Magali's tour around the world – meeting and interviewing literary professionals

August 29th, 2010 at 16:02 by Magali Tardivel-Lacombe

Littérature entre quatre murs

Visite du Musée de la Littérature de Melaka, Malaisie

Livre ancien en arabeBallotée pendant des siècles entre les influences islamiques, hindoues, britanniques et hollandaises, la ville de Melaka offrait une position tellement stratégique sur les mers du Sud, que les Bataves affirmaient : “La détenir permettrait de poser une main sur la gorge de Venise”. Aujourd’hui, ce passé transparaît dans les ruines du fort, la vieille église rouge, les cimetières de toutes les confessions, l’antique voilier amarré au quai du port. Des vélos-taxis surchargés de fleurs en plastique et de guirlandes lumineuses offrent aux touristes, souvent malaisiens et singapouriens, de faire un tour dans les charmantes ruelles. Et puis s’il pleut, comme c’est le cas lors de notre passage, il y a encore les musées : celui d’histoire, classique, côtoie celui, plus inattendu, des mariages, ou encore celui de l’éducation.

Vue de Melaka

Dans un bâtiment auparavant utilisé comme centre de détention des condamnés à mort pendant l’occupation japonaise, puis comme local administratif de l’Etat de Melaka, est présentée depuis 1984 la littérature malaisienne. Panneau sur les supports d'ecritureC’est du moins l’ambition qu’affiche ce musée installé sur deux niveaux. Nous avions pu le constater à la Casa de la Literatura de Lima (Pérou) : mettre en place un espace d’exposition permanente sur ce thème relève de la gageure. Ici, disons-le tout net, le résultat n’est guère convaincant.

D’un focus sur le matériel autrefois utilisé pour l’écriture (papier, lontar, plumes, encres, pupitres), on passe à une présentation détaillée du folklore oral (mythes, légendes, contes), puis à l’histoire de la littérature à Melaka même, avant d’aboutir à une succession de biographies d’auteurs malais contemporains. On pioche des anecdotes, de ci, de là, des informations éparses. Sur Abdullah bin Abdul Kadir Munshi qui, un des premiers, a donné une tournure réaliste à ses écrits. Sur les instruments de musique utilisés pour accompagner le dendang sayang, chanson populaire de Melaka. Sur les règles de versification du pantun, poème traditionnel populaire. Sur les recueils de lois de Melaka, écrits au XVe siècle sur des bases islamiques. Panneau de citations nationalistesSur les uniques exemplaires existant encore du Hikayat Hang Tuah, un récit épique du XVIIe siècle, vantant les hauts faits d’un héros durant le sultanat.

Comme à Lima, on ressent souvent la volonté sous-jacente d’unifier, à travers une histoire de la littérature, une culture nationale encore peu sûre d’elle. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si, au moment même où était discutée la création de ce musée, un autre était également en préparation, sur le thème de… l’armée ! Il faut dire que la Malaisie n’existe en tant que telle que depuis 1963. Mais ici, le désir de présenter les auteurs comme des acteurs de la construction du pays frôle l’absurde : on en apprend presque davantage sur le rôle d’Hassan Ibrahim au Département des transports routiers, ou celui de Zaiton Ketot (une des rares femmes présentées ici) aux radios et télévisions malaisiennes, que sur leur oeuvre littéraire, réduite à une liste de titres sans commentaire.

Vitrine de livresAussi saugrenu que cela puisse paraître en un tel lieu, on ne trouve aucun extrait de texte, encore moins d’analyse d’oeuvres ou de mouvements littéraires. La galerie de portraits et les vitrines de livres finissent par lasser, et nous ressortons sans avoir tout lu. Malgré les moyens visiblement conséquents qui ont été mis en oeuvre dans ce musée, n’aurait-il pas manqué un élément essentiel pour embarquer le visiteur sur les mers de la littérature : des passionnés, qui auraient eu à coeur de partager leurs connaissances ?

Peintures murales de Melaka

Peut-être que le musée virtuel en ligne s’avère-t-il plus convaincant ? Je vous laisse juger : www.virtualmuseummelaka.com.

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August 21st, 2010 at 12:57 by Magali Tardivel-Lacombe

Le monde en couleurs

Rencontre avec Rebekah Mak aux imprimeries Sang Choy, Singapour

Rebekah MakDepuis le début de ce tour du monde des livres, nous entendons régulièrement des éloges sur la compétitivité des imprimeurs chinois et singapouriens. Ce voyage ne nous mènera pas jusqu’en Chine, mais Singapour se trouvait sur notre chemin. Nous y avons donc rencontré Rebekah Mak, qui travaille depuis huit ans pour Sang Choy Printing. L’entreprise, créée en 1992, était à ses débuts une “Color Reproduction Company”, qui utilisait des films dans le procédé d’impression. Aujourd’hui, la technique du “Computer to plate” (CTP) permet de passer directement de l’image numérique à la plaque d’imprimerie, sans avoir besoin de fabriquer des films. Sang Choy Printing reste spécialisé dans la reproduction des couleurs et offre des services de scan de diapositives, de correction de couleurs, d’impression digitale grand format et, surtout, de fabrication de revues et de livres illustrés.

La branche de Singapour, qui emploie une centaine de personnes, gère les travaux en offset, qui utilisent de vraies couleurs, tandis que celles de Shen Zhen et de Shanghai, en Chine, effectuent les travaux au laser. “Vous verriez les usines que nous avons en Chine !” raconte Rebekah. “A Shanghai, 300 personnes réalisent à la main des emballages, non seulement des coffrets de livres, mais aussi des boîtes de vin, des emballages cadeau pour du thé, etc. Locaux de SingapourA Shen Zhen, notre usine emploie 1200 personnes, qui travaillent essentiellement aux pliages, découpages, coutures –à la main toujours. Ce sont d’immenses ateliers, vraiment impressionnants à voir. Et autour, c’est comme une petite ville qui s’est développée, avec ses logements, ses cantines… Les travailleurs vivent sur place avec leur famille !”

En ce qui concerne les machines, des Mitsubishi japonaises ont supplanté les Heidelberg allemandes, qui avaient fonctionné pendant dix ans. “Nous changeons très peu souvent de machines, non seulement parce qu’elles sont très coûteuses, mais aussi parce qu’elles requièrent une installation extrêmement compliquée. La dernière fois, ici, il a fallu bloquer la rue pendant une demi-journée, le temps que la grue fasse passer la nouvelle machine par un trou ouvert exprès dans la façade ! Vous comprenez qu’on ne fasse pas cela tous les jours !”

Rebekah Mak presente Art in All of UsBien entendu, ce qui pousse les éditeurs occidentaux (Etats-Unis, Europe, Australie) et, depuis peu, latino-américains (Argentine, Brésil, Mexique), à confier leurs travaux à des imprimeurs asiatiques, c’est avant tout le coût, car la main-d’oeuvre et la location des locaux engagent moins de frais en Chine, où se concentre la production. “Il faut toutefois savoir”, précise Rebekah, “que ce n’est avantageux que pour les livres en couleurs. En effet, les impressions en noir et blanc n’impliquent que le coût du papier. Puisqu’il y a en Europe des fabriques de papier, c’est moins cher pour un éditeur européen de faire imprimer des romans, par exemple, dans son propre pays. L’Espagne et la République tchèque sont par ailleurs réputées pour leurs impressions peu onéreuses. Mais dès que la couleur entre en scène, l’Asie est imbattable !”

