Littérature entre quatre murs
Visite du Musée de la Littérature de Melaka, Malaisie
Ballotée pendant des siècles entre les influences islamiques, hindoues, britanniques et hollandaises, la ville de Melaka offrait une position tellement stratégique sur les mers du Sud, que les Bataves affirmaient : “La détenir permettrait de poser une main sur la gorge de Venise”. Aujourd’hui, ce passé transparaît dans les ruines du fort, la vieille église rouge, les cimetières de toutes les confessions, l’antique voilier amarré au quai du port. Des vélos-taxis surchargés de fleurs en plastique et de guirlandes lumineuses offrent aux touristes, souvent malaisiens et singapouriens, de faire un tour dans les charmantes ruelles. Et puis s’il pleut, comme c’est le cas lors de notre passage, il y a encore les musées : celui d’histoire, classique, côtoie celui, plus inattendu, des mariages, ou encore celui de l’éducation.
Dans un bâtiment auparavant utilisé comme centre de détention des condamnés à mort pendant l’occupation japonaise, puis comme local administratif de l’Etat de Melaka, est présentée depuis 1984 la littérature malaisienne.
C’est du moins l’ambition qu’affiche ce musée installé sur deux niveaux. Nous avions pu le constater à la Casa de la Literatura de Lima (Pérou) : mettre en place un espace d’exposition permanente sur ce thème relève de la gageure. Ici, disons-le tout net, le résultat n’est guère convaincant.
D’un focus sur le matériel autrefois utilisé pour l’écriture (papier, lontar, plumes, encres, pupitres), on passe à une présentation détaillée du folklore oral (mythes, légendes, contes), puis à l’histoire de la littérature à Melaka même, avant d’aboutir à une succession de biographies d’auteurs malais contemporains. On pioche des anecdotes, de ci, de là, des informations éparses. Sur Abdullah bin Abdul Kadir Munshi qui, un des premiers, a donné une tournure réaliste à ses écrits. Sur les instruments de musique utilisés pour accompagner le dendang sayang, chanson populaire de Melaka. Sur les règles de versification du pantun, poème traditionnel populaire. Sur les recueils de lois de Melaka, écrits au XVe siècle sur des bases islamiques.
Sur les uniques exemplaires existant encore du Hikayat Hang Tuah, un récit épique du XVIIe siècle, vantant les hauts faits d’un héros durant le sultanat.
Comme à Lima, on ressent souvent la volonté sous-jacente d’unifier, à travers une histoire de la littérature, une culture nationale encore peu sûre d’elle. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si, au moment même où était discutée la création de ce musée, un autre était également en préparation, sur le thème de… l’armée ! Il faut dire que la Malaisie n’existe en tant que telle que depuis 1963. Mais ici, le désir de présenter les auteurs comme des acteurs de la construction du pays frôle l’absurde : on en apprend presque davantage sur le rôle d’Hassan Ibrahim au Département des transports routiers, ou celui de Zaiton Ketot (une des rares femmes présentées ici) aux radios et télévisions malaisiennes, que sur leur oeuvre littéraire, réduite à une liste de titres sans commentaire.
Aussi saugrenu que cela puisse paraître en un tel lieu, on ne trouve aucun extrait de texte, encore moins d’analyse d’oeuvres ou de mouvements littéraires. La galerie de portraits et les vitrines de livres finissent par lasser, et nous ressortons sans avoir tout lu. Malgré les moyens visiblement conséquents qui ont été mis en oeuvre dans ce musée, n’aurait-il pas manqué un élément essentiel pour embarquer le visiteur sur les mers de la littérature : des passionnés, qui auraient eu à coeur de partager leurs connaissances ?
Peut-être que le musée virtuel en ligne s’avère-t-il plus convaincant ? Je vous laisse juger : www.virtualmuseummelaka.com.













































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