September 2009

September 28th, 2009 at 14:00 by Magali Tardivel-Lacombe

Polyglotte à Aix-en-Provence

Découverte de la Librairie internationale “All Books & Co”,

Aix-en-Provence (France)

Aix-en-Provence me fascine par la quantité et la qualité de ses librairies. Inaugurée il y a deux ans en même temps que la zone commerçante “Les allées provençales”, la Fnac n’a mis en péril ni les librairies de Provence et Goulard, côte à côte sur le chic Cours Mirabeau, ni Vents du Sud près de l’Hôtel de ville, ni Harmonia Mundi en face du Palais de Justice.

Dans ce lot de bonnes adresses, Book in Bar tire son épingle du jeu : la librairie anglaise, qui fait aussi salon de thé, a déménagé un peu plus loin dans la rue Cabassol, pour convertir ses anciens locaux en… librairie salon de thé ! Un doublement de surface, donc, pour proposer une offre encore plus large : “Ici, pour compléter l’offre de Book in Bar, on fait toutes les langues, sauf l’anglais”, m’explique Aurélie Novak, l’une des deux libraires qui travaillent à All Books & Co.

Clocks and bar at All BooksDans les rayonnages, on trouve des grammaires et des livres de contes, de la littérature en langue originale et des traductions en français, des livres de cuisine et des manuels de français langue étrangère, sans oublier les journaux étrangers à consulter sur place, en buvant un café sous les horloges à l’heure de Moscou, Maputo et Mexico.

Logo All BooksDans une ville marquée par le tourisme et la vie étudiante, la clientèle de All Books & Co est toute trouvée. Une affiche propose d’ailleurs de participer à un concours plutôt original : il s’agit de se faire prendre en photo quelque part dans le monde, avec un sac aux couleurs de la librairie. La théière rouge au planisphère blanc a déjà posé devant la Cité interdite avec un jeune client chinois, comme en témoigne l’affiche du concours. Le gagnant partira en voyage…

Pour ceux qui restent à Aix, All Books & Co offre d’autres possibilités d’évasion. Tous les mois, une langue est mise à l’honneur. En septembre, la librairie a ainsi organisé, avec l’aide de l’association Aix Jumelages, une semaine allemande. L’écrivain Thomas Vogel a même fait le déplacement pour lire des extraits de son roman Der Park, in dem die Wege sich kreuzen (Klöpfer und Meyer, février 2009). En octobre aura lieu une semaine hispanique. Par ailleurs, pendant les horaires d’ouverture de la librairie, des clubs de lecture s’y réunissent pour lire des textes en italien, suédois, espagnol, ou encore corse.

Autant dire qu’ici, l’expression “langue vivante” prend tout son sens.

The other bookshop_Book in BarL’autre librairie, Book in Bar (ouvrages en anglais)

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September 26th, 2009 at 15:36 by Magali Tardivel-Lacombe

Girafe-livre à Marseille

Vu à Marseille, sur la Canebière / Seen in Marseille, France

Girafe (1)

Girafe

Girafe (2)

Girafe (3)

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September 21st, 2009 at 00:26 by Magali Tardivel-Lacombe

De Mexico à Marseille, et vice versa (2/2)

Suite de la rencontre avec Jacques Aubergy,

éditeur à L’atinoir et libraire à L’écailler (Marseille, France)