Rebekah souligne également l’efficacité des ouvriers chinois : jusqu’à 20 000 exemplaires d’un livre en carton fait à la main peuvent être prêts en seulement trois semaines ! “En revanche, notre faiblesse, c’est le temps de transport par bateau. A Sang Choy, nous avons notre propre service d’expédition, qui part de Hong Kong pour les livres réalisés en Chine, et de Singapour pour ceux qui viennent d’ici. Cela facilite les choses, mais il faut encore compter deux à trois semaines de délai pour les commandes européennes. Du coup, quand ils ont besoin d’effectuer des réimpressions dans de courts délais, les éditeurs européens préfèrent s’adresser aux entreprises locales”.

Etageres de Sang Choy

La bibliothèque des livres imprimés par Sang Choy s’étoffe au fil du temps avec des albums pour enfants souvent coédités, comme le Dinorama publié par Casterman en français, mais que Sang Choy a également imprimé en japonais, en russe, en anglais… Il y a également les livres d’art, comme le volumineux Art in All of Us, que les Belges Anthony Asael et Stephanie Rabemiafara ont réalisé au profit de l’UNICEF suite à leur tour du monde pour rencontrer des enfants et leur apprendre la photographie, le dessin, l’écriture : 800 photos couleurs, 5 kilogrammes en comptant le coffret, fait sur mesure à la main ! De même, des musées comme le British Museum de Londres font appel à l’entreprise singapourienne pour l’impression de leurs catalogues d’exposition. Lors de notre visite, des piles de Realism in Asia attendent d’être envoyées, tout près pour une fois, à la National Art Gallery de Singapour, qui consacre à ce thème une belle exposition temporaire.

Dinorama en japonais

Des clients plus atypiques travaillent parfois avec Sang Choy. Rebekah nous montre ainsi Spark your Dream, de Candelaria et Herman Zapp. “Ce sont deux Argentins qui voyagent dans une vieille voiture avec leurs enfants”, explique Rebekah. “Ils ont écrit et auto-publié ce livre, et quand ils veulent organiser une vente à un endroit, ils nous commandent un certain nombre d’exemplaires. Nous nous occupons de l’impression et de l’envoi à l’endroit où se trouve la famille”.

Assister aux foires du livre internationales reste un incontournable, tout comme faire travailler des représentants en Belgique ou au Royaume-Uni. Je demande à Rebekah si communiquer avec des clients qui se trouvent aussi bien à Londres, Sydney ou sur les routes du monde, n’a pas parfois des conséquences étonnantes. “Bien sûr !” répond-elle. Spark you Dream“D’abord, il faut toujours que nous veillions à ne pas appeler nos clients européens pendant leur pause déjeuner. Nous essayons de leur faire oublier qu’il existe un décalage horaire entre l’Europe et ici. Quoi qu’il en soit, les emails et le téléphone sont vraiment des modes de communication simples, d’autant qu’à Singapour, l’anglais est couramment parlé. Il arrive aussi que certains clients fassent le déplacement pour discuter de vive voix des projets un peu complexes. Ça a été le cas d’Anthony Asael, qui est resté ici une semaine”.

Le travail dans un tel espace mondialisé implique enfin une sensibilité parfois gênante aux événements internationaux. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le récent tremblement de terre au Chili a eu des conséquences sur les imprimeurs asiatiques, car les forêts et les usines de papier de ce pays, affectées par la catastrophe, ont diminué l’approvisionnement habituel. Cela dit, une grosse entreprise comme Sang Choy veille à diversifier ses achats en papier, faisant appel à des Indonésiens, des Thaïlandais, des Japonais, et même des Scandinaves. Par ailleurs, certaines fluctuations financières, importantes d’une semaine à l’autre dans des situations de crise comme celle de 2009, obligent l’entreprise à augmenter ses tarifs pour rester à flot, ce qu’il faut annoncer avec diplomatie aux clients… Car malgré la réputation de son travail et le sérieux de ses vérifications post-impression, Sang Choy n’est pas seule sur le marché. Rien qu’à Singapour, trois ou quatre imprimeries offrent également leurs services aux éditeurs du monde entier. La prochaine fois que vous avez un livre illustré entre les mains, regardez donc où il a été imprimé : c’est édifiant !

Douceurs en couleurs

Même les pâtisseries offertes par Rebekah Mak lors de notre entretien sont vivement colorées !

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August 16th, 2010 at 08:22 by Magali Tardivel-Lacombe

Un pays à la page

Entretien avec Michael Goh à Singapour

Un bavardage à bâtons rompus sur le monde du livre dans le microcosme singapourien : nouveaux métiers, librairies étrangères, édition multilingue, imprimerie… Michael Goh a des années d’expérience derrière lui… et pas sa langue dans sa poche !

Magali Tardivel-Lacombe — Vous dites que cela fait 48 ans que vous êtes dans le “business du livre”. Quel est donc votre parcours ?

Michael GohMichael Goh — J’ai d’abord été instituteur, mais je me suis vite rendu compte que ce n’était pas ma vocation. Alors j’ai passé cinq années dans une librairie religieuse singapourienne, en tant qu’apprenti. Par la suite, j’ai moi-même dirigé une petite librairie, jusqu’à ce que l’augmentation des loyers m’oblige à l’abandonner. Maintenant, je travaille comme représentant free-lance pour des éditeurs occidentaux.

MTL — En quoi consiste ce métier ?

MG — J’assiste aux foires du livre internationales, notamment à Francfort, où je propose aux éditeurs de représenter leur catalogue dans les librairies asiatiques. Une fois qu’un contrat est signé, je procède comme n’importe quel autre représentant, en allant voir les libraires pour leur vanter les ouvrages des maisons pour lesquelles je travaille. Comme je me suis spécialisé dans les livres académiques, je me rends également dans les bibliothèques universitaires. Je représente des éditeurs hollandais, allemands, britanniques et américains. Bizarrement, je n’ai encore jamais réussi à convaincre un seul Français ! Je crois qu’ils ne sont pas très ouverts à l’exportation, d’autant qu’en Asie, le lectorat francophone se concentre presque uniquement au Vietnam. Et puis, j’ai l’impression que les éditeurs français n’aiment pas vraiment faire des remises aux libraires. A l’inverse, les Américains comme Pearson ou Cengage baissent leurs prix jusqu’à 60% !

MTL — Vous avez été pendant plusieurs années président de l’association des libraires de Singapour. Quel est le rôle de cette association ?

