du jardinet qui offre un havre de paix aux huit moines qui vivent ici, une série de treize fresques, peintes en 1946-47 par un certain Francisco Luscher, présente la vie de Saint François. En haut, une citation d’Erasme orne la porte de la fameuse bibliothèque : “Hic mortui vivunt, pandunt oracula muti” (Ici les morts vivent, et les muets expriment leurs désirs). Ce n’est pas un hasard si la bibliothèque est placée sous l’égide du grand humaniste hollandais. Elle renferme en effet des ouvrages de domaines aussi divers que la religion, la médecine, la linguistique, le théâtre, l’astronomie, avec une attention toute particulière apportée aux savoirs des “natifs”. En bref, la parfaite panoplie nécessaire à l’honnête homme de la Renaissance.
Pour trouver la référence d’un ouvrage, il faut se plonger dans le fichier papier, une enfilade de petits tiroirs empilés les uns sur les autres : d’un côté, les auteurs, de l’autre, les titres. Les fiches sont parfois calligraphiées à la plume, parfois tapées à la machine. Par jeu, nous cherchons un auteur que nous connaissons. A “D” comme Descartes, nous trouvons les références d’un Discours de la méthode publié en 1713 à Paris.
Vous entrerez dans la salle aux trésors lors du deuxième épisode !
Tags: Argentine, Bibliotheque, En français



Previous Post
Top
30. November 2009
23:32 Uhr
Je suis épaté par la qualité de ce site. Bonne route à vous !