Lire la première partie

Après des études de droit et d’espagnol, Jacques Aubergy a passé quelques années en Argentine et, surtout, douze ans au Mexique. La profession qu’il y exerçait n’avait aucun rapport avec les livres, mais son goût pour la littérature espagnole puis latino-américaine lui a donné envie de se lancer. Jacques AubergyDe toute façon, il avait décidé qu’à cinquante ans, il se consacrerait à la littérature. Ainsi, à son retour en France en 1997, il a commencé par faire de la traduction, proposant avec succès deux romans de Gonzalez Ramos aux éditions Phébus : Les anges jouent des maracas et Iode. Ces titres sont aujourd’hui réédités chez L’atinoir qui, ancienne collection de L’écailler du Sud, est devenue une maison d’édition à part entière sous l’impulsion de Jacques Aubergy. Il y publie avec bonheur des auteurs hispanophones tel Antonio Lozano, d’ailleurs lauréat 2008 du Prix marseillais du polar. Grâce aux conseils littéraires de l’écrivain mexicain Paco Ignacio Taïbo et au travail de quatre agents littéraires, L’atinoir a suivi son bonhomme de chemin, avec ses couvertures aussi orange que la devanture de la librairie L’écailler. La collection L’atineur ouvre depuis peu le champ aux sciences sociales ; un texte de Walter Benjamin sur Marseille y sera bientôt publié. Jacques Aubergy, qui s’envole régulièrement pour le Mexique, anime en outre le blog d’auteurs hispanophones Diez Negritos. Enfin, il a œuvré pour la mise en place du Premio de Narrativa Antonin Artaud en México, un prix littéraire franco-mexicain : chaque année, un ouvrage publié au Mexique est récompensé par un jury constitué d’écrivains et d’éditeurs mexicains, ainsi que de traducteurs français.

A ce voyageur hyperactif, je pose la question qui me taraude, en cette période d’intenses préparatifs de départ : « Si vous deviez, comme moi, vous limiter à un seul livre parce que votre sac à dos est déjà lourd, lequel choisiriez-vous ? » Embarrassé, il garde le silence un moment, puis avoue : « En fait, je suis incapable de partir en voyage avec un seul livre ». Il finit par me citer les immortels Don Quichotte, Dante et Ulysse. Et m’incite à découvrir la Mexicaine Sor Juana Inès de la Cruz, aux poésies mystiques et intimes tout à la fois.

Quand je ressors de la librairie, j’ai de ces picotements dans les jambes et les yeux qui ne trompent pas : bientôt, il va falloir partir. Je marche jusqu’au bout de la Canebière, dos aux Réformés, face au Vieux Port. Plus loin, sur la mer, c’est le château d’If et le Frioul, avec leur lot de légendes. Et, plus loin encore, le large…

Mediterranean Sea at Frioul Island

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September 16th, 2009 at 15:16 by Magali Tardivel-Lacombe

De Mexico à Marseille, et vice versa (1/2)

Rencontre avec Jacques Aubergy, Les Réformés

éditeur à L’atinoir et libraire à L’écailler (Marseille, France)

Comme ils exagèrent toujours un peu, les Marseillais disent que la Canebière est leur avenue des Champs-Elysées. C’est vrai qu’il y a de quoi voir, d’un bout à l’autre de cette artère commerçante, parcourue depuis peu par un tramway flambant neuf, animée d’un marché aux santons en décembre, ponctuée ici de la célèbre librairie Maupetit, là de deux cinémas, dont un muré depuis belle lurette. Pour rencontrer le libraire et éditeur Jacques Aubergy, j’ai remonté cette fameuse Canebière jusqu’à l’église des Réformés, qui domine la cité vingt-six fois centenaire de ses deux flèches impressionnantes. La librairie L’écailler se blottit juste à côté, dans une ruelle où sa devanture mandarine jette de la couleur sur l’ombre.

Aussi petite qu’impeccablement rangée, c’est l’une des rares librairies de France spécialisées dans le polar. Sur les étagères, le choix est plus que vaste, depuis les précurseurs du genre noir (Ponson du Terrail, Eugène Sue, et même Balzac, avec sa Ténébreuse Affaire) jusqu’aux polardeux français contemporains dont Claude Mesplède, Jean-Bernard Pouy et Fred Vargas ne sont que des exemples, en passant par toute une littérature étrangère que je ne maîtrise guère, anglophone et hispanophone, en traduction et en version originale.

Bookshop L'EcaillerL’aventure dure depuis 2006. Pendant un temps, le local a servi de bureau puis, peu à peu, de débarras aux éditions polar L’écailler du Sud. Afin de le valoriser, le lieu a été ouvert à une clientèle de quartier variée et métissée. Chacun peut y passer commande, mais l’on vient surtout pour dénicher du roman noir, et découvrir Marseille et ses éditeurs. Ici, on trouve aussi bien une Histoire universelle de Marseille publiée par les éditions Agone, qu’un jeu des sept familles sur les femmes de Marseille, ou encore des ouvrages édités par André Dimanche ou Le Mot et le reste.