Vitrine de la chaîne de librairies MPHMG — Essentiellement, elle organise la foire du livre de Singapour, qui a lieu en juin. Mais sinon, son rôle ne cesse de décliner, dans la mesure où plus personne ne veut y être bénévole. De toute façon, même s’il y a plus de 500 librairies dans ce pays minuscule qui compte 5 millions d’habitants, la plupart vendent surtout des magazines, des bonbons, des boissons… Du coup, je ne compte que trois ou quatre bonnes librairies à Singapour, et ce sont des groupes : Kinokuniya, chaîne japonaise qui propose essentiellement des ouvrages en japonais et en anglais, ainsi que les chaînes anglo-saxonnes Borders, Times Bookstore et MPH, qui se concentrent sur les livres en anglais d’importation. On ne peut pas vraiment parler de librairie singapourienne !

Kinokuniya... dans la capitale du shopping

MTL — En revanche, les imprimeurs d’ici sont réputés dans le monde entier.

MG — Autrefois, c’est vrai que les éditeurs occidentaux avaient intérêt à faire imprimer leurs ouvrages ici. Mais aujourd’hui, les Chinois offrent des tarifs plus compétitifs, tout en utilisant les mêmes machines perfectionnées qu’à Singapour ; ils sont par ailleurs imbattables pour les livres à fenêtres, pliages, pop-ups, réalisés à la main. Ici, les frais de main-d’oeuvre sont aujourd’hui plus élevés, et le papier utilisé doit être importé de Chine ou d’Indonésie. Mais peut-être que la position géographique du pays représente toujours un avantage en termes de transport par bateau vers l’Europe, l’Australie et l’Amérique du Nord.

MTL — L’île de Singapour est en effet située entre la pointe sud de la péninsule malaisienne et le nord de l’île de Java. Elle ressemble d’ailleurs à un phare de Babel ! On y entend parler malais, anglais, tamoul et mandarin. Vous-même, Michael, vos grands-parents étaient chinois. Qu’est-ce que ce brassage linguistique et culturel implique en matière d’édition ?

MG — Il faut savoir que Singapour est une terre d’immigration et que son histoire en tant que nation indépendante n’est même pas centenaire. Entretien avec Michael GohDu coup, l’identité nationale n’est pas très marquée, ce qui se répercute sur la production éditoriale. On ne compte ici que quelques maisons d’édition, et elles restent très petites. De toute façon, les Singapouriens ne lisent quasiment que de l’anglais. Ils ignorent pour la plupart la production livresque des voisins, et même celle d’ici. Depuis cinq ans, le Book Council fait campagne pour la lecture, mais je doute que des auteurs locaux comme Tan Guan Heng (Night Butterfly, G.H. Bookforum, 2001) finissent par être connus du public de leur propre pays. On est comme sur une île occidentale en Asie, ici…

MTL — En parlant d’île, j’ai une question fétiche : quel serait l’unique livre que vous emporteriez sur une île déserte ?

MG — Question en retour : pourquoi cette question ?

MTL — J’aime savoir quelles lectures ont été marquantes pour les gens que je rencontre. Grâce à leurs réponses, je pourrai peut-être monter une bibliothèque idéale… Alors, quel serait le vôtre ?

MG — Je pense que je choisirais une anthologie de poèmes du monde entier, en anglais. Après tout, en tant que Singapourien, j’aime cette impression d’être à la croisée des chemins. Et puis mon activité professionnelle me fait voir du pays, ce qui me manquerait sur cette île déserte ! D’où l’anthologie internationale…

Lecteurs en librairie

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August 6th, 2010 at 11:28 by Magali Tardivel-Lacombe

Portrait du marionnettiste en costume d’éditeur (2/2)

Suite de la rencontre avec John McGlynn, co-fondateur et éditeur à la Fondation Lontar, Jakarta (Java, Indonésie)

Les ouvrages de la Fondation Lontar, généralement placés dans les grandes chaînes de librairies indonésiennes (Aksara, Kinokuniya, Periplus et Gramedia), sont désormais disponibles en print on demand (POD) avec Lightning Source, qui a des imprimeries dans le Tennessee et en Europe. Illuminations by the Lontar FoundationHumidité, souris gourmandes, transport coûteux, stockage problématique : les fléaux qui frappaient autrefois les livres sont, grâce à cette technique de production, oubliés. John en profite également pour réviser les textes dès qu’une erreur est pointée ; c’est là tout l’avantage des fichiers informatiques.

Pour des livres plus ambitieux, l’imprimerie traditionnelle reste de mise. Car Lontar publie aussi de grands ouvrages illustrés, comme Illuminations, the Writing Traditions of Indonesia, un livre somptueux qui raconte l’histoire de l’écrit dans l’archipel, où l’on compte pas moins de 600 langues parlées et 11 cultures écrites. On y apprend que le lontar est un arbre dont l’écorce a servi à confectionner les premiers supports d’écriture dans la région. Le logo de la fondation éponyme évoque d’ailleurs la forme en éventail que prenaient ces “livres”.

A côté de projets de longue haleine comme celui-là, ou encore comme les anthologies de théâtre (35 pièces en anglais, 65 en indonésien), de nouvelles (en cours) et de poésie (en cours), la Fondation Lontar publie également la traduction anglaise de romans indonésiens ayant rencontré un écho favorable dans le grand public : Anthologie de théâtre indonésien_LontarSupernova de Dewi Lestari (50 000 exemplaires vendus en indonésien), The Dancer de Ahmad Tohari, convoité par les éditions Gramedia, ou encore The Family Room, de la jeune novelliste Lily Yulianti Farid. Aussi étonnant que cela puisse paraître aux yeux d’un lecteur français, en publiant des nouvelles ou de la poésie John peut raisonnablement espérer vendre 5000 exemplaires de chaque titre. Non seulement la tradition de la poésie est très ancienne en Indonésie, mais en outre, peu d’auteurs peuvent s’accorder le temps nécessaire à l’écriture de romans longs. Le public est donc habitué aux textes courts, d’autant que les journaux en publient régulièrement, à l’instar du célèbre quotidien Kompas et sa double page hebdomadaire de poésie.

Le lectorat potentiel existe donc bel et bien, mais la course d’obstacles qui précède la publication n’est pas de tout repos pour l’éditeur. Outre les questions de financement, se pose le problème du recrutement des bons traducteurs. John évoque dans un soupir les 200 et quelques personnes avec lesquelles il a travaillé depuis les débuts. Parmi les traducteurs compétents, il faut encore trouver ceux qui accepteront des honoraires indexés sur la roupie indonésienne, soit à peine 5 US$ la page. Pour des personnes qui, en général, travaillent à distance depuis un pays anglophone, ce n’est pas évident.

Entretien à la Lontar Foundation

Malgré les caprices de ce difficile cheval de bataille qui ne cesse de cabrer, John reste en selle et poursuit ses projets ambitieux. Il évoque son rêve de rassembler et traduire pour la première fois La Galigo, une épopée bugis. Avec ses 6000 pages potentielles, ce serait  peut-être le plus long livre du monde, que John emporterait volontiers sur l’île déserte (à défaut, il se contentera du Mahabharata). Il est par ailleurs en train de réaliser un film documentaire sur le théâtre d’ombres indonésien. Trois caméras, 54 CD, des sous-titres dans au moins quatre langues, pour un total de 20 heures de film… Une manière pour le marionnettiste refoulé de prendre sa revanche ?

