De Mexico à Marseille, et vice versa (1/2)

September 16th, 2009 at 15:16 by Magali Tardivel-Lacombe

Rencontre avec Jacques Aubergy, Les Réformés

éditeur à L’atinoir et libraire à L’écailler (Marseille, France)

Comme ils exagèrent toujours un peu, les Marseillais disent que la Canebière est leur avenue des Champs-Elysées. C’est vrai qu’il y a de quoi voir, d’un bout à l’autre de cette artère commerçante, parcourue depuis peu par un tramway flambant neuf, animée d’un marché aux santons en décembre, ponctuée ici de la célèbre librairie Maupetit, là de deux cinémas, dont un muré depuis belle lurette. Pour rencontrer le libraire et éditeur Jacques Aubergy, j’ai remonté cette fameuse Canebière jusqu’à l’église des Réformés, qui domine la cité vingt-six fois centenaire de ses deux flèches impressionnantes. La librairie L’écailler se blottit juste à côté, dans une ruelle où sa devanture mandarine jette de la couleur sur l’ombre.

Aussi petite qu’impeccablement rangée, c’est l’une des rares librairies de France spécialisées dans le polar. Sur les étagères, le choix est plus que vaste, depuis les précurseurs du genre noir (Ponson du Terrail, Eugène Sue, et même Balzac, avec sa Ténébreuse Affaire) jusqu’aux polardeux français contemporains dont Claude Mesplède, Jean-Bernard Pouy et Fred Vargas ne sont que des exemples, en passant par toute une littérature étrangère que je ne maîtrise guère, anglophone et hispanophone, en traduction et en version originale.

Bookshop L'EcaillerL’aventure dure depuis 2006. Pendant un temps, le local a servi de bureau puis, peu à peu, de débarras aux éditions polar L’écailler du Sud. Afin de le valoriser, le lieu a été ouvert à une clientèle de quartier variée et métissée. Chacun peut y passer commande, mais l’on vient surtout pour dénicher du roman noir, et découvrir Marseille et ses éditeurs. Ici, on trouve aussi bien une Histoire universelle de Marseille publiée par les éditions Agone, qu’un jeu des sept familles sur les femmes de Marseille, ou encore des ouvrages édités par André Dimanche ou Le Mot et le reste.

Dans l’orbite de ces deux planètes – Marseille et le polar –, gravite bien entendu Jean-Claude Izzo, souvent désigné comme le précurseur et le représentant du « polar marseillais ». A la librairie L’écailler, Annie Barrière (Une belle ville comme moi) et René Merle (Treize reste raide) illustrent aussi ce genre qui, pour tout dire, m’intrigue un peu. Jacques Aubergy m’explique que l’idée a été lancée en 1994, année où, sans se concerter, quatre auteurs ont situé leurs polars dans la cité phocéenne : Michèle Courbou, Philippe Carrese, François Thomazeau (fondateur des éditions L’écailler) et Jean-Claude Izzo. « Je ne dirais pas vraiment que c’est un genre à part entière. Il y a eu un effet de mode avec le succès d’Izzo. Mais en général, Marseille est plus une source d’inspiration, un prétexte ». D’ailleurs, sur les 120 titres que comptent les éditions L’écailler, à peine une trentaine évoquent Marseille et sa région. Révélateur également : la Semaine noire, festival que Jacques Aubergy organise avec Serge Scotto, l’auteur du fameux Chien Saucisse, se termine chaque année par la remise du Prix marseillais du polar – et non d’un « prix du polar marseillais ».

A suivre…

Jacques Aubergy in his bookshopJacques Aubergy dans sa librairie.

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