H comme heureuse à Höchst (1/2)

August 26th, 2009 at 17:23 by Magali Tardivel-Lacombe

Rencontre avec Esther Baum-Schaller,
libraire à la Buchhandlung « Am Schloss » (Francfort-sur-le-Main, Allemagne)

Article écrit le 2 juin 2009

English version

Frankfurt Höchst

Quand le marchand de légumes a vendu sa boutique, Esther Baum-Schaller y a vu sa chance, le moyen d’enfin ouvrir sa librairie à Höchst, à l’ouest de Francfort. Ceux qui ne connaissent pas le quartier l’imaginent sale et dangereux. Est-il besoin de préciser qu’ils ont tort ? Il y a les rives du Main, aménagées pour les Schloss Höchstpiétons et les cyclistes : je vais souvent marcher le long des remparts en pierre rouge, pour atteindre la porte en ogive où sont gravées les dates des crues. Il y a aussi la placette pavée, veillée par un chêne hiératique et surveillée par la tour du château Renaissance, dont les volets à rayures blanches et rouges me rappellent la BD La Nef des Fous, que je lisais ado. Le château n’est pas grand, mais ses douves remplies d’herbes, de sureaux et de massifs d’azalées sont d’une profondeur impressionnante ; dans son jardin au-dessus du Main, il y a la statue étrange d’un vieil ange barbu arrachant ses ailes et ses flèches à Cupidon, hurlant de douleur.

C’est parce qu’elle est installée à une rue de là qu’Esther Baum-Schaller a baptisé sa librairie « Buchhandlung Am Schloss » (librairie du château). Dans un espace intime, elle présente des ouvrages de tous les genres, sans prétendre à l’exhaustivité. Le système de distribution en Allemagne permet de toute façon à tout client ayant passé commande avant 17h d’avoir son livre dès le lendemain matin. L’heureuse libraire, après quarante ans de métier, dont dix passés chez Hugendubel, sorte de Fnac allemande, apprécie de rencontrer à Höchst un lectorat varié et souvent exigeant. Elle n’a plus de grandes craintes quant à l’avenir. Le bouche-à-oreille a fonctionné, depuis l’ouverture en octobre 2008, surtout que la librairie est juste à côté de la place du marché, où se croisent tous les habitants du quartier, ou presque, trois fois par semaine. La dernière fois que j’y suis passée, c’était la saison des fraises et des asperges, et les étals avaient de drôles d’airs, blêmes et rougeauds tout à la fois.

Esther Baum-Schaller in her bookshop

A suivre…

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Comments

  1. Merci à Esther Baum-Schaller et à M. Grossbach d’avoir éclairé ma lanterne au sujet de la sculpture du “vieil ange barbu”. Il s’agirait en fait de Cronos qui, ayant appris que l’un de ses enfants le détrônerait, les dévorait au fur et à mesure qu’ils naissaient. Seul Zeus fut épargné, grâce à la ruse de la mère de Cronos, Gaia, qui lui substitua une grosse pierre emballée dans des linges. Cronos ne s’en aperçut pas et dévora la pierre.
    Une recherche rapide me rappelle que Cronos s’appelle aussi Saturne ; la célèbre peinture de Goya, “Saturne dévorant ses enfants”, complète le puzzle et semble confirmer cette interprétation.

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