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July 30th, 2010 at 07:38 by Magali Tardivel-Lacombe

Portrait du marionnettiste en costume d’éditeur (1/2)

Rencontre avec John McGlynn, co-fondateur et éditeur à la Fondation Lontar à Jakarta, Java (Indonésie)

Quelque part, aux Etats-Unis. Une famille catholique : le père, la mère et les dix enfants. Dont John, qui aime les spectacles de marionnettes. En grandissant, il veut passer de l’autre côté du rideau. Ce sont les années 1970, tout est possible — alors pourquoi ne pas apprendre à tirer les ficelles ? Marionnette d'ombres indonésienneTrès vite, ce sont les ombres qui le fascinent. Période de guerre froide, de Vietnam en feu. Comme le monde dessiné par les hommes politiques, le théâtre d’ombres se joue en noir et blanc. Silhouettes insaisissables, fuyant sur un drap tendu.

Les maîtres du genre, John le sait, ce sont les Indonésiens qui, dans certaines familles, se transmettent depuis des générations le secret de la découpe du cuir de buffle. Ils le tannent, le taillent, le travaillent, pour en faire une dentelle sombre. Les jeux d’ombre et de lumière, cadencés par des percussions, des voix de femmes et un conteur, évoquent la sagesse des dieux, le courage des héros, les amours heureuses. Chaque personnage contient dans sa silhouette de petits dragons protecteurs. Le ventre, siège des émotions et des instincts, est plein de leurs tourbillons. La tête, surmontée d’une coiffe, laisse à l’âme sage l’espace de la réflexion.

John est fasciné par la finesse de ces marionnettes qui, sans se contenter d’être belles, évoquent l’humain dans toute sa complexité. Décidé à apprendre comment les apprivoiser, il commence par apprendre l’indonésien. Trois années passent. Enfin, il est prêt à intégrer le cours de marionnettes d’ombres à Yogyakarta. Cette ville javanaise est connue pour avoir abrité durant des siècles des artisans qui, par familles entières, exerçaient bénévolement leur savoir-faire au service du sultan : fabricants d’instruments de musique, peintres de batiks (mélange de soie et de coton), et bien sûr, marionnettistes. John se trouve au bon endroit pour enfin savoir comment manier ces poupées plates aux bras articulés. Mais il est victime de son zèle : arrivé six mois plus tôt à Yogyakarta pour perfectionner son indonésien, on lui refuse sa place dans le cours de marionnettistes, “réservé aux étrangers résidant hors d’Indonésie”.

Rideau.

Spectacle d'ombres à Jakarta

John est américain, il a la débrouillardise dans le sang. Il continue à apprendre l’indonésien, cette langue qui s’est mise par hasard sur son chemin pour lui jouer un mauvais tour. Mais il ne lui en tient pas rigueur. Il approfondit ses connaissances, jusqu’à être capable de lire et d’aimer la littérature locale. A tel point que, en 1987, il décide de fonder une maison d’édition qui soit entièrement en l’honneur de ces textes et auteurs inconnus du reste du monde. A ses côtés, quatre écrivains indonésiens. La Fondation Lontar est créée.

Mai 2010, Jakarta. Le marionnettiste est devenu éditeur. Autour de ses yeux bleus, des pattes d’oie d’humeur joyeuse. A son front, des lignes soucieuses. Plus de 100 titres ont été publiés depuis 1987, dans trois collections différentes : Lontar pour les traductions en anglais de textes classiques indonésiens, Amanah pour les ouvrages en indonésien, souvent traduits dans la foulée pour la première collection, et enfin Godown, pour les textes en anglais sur l’Indonésie. John McGlynnMalgré ces efforts pour projeter la culture du pays sur l’écran du vaste monde, les financements ne sont jamais assurés. L’Etat ne soutient même pas l’initiative, pourtant unique en son genre dans l’archipel. Probablement parce qu’ici, on estime que publier en anglais est une source sûre de profits. Mais John pourrait donner des dizaines de contre-exemples. Ainsi, après une tournée aux Etats-Unis et un passage sur CNN, Pramoedya Anata Toer (The Mute’s Soliloquy ["Le Soliloque du muet"], anthologie rassemblée par John) n’a pas vu ses ventes augmenter. Comme partout, on fait le constat que le marché anglophone dédaigne les traductions, alors qu’il envahit toutes les autres aires linguistiques. Sur les quelque 115 000 livres publiés chaque année en Indonésie, 60% sont des traductions, essentiellement de l’anglais, mais aussi du japonais et de l’arabe. C’est dire si la Fondation Lontar occupe une niche sous-représentée.

Ne pouvant donc pas compter sur l’Etat, la fondation vit des ventes de ses livres et des oeuvres d’art exposées dans sa galerie, ainsi que des dons des particuliers, dont plus de la moitié sont Indonésiens. Jusqu’à 2009, la Fondation Ford allouait 500 000 US$ annuels à Lontar. Mais une dénommée Crise Financière est passée par là, faisant une croix sur les cinq zéros providentiels…

Vous en saurez plus sur les publications de Lontar et sur la littérature indonésienne… dans la deuxième partie, prochainement !

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July 23rd, 2010 at 08:21 by Magali Tardivel-Lacombe

L’édition pour les nuls — en images

Pour le grand public, les nombreuses étapes qui mènent le manuscrit au livre fini, disponible en librairie, ne sont pas toujours très claires. J’ai souvent été confrontée à des gens qui croient que travailler dans l’édition, c’est être écrivain ! La visite guidée des éditions Erlangga à Jakarta (Indonésie) a été l’occasion de voir et photographier toutes les séquences (ou presque) de la fabrication d’un livre. Petite visite en images…

1. L’éditorial

EditorialLa création d’un livre peut être impulsée de deux manières différentes : soit un auteur propose son manuscrit à la maison d’édition, soit la maison d’édition décide de faire un livre sur un sujet particulier, auquel cas elle commande le texte à un ou plusieurs auteurs. Pour Erlangga, qui publie surtout des ouvrages scolaires, c’est surtout le second cas de figure qui se présente. Bien que les auteurs rechignent souvent à modifier leurs textes, l’éditeur peut décider de changer le découpage des chapitres, de retravailler certaines formulations, voire de supprimer ou rajouter des paragraphes entiers, pour des raisons de cohérence, de facilité de compréhension ou d’esthétique littéraire. C’est lui ou un correcteur qui relira le texte pour en corriger l’orthographe, la ponctuation et la mise en page.

Dans une grande maison d’édition comme Erlangga, plusieurs éditeurs coordonnent différentes équipes : l’un gère le secteur des langues, l’autre celui des sciences, un autre encore celui des livres pour enfants, etc. En revanche, de petites maisons comme Brandl & Schlesinger en Australie ne comptent qu’un seul éditeur.