Dans l’orbite de ces deux planètes – Marseille et le polar –, gravite bien entendu Jean-Claude Izzo, souvent désigné comme le précurseur et le représentant du « polar marseillais ». A la librairie L’écailler, Annie Barrière (Une belle ville comme moi) et René Merle (Treize reste raide) illustrent aussi ce genre qui, pour tout dire, m’intrigue un peu. Jacques Aubergy m’explique que l’idée a été lancée en 1994, année où, sans se concerter, quatre auteurs ont situé leurs polars dans la cité phocéenne : Michèle Courbou, Philippe Carrese, François Thomazeau (fondateur des éditions L’écailler) et Jean-Claude Izzo. « Je ne dirais pas vraiment que c’est un genre à part entière. Il y a eu un effet de mode avec le succès d’Izzo. Mais en général, Marseille est plus une source d’inspiration, un prétexte ». D’ailleurs, sur les 120 titres que comptent les éditions L’écailler, à peine une trentaine évoquent Marseille et sa région. Révélateur également : la Semaine noire, festival que Jacques Aubergy organise avec Serge Scotto, l’auteur du fameux Chien Saucisse, se termine chaque année par la remise du Prix marseillais du polar – et non d’un « prix du polar marseillais ».

A suivre…

Jacques Aubergy in his bookshopJacques Aubergy dans sa librairie.

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September 3rd, 2009 at 18:59 by Magali Tardivel-Lacombe

Des nouvelles de Forcalquier

Festival littéraire “Rentrée nouvelles” (Forcalquier, France)

Le vieux village de Forcalquier, perché sur les contreforts du Luberon, est dominé par une citadelle. Du haut de ce point culminant, les quinze cloches du carillon tintinnabulent tous les dimanches à 11h30, perpétuant la méthode de jeu traditionnel dite « à coup de poing ». Par la malice du hasard, je suis arrivée dans la ville un dimanche à 11h30, pile à l’heure pour entendre la claire mélodie du carillon.

Forcalquier's churchA vrai dire, j’y étais surtout venue pour la deuxième édition de Rentrées nouvelles. A la suite du festival de Saint-Quentin, une douzaine d’éditeurs indépendants et la libraire forcalquiérenne La Carline se sont réunis du 21 au 24 août pour mettre à l’honneur la nouvelle. Le festival a la taille agréable des textes qu’il prône : quelques stands à l’ombre de la Place du Palais, et chaque jour, seulement deux lectures en terrasse d’un café, et un débat.

J’ai aimé prendre le temps de bavarder avec Hélène Delmas qui, tout en reprenant le fonds des éditions HB, édite de nouveauxRentrée Nouvelles at Forcalquier ouvrages dans la toute jeune maison du Mot Fou. Feuilleter la revue Brèves, publiée depuis 1975 par L’Atelier du gué et qui proclame sur son blog « Pas de roman, bonne nouvelle ». Découvrir les éditions L’Iroli, dont le « concours de la micronouvelle » impose que les textes ne dépassent pas 575 mots : 5, 7, 5, comme le rythme épuré du haïku. Lire la documentation du stand d’Editer en Haute-Provence

L’idée du festival est d’attirer les regards sur un genre qui reste mal-aimé des lecteurs et des éditeurs français. Certes, les recueils de Philippe Delerm et d’Anna Gavalda, totalisent chacun près d’un million d’exemplaires vendus, faisant d’ailleurs de La Première Gorgée de bière la meilleure vente de la collection L’Arpenteur chez Gallimard. Mais ils ressemblent aux exceptions qui confirment la règle. Même le monde anglo-saxon, qui fait traditionnellement la part belle à la nouvelle, semble lire de moins en moins de « short stories ». Paradoxe, à une époque où tout et tout le monde veut aller vite ?

Pour ma part, je reprendrais volontiers les mots de l’un des organisateurs du festival : « La valeur n’attend pas le nombre des pages »…

Hubert Grall reading

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