2. Le design

Les livres éducatifs produits par Erlangga contiennent bien entendu un grand nombre d’illustrations. DesignCelles-ci peuvent être commandées spécialement à un dessinateur ou un photographe, mais le plus souvent, les designers ont recours à des banques d’images, qui offrent des illustrations à moindres frais. Dans le cas d’ouvrages non illustrés, des questions de design entrent également en ligne de compte : format du livre, police de caractères, illustration de couverture, etc.

3. L’impression

Une fois la maquette achevée, le livre est prêt à partir pour l’imprimerie. Imprimerie des editions ErlanggaChez Erlangga, cette étape est facilitée par la présence d’une imprimerie sur place, où sont réalisés tous les livres de la maison. Comme pour la correction des textes et la mise en page, cette étape est souvent confiée à des professionnels extérieurs. Ici, les machines utilisées sont suédoises, indiennes, allemandes et japonaises ; en revanche, le papier provient directement d’Indonésie, premier producteur asiatique.

Feuillets prets a etre relies

La complexité de l’impression varie : de deux couleurs pour de simples pages de textes (noir sur blanc le plus souvent), on passe à huit couleurs pour les couvertures. Des employés sont chargés de vérifier rapidement si l’impression s’est bien passée, par exemple, s’il n’y a pas de taches de couleurs indésirables.

Verification de l'impression

Enfin, il existe différentes techniques de reliure : certains livres sont cousus avec du fil, d’autres, comme ceux d’Erlangga, encollés.

Livres sur le tapis roulant de la relieuse

Soulignons que les éditeurs occidentaux font très généralement appel à des imprimeurs asiatiques pour l’impression des livres illustrés. Ce sujet fera l’objet de prochains articles.

4. La diffusion

Impression en couleurs des couverturesComme je l’ai expliqué dans mon article précédent, Erlangga se diffuse elle-même en allant présenter ses ouvrages directement aux équipes enseignantes. En règle générale, cependant, l’éditeur envoie des représentants dans les librairies une ou plusieurs fois par ans, pour qu’ils y promeuvent le catalogue de la maison. Les libraires acquièrent ainsi des nouveautés pour leur stock, parfois de manière quelque peu frileuse, du fait des conditions souvent drastiques de retour des invendus à l’éditeur. En France, beaucoup d’éditeurs accordent un droit de retour gratuit aux ouvrages restés en rayon au moins trois mois, tandis qu’en Australie, les frais de retour sont à la charge de l’éditeur.

5. La distribution

Empaquetage avant la distribution dans les librairies et les ecolesEncore une étape généralement confiée à une entreprise spécialisée, mais qu’Erlangga assure elle-même, tant pour ses propres ouvrages que pour ceux d’autres maisons d’édition. Il s’agit d’envoyer le livre aux librairies et institutions (universités, bibliothèques, associations…) qui l’ont commandé. Le distributeur met le bon nombre d’exemplaires dans des cartons, qu’il convoie lui-même ou envoie par la poste aux commanditaires. Un processus plus ou moins long selon les pays : en France, le délai habituel entre une commande passée en librairie par un particulier et la réception du livre est de 5 jours, tandis qu’en Allemagne, l’ouvrage commandé dans des conditions similaires est livré du jour au lendemain.

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July 15th, 2010 at 16:13 by Magali Tardivel-Lacombe

Presque premier de la classe

Rencontre avec Raja Hutauruk et son équipe aux éditions Erlangga à Jarkarta, Java (Indonésie)

Orchidees dans les locaux d'ErlanggaAu début des années 1950, Marulan Hutauruk, proviseur dans une grande école publique, a voulu pallier le manque de livres scolaires dont souffraient ses étudiants, en confectionnant lui-même des ouvrages didactiques qu’il leur distribuait. Dans les années 1960-70, devenu directeur de la première maison d’édition gouvernementale indonésienne, Balai Pustaka, il a parallèlement travaillé à la consolidation d’Erlangga, maison d’édition scolaire où il fabriquait surtout des livres d’histoire et de droit, ses matières de prédilection. Une décennie plus tard, son fils Gunawan, après des études de finances à New York, est venu lui prêter main-forte, ce qui a permis à Erlangga de se développer et de publier des ouvrages universitaires traduits de l’américain.

A l’époque, les étudiants achetaient très peu de livres, et tenir une maison d’édition universitaire n’était guère une activité rentable. Aujourd’hui encore, les “copying centers” ont le vent en poupe, sans compter qu’Internet fait librement circuler des textes pourtant protégés par des droits d’auteur. Entretien avec des membres de l'equipe d'ErlanggaDe même, les contrefaçons représentent encore une réelle concurrence pour les éditeurs : un ouvrage vendu 100 000 roupies indonésiennes (environ 8 euros) sera bradé à 40 000 roupies par les pirates, qui se couvrent bien souvent en proposant également sur leurs étalages les copies originales. La difficulté à les démasquer se double d’une réalité incontestable : pour la majorité des étudiants indonésiens, l’achat de livres n’est que le cinquième poste budgétaire. Conscients de cette situation, les professeurs eux-mêmes ne peuvent condamner le recours aux photocopies ou aux contrefaçons.

Erlangga se devait donc d’élargir son champ d’action. Dès 1991, la maison a commencé à réaliser ses premiers manuels d’école primaire et, au début des années 2000, sortait ses premiers livres pour les tout-petits. Aujourd’hui, Raja Hutauruk, le petit-fils de Marulan, a repris l’entreprise familiale avec ses trois frères et soeurs. Avec dix succursales et un bon nombre de bureaux représentatifs dispersés dans l’archipel, ainsi que quatre librairies Eureka à Jakarta, Erlangga se positionne comme la deuxième plus grande maison d’édition en Indonésie, après Gramedia aux longs tentacules, qui détient aussi des hôtels, des journaux, etc.

Raja HutaurukEntre le proviseur qui bricolait ses livres et la grande entreprise qui emploie quelque 3000 personnes, dont 500 dans l’imprimerie intégrée à ses locaux, à peine 60 ans ont passé. L’évolution paraît fulgurante et incroyable. Elle s’explique d’abord par la mise en place de stratégies malines. Les auteurs des manuels sont sollicités directement dans les écoles, parmi les professeurs, ce qui donne à Erlangga l’assurance que ses livres répondent aux besoins et attentes des enseignants. En outre, les représentants de la maison sont envoyés directement dans les écoles, afin de convaincre les équipes éducatives de choisir leurs titres et de les inclure au “package” correspondant aux frais d’inscription. Ces démarchages sont complétés par l’organisation de séminaires ouverts gratuitement aux professeurs qui ont opté pour les livres d’Erlangga. Ainsi, la maison a organisé des séances sur les cours d’anglais à destination des jeunes enfants, ou encore sur la mise en place d’un enseignement plus interactif avec les élèves. Ce thème est venu répondre aux difficultés des enseignants indonésiens à mettre en pratique le “Competency Base Curriculum“, impulsé en 2006 par le gouvernement pour moderniser les méthodes d’enseignement. Du maître d’école roi, et presque tyran, avec sa règle de bois abattue sur les doigts des mauvais élèves, il s’agissait d’évoluer vers l’instituteur moderne, encourageant la créativité et l’individualité de chaque élève. La soeur de Raja HutaurukUne réforme gigantesque et déstabilisante, qui a permis à Erlangga d’asseoir sa position de conseiller, allant jusqu’à s’adresser aux jeunes eux-mêmes, en leur proposant des “Speech Competitions“, qui récompensent ceux qui présenteraient avec le plus d’éloquence… les produits d’Erlangga !

La capacité de la maison à s’adapter à l’évolution des conditions d’éducation en Indonésie constitue clairement son point fort. Ainsi, depuis quatre ans, avec l’instauration progressive de l’école gratuite, la maison d’édition se concentre davantage sur les écoles privées religieuses et, parallèlement, répond aux appels d’offre lancés par les établissements publics ayant besoin d’acquérir les ouvrages qu’ils prêteront ensuite à leurs élèves. C’est plus difficile que le porte-à-porte classiquement pratiqué par les représentants, d’autant que, depuis 2006, le gouvernement commande l’écriture de textes scolaires à des auteurs inexpérimentés (payés une misère), afin de les rendre disponible gratuitement sur Internet et, dans le même temps, de les brader sous format papier au prix de 9 000 roupies. Cette initiative, destinée à encourager les parents d’élèves à acheter des livres, est perçue par les professionnels de l’édition comme du mauvais travail et, surtout, une concurrence déloyale. Erlangga, dont les manuels scolaires coûtent 25 000 roupies pièce, tente de contrecarrer cette tendance en produisant des livres électroniques qui entrent dans le cadre de cette politique, mais les retombées économiques restent encore faibles.

En gérant toute la production elle-même, depuis la création jusqu’à la distribution, en passant par le design et l’impression, l’équipe d’Erlangga s’assure une réelle facilité de fonctionnement. Maquette des batiments d'ErlanggaMais les conditions du marché varient, et suivre ces évolutions demande d’ajouter aux compétences de l’éditeur celles du gestionnaire. Cela reste un bon moyen d’assurer des recettes relativement stables, ce qui permettra peut-être à Erlangga d’élargir son catalogue, qui ne compte pour l’instant que 15% de livres non scolaires, dont une part infime de fiction. Ainsi, la soeur de Raja, responsable du secteur jeunesse d’Erlangga, envisage la création d’un album illustré d’histoires de princesses indonésiennes, sur le modèle de Princesses du monde (Auzou, 2008), qui sera d’ailleurs bientôt traduit en indonésien.

Rendez-vous dans le prochain article pour une visite guidée des bureaux et de l’imprimerie d’Erlangga !

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July 10th, 2010 at 12:57 by Magali Tardivel-Lacombe

“Ce livre a changé ma vie”

Rencontre à Jakarta, Java (Indonésie) avec Stella Maris Stutina, auteur de I love U by God

Copyright Steve Teo“Un jour, alors que ma fille avait presque quatre ans, elle a entendu quelqu’un s’exclamer à la télévision ‘Oh my God !’ Elle semblait perplexe : ‘Qu’est-ce que c’est, Oh my God ?’ Alors je lui ai expliqué que c’était une expression, et que Dieu était comme quelqu’un qui l’aimait beaucoup. Apparemment, ça l’a rendue encore plus perplexe : ‘Comment ça, beaucoup ?’ Sans le vouloir, les enfants ont parfois l’art et la manière de vous mettre dans l’embarras ! J’ai donc essayé de lui parler de ce qu’elle connaissait. ‘Il t’aime plus loin et plus fort que tout ce qui t’entoure : plus loin que le ciel, plus profond que la mer, plus haut que l’arbre le plus grand que tu aies jamais vu’. Elle a réfléchi, toujours avec une mine un peu perplexe, puis elle m’a demandé : ‘Même quand je dors ?’ ”

“C’est ainsi que tout a commencé”, raconte Stella Maris Stutina. A l’époque, elle travaillait dans la communication, et elle a réalisé que ce dialogue avec sa fille pouvait donner naissance à un livre. Elle s’est adressée à Concept, un magazine de design dont la fraîcheur et la créativité la touchaient beaucoup. Quant à eux, séduits par l’idée de Stella, ils l’ont aidée à la mettre en images. Par la suite, ils l’ont mise en relation avec Indonesia Printer, qui a alors créé le label “Bright Idea Publishing”, dont le premier titre a été… I love U by God (publié en français en 2009 par les éditions Signe sous le titre Dieu t’aime). En suivant le dialogue avec sa fille, elle a réalisé un livre interactif à toucher, à déplier, à faire briller dans le noir. Quelques mots par page seulement… en anglais. ” J’ai choisi d’écrire en anglais et pas en indonésien, parce que je voulais toucher le monde entier. J’ai vraiment fait attention à la simplicité du langage et maintenant, mon livre est utilisé dans les écoles primaires et les villages de pêcheurs dans le cadre des cours d’anglais”, raconte Stella.

Entretien avec Stella MarisLa jeune femme évoque l’intense solitude qu’elle a ressentie lors de la parution de son grand livre en carton, concomitante à un vaste battage médiatique pour l’anniversaire de Dora Emon, le célèbre robot-chat japonais tout bleu. Par chance, toutefois, elle a pu lancer I love U by God à la Foire du Livre de Francfort 2008, les premiers exemplaires tout chauds sortis des fours de l’imprimerie. Sa vocation initiale lui a soufflé que les choses pouvaient prendre de l’ampleur si elle toquait aux portes bien placées. Alors elle a fait parler du livre dans les médias : entre autres, Kompas (le plus important quotidien indonésien ), Femina, Nakita, lui ont consacré un article. Elle a reçu le soutien de la Kiwanis International Asia-Pacific Conference, ainsi que de la National Commission for Child Protection. En 2008 toujours, elle a reçu l’Indonesian Printing Award, créé sur mesure pour ce livre hors catégorie.

Et depuis, Stella l’emmène partout.

“Avant, je n’allais à l’école que pour ma fille, mais avec le livre, je suis invitée pour faire des lectures, animer des ateliers où j’explique comment réaliser un livre… Souvent, je dis aux enfants qu’il me manque une page et que j’ai besoin de leur aide ; ça les encourage à exprimer leurs idées et à réfléchir sur la manière dont ils se représentent l’amour que Dieu leur porte. A chaque fois que je le lis en public, je le redécouvre, selon les réactions qu’il suscite. Je suis toujours émue de voir à quel point il parle aux adultes aussi, alors que les tracas quotidiens leur font oublier que Dieu les aime !”

Un livre qui aide a apprendre a lire l'heureAprès ce franc succès, qui l’a fait connaître, entre autres, en Hollande, en France, en Russie, en Corée, Stella a décidé de se consacrer à l’écriture pour enfants. Elle veut d’abord continuer de développer le thème de l’amour, avec I love U by Mum et I love U by Dad (à paraître). De même, une série de livres sur la paix est en germe, ainsi qu’une autre sur la tolérance, qui comptera dix titres.

Stella explique qu’elle voit de plus en plus de livres pour enfants en Indonésie, mais qu’il s’agit surtout de traductions. Elle se positionne donc dans les toutes premières générations d’auteurs jeunesse indonésiens. Un créneau encore difficile à creuser, car si la classe moyenne achète volontiers des livres à ses enfants, c’est avec une nette préférence pour les ouvrages étrangers, bien souvent plus beaux que ceux produits en Indonésie. Peu à peu, les éditeurs locaux prennent conscience qu’il est dans leur intérêt de choisir un papier de meilleure qualité et une impression plus soignée ; le prix de vente en sera certes plus élevé, mais à moyen terme, les acheteurs s’intéresseront de plus près à la production nationale. Le succès de I love U by God confirme d’ailleurs cette observation.

Copyright Steve TeoI love U by God a également changé la vie de Kyla, la fille de Stella. En effet, quand ses amies ont vu son nom inscrit à côté de celui de sa mère sur la couverture de l’album, elles lui ont dit que c’était impossible qu’une petite fille comme elles puisse écrire un livre. Pour lui redonner confiance, Stella lui a suggéré d’écrire un autre livre, complètement seule. C’est ainsi qu’à l’âge de 7 ans, Kyla Christie Hambali a rédigé et illustré elle-même Who wants to play with me? (”Qui veut jouer avec moi ?”), où elle raconte ses difficultés de fille unique à trouver quelqu’un dans sa famille qui voudrait jouer avec elle. Publié à compte d’auteur et disponible notamment sur Amazon, car Kyla souhaite le partager avec d’autres enfants dans le monde, ce titre a été suivi par Who wants to help me? (”Qui veut m’aider?”). Les éditions Gramedia, qui détiennent par ailleurs la plus grande chaîne de librairies d’Indonésie, ont évoqué l’idée de publier ces livres, à la condition d’en faire une série de cinq tomes. Mais cela ne s’est pas encore concrétisé, en partie parce que Stella craint que cela n’implique une cadence de travail contraignante pour Kyla. “De toute façon, elle a 9 ans maintenant, et elle dit qu’elle ne veut plus écrire de livres pour les bébés. Elle parle de romans, désormais !” En attendant de pouvoir les lire, Stella choisit sans aucune hésitation son livre pour l’île déserte. Vous devinez lequel ?

Photos 1 et 4 : copyright Steve Teo

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July 4th, 2010 at 05:28 by Magali Tardivel-Lacombe

Le point sur l’édition indonésienne

Entretien avec Dion P. Sihotang, éditeur chez Galaxy Puspa Mega et bénévole à l’association des éditeurs indonésiens IKAPI à Jakarta, Java (Indonésie)

Dion P. SihotangEn mai dernier, Ikatan Penerbit Indonesia, l’association des éditeurs indonésiens, plus couramment appelée IKAPI, a fêté 60 années d’existence, à peine cinq ans de moins que l’Indonésie indépendante. En effet, la création d’IKAPI a suivi de près la proclamation de l’indépendance, sous l’impulsion de dix éditeurs marqués par le slogan de la jeunesse des années 1930 : “Une seule langue, un seul pays, une seule nation”. Malgré 300 ans de colonisation hollandaise, qui ont suscité l’existence de maisons d’édition bilingues, l’édition en indonésien existait bien avant 1945, avec une production concentrée sur les livres religieux et de contes. Les fondateurs d’IKAPI, sous la houlette d’Achmad Notosoetardjo, souhaitaient participer à la consolidation de l’unité nationale et attirer l’attention du gouvernement sur leur cause et leur rôle. Depuis, l’industrie du livre s’est tellement développée en Indonésie qu’IKAPI est passée de 10 éditeurs membres en 1954 à près de 1000 en 2010 (dont 300 à Jakarta), pour un pays qui compte désormais quelque 230 millions d’habitants.

Il va de soi, donc, que les enjeux ont considérablement évolué. IKAPI représente toujours les éditeurs auprès du gouvernement, mais davantage en tant que conseiller technique, par exemple dans la mise en place de politiques de promotion de la lecture, à l’école en particulier. Dans l’autre sens de cette interface, l’association des éditeurs informe ses membres sur les lois qui les concernent. Elle organise ainsi des séminaires sur les droits d’auteur, et veille à ce que les directives gouvernementales soient suivies par les éditeurs, tant en matière de programmes scolaires qu’en matière de décence. La censure frappe toujours les ouvrages considérés comme pornographiques ou allant à l’encontre de l’Islam. Célèbre illustration : Les Versets sataniques de Salman Rushdie sont interdits en Indonésie.

Facade des locaux d'IKAPI a JakartaD’ailleurs, une commission d’IKAPI se concentre sur les livres religieux, qui représentent 32% des publications annuelles en Indonésie, contre 25% de fiction et non fiction, 19% de livres jeunesse et 16% de livres scolaires (chiffres IKAPI 2007). On ne compte néanmoins qu’une centaine de maisons spécialisées. Dans ce pays à majorité musulmane où ont lieu de nombreuses foires du livre islamique, beaucoup d’ouvrages religieux proviennent du Moyen-Orient. Souvent, ils ne sont même pas traduits, car les musulmans du monde entier apprennent l’arabe avec le Coran. Quand ces textes sont transposés en indonésien, la question des droits entre rarement en ligne de compte, dans la mesure où les auteurs prônent la da’wa (expansion de l’Islam) avant même de réclamer des droits d’auteur. IKAPI s’est donc donné pour mission de réduire la dépendance de l’Indonésie en matière de livres religieux importés. D’un point de vue politique, il s’agit de répandre un discours plus modéré que celui qui peut provenir de la péninsule arabique. D’un point de vue économique, cet objectif est par ailleurs présenté comme un moyen d’accroître l’activité des éditeurs locaux, ce qui, tout en faisant diminuer les importations, devrait contribuer à l’augmentation du PIB.

Car l’industrie du livre est officiellement considérée comme une source d’enrichissement national, ce qui motive l’Etat à promouvoir l’édition destinée à l’exportation. Indonesia Book Fair 2008 - Photo IKAPIAinsi, IKAPI, qui non seulement organise l’Indonesia Book Fair, mais aussi représente ses membres à l’International Publishers Association (IPA) et l’Asia-Pacific Publishers Association (APPA), ainsi que sur les stands de foires internationales (Tokyo, Le Caire, Francfort…), les encourage à produire des livres de bonne qualité, susceptibles d’intéresser les voisins de l’ASEAN, voire des marchés plus lointains, ce qui n’empêche pas l’association d’organiser par ailleurs des séminaires sur la traduction, afin notamment d’améliorer la qualité des ouvrages universitaires traduits, qui restent la référence des étudiants indonésiens.

L’internationalisation des échanges confronte par ailleurs les éditeurs à des difficultés nouvelles : si la publication de livres ne constituait pas une activité lucrative aux débuts d’IKAPI du fait d’un lectorat peu développé et de coûts de production très élevés, ce sont aujourd’hui les crises monétaires et financières qui menacent les éditeurs indonésiens. Partant de ce constat, IKAPI a mis sur pied, après la crise monétaire de 1998, la Fondation Adikarya, qui récompense les auteurs d’ouvrages jeunesse de grande qualité, tentant par là même de contre-balancer la tendance à produire des livres à moindres frais (et souvent moindre intérêt), ainsi que les “offensives” étrangères, comme celle du manga au succès croissant.

Tous ces objectifs ne peuvent cependant être atteints si les éditeurs ne reçoivent pas une formation plus professionnelle. Deux universités seulement proposent un cursus de trois années permettant d’apprendre le métier. Cela ne concerne qu’une trentaine d’étudiants par an ! Entretien avec Dion P. SihotangTous les autres éditeurs indonésiens sont des spécialistes d’un domaine qui en font des livres. D’où le rôle pivot que veut jouer IKAPI, en organisant des séminaires sur des thèmes aussi variés que la création d’une maison d’édition, l’utilisation de logiciels de mise en page, la préparation à une foire internationale, la négociation de droits, etc.

D’une association à but essentiellement représentatif, on est donc passé à un organisme professionnel aux actions bien concrètes, décidées et menées par des éditeurs bénévoles. Un pragmatisme étonnamment bien illustré par le choix de livre que ferait Dion P. Sihotang pour l’île déserte : Les sept habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu’ils entreprennent de Steven R. Covey (1993 pour l’édition française chez First), un ouvrage de développement personnel qui donne des conseils pour améliorer sa vie, ses méthodes de travail, son sens relationnel…

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June 24th, 2010 at 12:08 by Magali Tardivel-Lacombe

La plume est plus forte que l’épée

Rencontre avec Janet De Neefe, directrice du Festival d’écrivains et de lecteurs d’Ubud, Bali (Indonésie)

Janet De NeefeJanet De Neefe aime à parler en roulant des yeux, comme elle a vu une danseuse balinaise le faire lors de son premier séjour sur l’île, dans les années 1960. “J’ai toujours rêvé d’être une danseuse balinaise”, écrit-elle dans son autobiographie culinaire Fragrant Rice (”Riz parfumé”). Ni à l’oral, ni à l’écrit, elle ne résiste à la tentation de raconter son histoire comme un conte de fées. Née à Melbourne, elle a découvert Bali à l’âge de 15 ans, lors de vacances avec sa famille. Lorsqu’elle y est retournée, une dizaine d’années plus tard, elle y a retrouvé les parfums d’encens, les goûts d’épices, les couleurs de fleurs, qui l’avaient tant éblouie et, dans des circonstances qu’elle entoure du flou duveteux de la romance, a rencontré Ketut, son prince charmant balinais. Croyez-le ou non, mais ils se marièrent bel et bien et eurent beaucoup d’enfants — quatre, en l’occurrence. Et Janet, définitivement installée dans la petite ville d’Ubud, a ouvert un hôtel et deux restaurants, animant même des cours de cuisine balinaise pour les touristes, toujours plus nombreux à priser l’île hinduiste.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, car les livres de contes ne s’attardent pas sur la manière dont vivent les gens heureux. Statue protectrice dans un hotel tenu par Janet De NeefeMais en 2002, l’endroit tant de fois décrit comme un paradis terrestre fut frappé par une violence furieuse : un attentat à la bombe détruisit toute une rue de Kuta, le village balnéaire proche de l’aéroport de Denpasar. Préciser qu’il fut aveugle et meurtrier serait un pléonasme. Janet De Neefe, comme toutes les personnes attachées à Bali et dépendantes de l’industrie touristique qui y est florissante, a vécu avec chagrin et inquiétude la période qui a suivi. En 2004, appuyée par des amis et les relations de son mari, qu’elle décrit comme une personne impliquée et respectée dans la communauté locale, Janet a coordonné le premier festival littéraire d’Ubud. “Avec mon hôtel et mes restaurants, j’avais l’habitude d’organiser des événements et d’accueillir du monde”, explique-t-elle. Elle espère la venue, en octobre prochain, du Coréen Chang-Rae Lee (Les Sombres feux du passé, 2001), de l’Indonésien Andrea Hirata (Les Soldats de l’arc-en-ciel, 2005), d’Alain Mabanckou (Mémoires de porc-épic, 2006), ou encore d’Abdourahman Waberi (Rift routes rails, 2001). “Peu importe d’où ils viennent, les écrivains abordent les mêmes questions et parlent de l’humain”, souligne Janet qui, sans le savoir, fait écho aux paroles de Sandra Thibodeaux, directrice du Centre des écrivains du Territoire du Nord à Darwin, de l’autre côté de la mer. Cette année, le festival accueillera 30 auteurs indonésiens et 60 autres venus du monde entier. Le soutien financier de la Citibank, d’entreprises locales et de diverses ambassades, a permis à l’initiative de prendre de l’ampleur.

Aux critiques qui lui reprochent, du fait de ses origines, d’organiser un festival australien en terre balinaise, Janet De Neefe rappelle que l’équipe qui travaille toute l’année à l’organisation est composée de cinq Indonésiens et trois Occidentaux, que 200 bénévoles locaux apportent leur aide pendant le festival, et que six jours d’activités gratuites sont offerts aux enfants d’Ubud et des environs, grâce au financement de la fondation Mudra Swari Saraswati. Liseur de manga a UbudPar ailleurs, le prix d’entrée au festival, de 100.000 roupies (environ 10 euros) pour les Indonésiens, correspond à celui d’un ticket de match de football ou d’un bon repas au restaurant. Cela dit, même si ce tarif s’avère 8 fois moindre que celui pratiqué pour les étrangers, qui doivent débourser 850.000 roupies pour un jour (environ 70 euros), il n’inclut ni les ateliers d’écriture, tarifés à part, ni les événements spéciaux (repas littéraires, lectures d’écrivains connus…) pour lesquels les Indonésiens ne bénéficient pas d’une tarification préférentielle. De même, les soirées littéraires qu’elle a mises sur pied en avril dernier dans son restaurant Casa Luna ne semblent pas vraiment s’adresser aux locaux : les deux premières ont été consacrées (en anglais) à Hemingway puis Rimbaud et ont attiré une bonne vingtaine de personnes… presque uniquement des touristes ou des expatriés.

Mais Janet évolue avec aisance dans ce microcosme privilégié et veille à en faire profiter les auteurs invités au festival en les installant dans les plus beaux hôtels d’Ubud. Pleine d’assurance, elle a en projet de mettre sur pied un autre festival, exclusivement consacré aux auteurs indonésiens, afin d’encourager les gens d’ici à écrire et, par la suite, de les promouvoir à l’étranger. Elle rêve aussi d’un festival de cuisine, sa passion première.

Ambiance dans un restaurant tenu par Janet De Neefe

Depuis l’attentat de Kuta, l’eau de la rivière Ayung a coulé sous les ponts d’Ubud. Les touristes ont repris confiance et font honneur au festival littéraire. Quant aux locaux, beaucoup profitent au moins des retombées économiques d’un tel événement. Janet De Neefe, qui voulait répondre à la violence des attentats de 2002 par de l’espoir et du dialogue, peut donc estimer sa mission accomplie. Une manière d’exprimer de l’amour face à un choléra moderne, pour elle dont le chef-d’oeuvre de Marquez serait son livre pour l’île déserte.

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